C’est le lichtn ranffiferus des botanistes
m’avait fait acheter à Nijni-Nowogorod, je fus le bienvenü dans toutes les. cabanes. Un demi-pund' de poudre que je partageai entre les chasseurs, et surtout quelques bouteilles d’eau-de-vie qui sortirent de mes bagages pour fêter notre arrivée, me gagnèrent le cœur de ces bravés gens, et je fus assuré d’avoir pour quelque temps, sinon des amis, du moins des hôtes complaisants et des guides dévoués, loulaï, cependant, ne voulut céder à personne le droit de me loger. Sa demeure, comme ^celle de presque tous les habitants, est construite de troncs d’arbres à peine équarris, dont les interstices sont bourrés de mousse et d’argile desséchée. L’habitation était séparée en plusieurs chambres par des cloisons légères; la plus belle salle me fut donnée, et, ce qui peut passer pour du luxe, j’eus un lit garni d’un drap de toile et d’une couverture de peaux de lièvres blancs.
Dès le lendemain nous . commençâmes à nous mettre en chasse, afin de nous procurer des vivres;
« Où donc est votre fourche? » me dirent lesSirianes lorsqu’ils me virent placer mon fusil sur mon épaule. Habitués à tirer à balle, et toujours au posé, il est rare que ces chasseurs n’appuient pas le bout de lebr carabine sur un bâton fourchu. Je leur dis que je n’en avais nul besoin, et bientôt le hasard me donna parmi eux la réputation d’un très-adroit tireur.
' Leur chien ne ressemble à aucune des races connues chez nous; noir, au museau effilé, il a un grand air dé famille avec celui qu’on trouve en Laponie. Son œil brillant dénote beaucoup d’intelligence; aussi l’emploie-t-on aux usages les plus divers il conduit les troupeaux, garde le logis, ou bien veille auprès de l’enfant. Le berceau où celuici repose a la forme d’un grand sabot et est doublé de peaux de lièvres blancs; il est suspendu par les deux extrémités, de manière à pouvoir prendre facilement un mouvement d’oscillation ; dès qu’on y couche un bambin, le cbien, qu’on a dressé à ce manège, place la patte sur le bord du lit, et se met à le balancer jusqu’à ce que l’enfant se soit endormi; s’il se réveille et pousse un cri, le chien se lève, accourt, et vient de nouveau remplir son office de berceuse. Mais, pour la chasse, cet animal ne peut entrer en comparaison avec notre setter, ni avec notre pointer. Il est docile et choupille, mais je n’en ai point vu qui arrêtât bien. Comme chien courant, il est chiche de gueule et ne m’a paru rapprocher que médiocrement.
Le chien de loulaï, en croisant devant moi, fit lever deux gélinottes que j’abattis par un fort joli coup double, au grand ébahissement de mes hôtes, qui, tirant toujours à balle franche, n’ont point l’idée de ce qu’on peut faire avec de la grenaille. Après avoir admiré ce coup, les Sirianes se fécriè-
rent. «.Cependant si nos armes, dirent-ils, faisaient autant de bruit que la vôtre, le gibier aurait bientôt déserté le pays.» Et je me rappelai cette devise adoptée parles anciens chasseurs espagnols, pour motiver la préférence qu’ils donnaient à l’arbalète sur l’emploi des armes à feu, nouvellement découvertes; ils disaient ; Mata y no espanta. « Elle tue et n’épouvante pas. » L’arme des Sirianes est d’un si petit calibre qu’elle ne fait guère plus de bruit qu’un violent coup de fouet.
En effet, il faut six cents de leurs balles pour peser un kilogramme ; chaque balle ne pèse donc qu’un gramme soixante-six centigrammes , ce qui donne un diamètre de six millimètres quarante-sept centièmes. Leurs carabines sont garnies de platines grossières à silex, en sorte qu’ils brûlent plus de poudre pour la seule amorce que pour la charge.
Au bout de la journée j’avais tué, avec ma grenaille, une trentaine de pièces de gibier; c’était à peu près le double de ce qu’aVait abattu chacun des autres chasseurs, car j’avais tiré presque toujours au vol, tandis qu’il leur fallait à eux l’occasion d’apercevoir le gibier à terre où sur les branches. Mais j’avais dépensé plus d’un kilogramme de plomb, et pas un des Sirianes n’avait employé plus de vingtquatre grammes; ils auraient chassé quarante jours avec ce que je jetais au vent en une courte journée. L’intérieur du canon de leur arme est gravé de
S6 CHASSE CHEZ LES SIRfANES.
rayures qui décrivent une hélice, afin d’imprimer à leurs balles un mouvement de rotation constant autour du même axe. Ils savent que cette condition est indispensable pour arriver à la précision du tir; à cet égard, ils sont beaucoup plus avancés que le plus grand nombre de nos compatriotes, qui, pour le tir de la balle, font usage d’armes dont le canon est lisse.
Chez les Turcs, autrefois, et chez tous les peuples orientanx, on donnait aux soldats de gros morceaux de plomb qu’ils coupaient en parties à peu près égales et qu’ils arrondissaient à coups de marteau pour en charger leurs armes. C’est, sans doute, cette habitude, venue de' l’Orient, qui s’est répandue chez les Sirianes. Ils ne fondent pas leurs balles; ils coupent de petits morceaux de plomb qu’ils arrondissent en les roulant entre leurs dents. Pour que la balle descende sans trop de difficulté , jusqu’à la poudre, ils graissent l’intérieur des rayures en y faisant glisser un petitlampon de toile ou de peau imprégné de graisse. La balle n’entre qu’à force dans le canon, car il faut qu’elle se modèle de manière à toucher l’endroit le plus profond des rayures ; on l’enfonce donc à l’aide d’un petit maillet, puis on la fait descendre jusqu’à la poudre en la poussant avec la baguette. Les chasseurs sirianes se servent bien de cette arme, quoiqu’il ne faille pas, cependant, accepter les exagérations qu’on a con-
tées sur leur adresse. A la distance de dix ou douze sagènes, environ trente ou trente-cinq de nos pas, ils touchent une pièce d’un quart de rouble; il n’y a là rien de bien étonnant pour qui a l’habitude des armes de précision, surtout si l’on fait attention quils appuient constamment leur carabine sur quelque point immobile. Quant à la petitesse de leurs balles, elle n’augmente en aucune manière la difficulté du tir : la grosseur du but peut avoir une influence, mais non pas la grosseur du projectile.
■ Lorsque j’eus jeté bas quelques gélinottes :
* Ne tirez plus ce gibier, me dit-on ; il faut le réserver pour l’hiver,
— Mais , leur dis-je , il est parfaitement maillé et très-bon à prendre.
— Certainement, répliquèrent-ils; mais qu’en ferions-nous? Ses plumes ne valent rien, et sa chair serait putréfiée avant d’arriver au marché. En hiver, au contraire, la neige couvre la terre, la gelée empêche que le gibier ne se corrompe, toutes les distances se raccourcissent, les traîneaux dévorent l’espace, et les marchands viennent nous les acheter pour le marché de Saint-Pétersbourg, à raison de quarante ou soixante kopecks ' la paire : en 1838, année réputée mauvaise, on en a importé 70000, ce
1. Le kopeck vaut le centième d’un rouble d’argent, environ 4 centimes. ' -
qui fait à peu près 1 400000 copecks, c’est-à-dire 14 000 roubles argent. Dans ce moment nous nous occupons surtout de la chasse des gibiers d’eau, dont les plumes sont un objet important de commerce.
— Et la chasse des pelleteries? leur^ demandai-je.
— Oh ! bientôt ; mais elle ne saurait être productive dans le voisinage des maisons, et nous avons encore cent verstes à parcourir avant d’arriver à nos campements accoutumés. »
Je me croyais au bout de mon voyage; vous voyez, mon cher Arthur, qu’il me faut encore monter vers le pôle. Je ne vous écrirai donc plus que lorsque j’aurai conquis mon premier petit-gris.
Du 28 octobre.
Nous avons aujourd’hui une horrible tourmente, qui ne permet guère de mettre le nez dehors. J’en profite, car mon temps, je vous l’assure, n’a pas été mal employé. Le troisième jour d’octobre, le froid ayant commencé à prendre, nous nous sommes mis en route. Une particularité m’a frappé : dans les adieux que toutes les femmes adressaient à leurs maris : « Mon ami, disait chacune d’elles, mon ami, rapporte-moi des pattes de glouton.
— Et pourquoi de glouton plutôt que d’un autre animal? demandai-je à loulaï.
— Vous n’avez pas vu, me dit celui-ci, nos femmes dans leurs plus beaux atours; mais, si vous ôtes chez nous à la fêle de Noël , vous saurez qu’elles ne le cèdent en rien pour la coquetterie aux autres filles d’Ève. Elles se couvrent le front et la tête d’une quantité de bijoux qui leur font comme une couronne; mais à toute autre parure elles préfèrent les pattes de glouton, dont le -pelage argenté se mêle de la manière la plus suave aux reflets dorés de leur chevelure.
« Le glouton', au reste, n’est pas un gibier fort commun : il tient le milieu entre le loup et le blaireau , et c’est son 'extrême voracité qui lui a fait donner le nom qu’il porte. Assez agile ' pour monter sur les arbres, il fait la chasse à tout ce qu’il y trouve ; il attaque aussi les plus grands animaux , même l’élan ou le renne sauvage. Blotti sur quelque branche, il les attend au passage, leur tombe sur le dos où il se cramponne, et leur ronge le derrière de la tête , jusqu’à ce que la douleur les ait renversés. Après avoir dévoré une partie de sa proie , il enterre le reste , et sait fort bien le retrouver lorsque le besoin le presse de nouveau. Sa fourrure est noire, excessivement fine, et les'reflets en sont brillants ; les quatre pattes seulement sont blanches. En Suède et en Norvège, cette fourrure
60 CHASSE CHEZ LES SIlUANES.
passe pour la parure la plus précieuse qu’il soit possible d’offrir. »
Pendant que mon hôte me donnait ces explications, on achevait les préparatifs du voyage ; nous étions au nombre de dix^Nous avions tous des raquettes, ou, pour parler plus exactement, de légères planches de sapin qui, sur le devant,' se relèvent à la manière des patins; elles sont doublées en- peau de renne ; elles s’attachent au pied et à la jambe à l’aide de courroies, en sorte qu’on peut marcher sur la neige sans crainte d’y enfoncer. J’é^ouvai d’abord un certain embarras à n>e servir de cette chaussure ; mais je flnis par la trouver assez commode, quoiqu’elle me parût bien lourde. Les Lapons en font qui sont de véritables raquettes, composées d’un cerceau de bois ovale garni de réseaux en nerfs d’élans ; elles sont plus solides, plus légères, mais on les dit moins commodes pour glisser sur la neige.
Nous emportions d’assez nombreuses provisions, où l’on remarquait des pièges de toute espèce, et la hache indispensable sans laquelle ne voyage guère un paysan russe. Il nous fallut trois jours pour gagner notre station.
Le plus souvent les chasseurs se contentent d’un hangar élevé à la hâte, couvert de branches d’arbres et d’écorce de bouleau ; mais, lorsqu’ils se rendent plusieurs années de suite dans le même canton , ils
élèvent une maison en charpente,, y construisent un poêle , et se regardent alors comme aussi bien logés que des rois. Cependant je vous assure que ce n’est pas là une vie de sybarite. A côté de l’habitatioB est élevé sur quatre pieux, à six ou sept archines ‘ au-dessus de terre , un magasin pour ren- • fermer les provisions et le gibier, qui sans cette précaution recevraient la visite des ours, des gloutons et des autres animaux voraces. Nous n’avions pas emmené de chiens : la neige commençait à tomber, ils n’auraient été que de peu d’utilité ; enfonçant à chaque pas , ils n’auraient pu suivre la marche d’un homme dont le pied est armé de raquettes.
La poursuite des écureuils est le but principal de la chasse. Il n’est point nécessaire que je vous décrive cet animal, vous le connaissez; mais, tandis que dans nos contrées il est couvert d’un pelage roux, il est ici d’un gris cendré qui lui fait donner ' le nom de petit-gris. La femelle de l’écureuil est excessivement féconde et fait deux portées par an , l’une au rpois d’avril, l’autre au mois de juillet; souvent les femelles de la première portée ont ellesmêmes des petits dans le cours de l’année, en sorte ’ qu’il n’est pas rare de trouver une seule famille de petits-gris nombreuse de plus de trente ou quarante individus. Ces animaux se reproduisent donc avec '
t. L’arebine vaut 0 mètre 711 millimètres.
une excessive rapidité dans les immenses forêts d’arbres conifères qui couvrent la Sibérie orientale. Ils se nourrissent des amandes que fournissent la' plupart de ces arbres, et qu’ils amassent dans leur nid à la manière des mulots ou des castors. Ils attachent aussi, dit-on, aux branches des champignons pour les dessécher et en faire provision. Mais ils n’attaquent pas ordinairement les pommes de sapin, parce qu’elles sont enduites de résine. Cependant, quand les gelées tardives ont fait avorter les fleurs des autres arbres , Hs sont forcés de se rejeter sur ces dernières ressources , qui ne tardent pas à leur devenir funestes. La résine s’attache au poil de leur museau, et bientôt elle s’y accumule en assez grande quantité pour empêcher que le pauvre animal ne puisse ouvrir la bouche. Alors, après avoir fait d’inutiles efforts pour se débarrasser avec ses pattes de ce masque de poix, il se couche tristement dans son nid et se laisse mourir de faim.
L’endroit où l’on doit chasser les petits-gris varie suivant les années ; quelquefois ils se tiennent dans les ravins, et alors on les prend facilement au piège. Le piège dont on se sertie plus souvent consiste en une planche suspendue entre deux arbres, à une ou deux archines au-dessus du sol. Une autre planche plus élevée s’abat sur celle-ci , lorsque l’écureuil vient à toucher à l’appât dont le piège est amorcé. C’est ordinairement un morceau de poisson salé ou
fumé ; les écureuils s’en montrent très-friands. Mais d’aufres années, sans qu’on ait pu m’en expliquer la raison, ces animaux n’babitent plus que les hauteurs ; alors ils ne viennent plus au piège, ils dédaignent toutes les amorces , et c’est avec le fusil qu’il faut les atteindre. Lorsque le temps est sec, l’écureuil est gai ; il semble voltiger de branche en branche. Sa queue, garnie de poils longs et légers, qu’il relève en forme d’ombrelle, lui sert de parachute, et il saute à des distances qui semblent devoir être infranchissables pour un aussi petit animal. Mais, lorsque le temps est humide, le petit-gris devient triste; les poils de sa queue, collés les uns <■ contre les autres, ne le soutiennent plus en l’air ; il se cache , car il ne se confie plus à son agilité. Lorsqu’on le chasse à l’aide des chiens , ce qui ne peut avoir lieu que dans les premiers joure , et avant que la neige soit tombée , il ne s’effraye pas des aboiements : au contraire , il semble que cette musique lui fasse plaisir ; il s’assied sur une branche et s’arrête là pour voir et pour écouter. Mais dès qu’il aperçoit le chasseur, l’effroi le prend, il s’élance le long du tronc de l’arbre pour en gagner le sommet, et sait s’arranger de manière à se trouver de l’autre côté du tronc ; si vous tournez autour de l’arbre, il tourne également, et vous aurez bien de la peine à l’entrevoir; Le meilleur procédé est de chasser deux de conserve : l’un des compagnons frappe au pied
de l’arbre pour faire sortir l’écureuil de sa cachette et pour le forcer à remuer ; l’autre chasseur, placé silencieusement à quelque distance de l’arbre, se lient autant que possible caché par quelque tronc voisin, la carabine appuyée sur une branche, et prêt à faire feu. Effrayé par le bruit, l’écureuil gagne le derrière du tronc ; s’il monte trop rapidement pour qu’il soit facile de le tirer, le chasseur embusqué fait entendre un léger sifflement ; l’écur rpuil s’arrête, tourne la tête pour regarder derrière lui, et presque toujours ce mouvement lui est fatal, le plomb part et l’abat. Le nombre de ces animaux est si grand , qu’on a vu un seul chasseur en rapporter jusqu’à cent dans la même jobrnée, et, je le dis sans forfanterie, je n’ai pas été très-loin de ce chiffre. Mais il en est de celte chasse comme de toutes les autres : les jours se suivent et ne se ressemblent pas. ,
Quelquefois les écureuils disparaissent; ils s’éloignent sans qu’on puisse savoir ce qu’ils sont devenus. Us passent des branches d’un arbre à celles d’un arbre voisin sans laisser de trace à terre ; on ne peut donc suivre à la piste le chemin qu’ils prennent dans leurs migrations. Les Sirianes euxmêmes, quelque habileté qu’on leur reconnaisse , ne savent plus les rejoindre. Les Toungouses seuls ont le talent de les retrouver au milieu de ces immenses forêts. En général, et dans les années com-
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CHASSE CHEZ LES SIRlANES. 68
munes, les écureuils vont toujours en s’avançant de l’orient vers l’ouest. Ils viennent en nombre considérable on ne sait d’où, traversent les gouvernements de Vologda, d’Archangel, d’Olonetz, et passent ainsi jusqu’en Finlande et en Suède.
On tire aussi quelquefois une autre espèce d’écureuil dont le pelage est rayé de plusieurs nuances. C’est le sciMrws's^n'cfws des naturalistes, ou l’écu- * reuil strié. Lorsque les grands cours d’eau ne sont pas gelés, ils opposent une barrière à la migration des écureuils : aussi dans ce temps en Irouve-t-on toujours davantage sur la côte orientale des grandes rivières ; cependant les Sirianes m’ont assuré que, lorsque les écureuils veulent franchir un cours d’eau, ils se réunissent en assez grand nombre, jettent à l’eau des branches ou des écorces d’arbre , et s’aventurent sur ce radeau en se servant de leur queue comme d’une voile ; mais, si la bourrasque s’élève, toute la flottille fait naufrage, et les cadavres des écureuils rejetés sur la rive , s’ils n’ont pas séjourné dans l’eau trop longtemps, sont une bonne fortune pour les pêcheurs qui les découvrent.
Les putois et les martres font aux écureuils, dont ils se nourrissent, une guerre acharnée; ils les suivent de même que les loups suivent les armées en temps de guerre. Les martres sont toujours rares. Dans les deux millions de peaux que fournit
annuellement le district de Kirensk, les martres ne sont qu’au nombre de six cents; ce qui donne une moyenne de trois martres pour mille petits-gris.
On tue les martres au fusil quand l’occasion s’en présente; mais le plus souvent on s’en rend maître à l’aide d’un piège d’une construction particulière.
On jette sur un petit cours d’eau le tronc d’un arbre, d’une rive à l’autre; il forme une espèce de pont dont l’animal veut profiter pour suivre les écureuils; il trouve au milieu une petite barrière de treillis renfermée dans un cadre, et, en essayant de se glisser par la seule ouverture qu’on y ait pratiquée, il s’engage le col dans un lacet ; ses efforts pour se dégager ne servent qu’à déplacer le treillis, il est aussitôt entraîné par le poids d’une pierre qui y est attachée, et tombe dans le ruisseau ^ d’où l’on relire la martre noyée.
La martre et les hermines se prennent aussi fort souvent sous l’espèce d’assommoir que l’on tend pour les écureuils, et l’on peut compter sur la . . réussite en l’amorçant d’un morceau de' gelinotte , dont ces carnassiers se montrent très-avides.
Les gros animaux, tels que les loups, les élans, les ours, et même les simples renards, ne seraient pas facilement abattus par la carabine, du Siriane : aussi n’est-ce pas avec le fusil qu’on les détruit. On examine leurs passées et on y tend des collets ou des hausse-pieds. Enfin , les fosses sont le moyen
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le plus commode pour se rendre maître des grands animaux. On construit, à l’aide de branches et de troncs d’arbres, de longues murailles qui, parfois, n’ont pas moins d’une vcrste d’étendue. Assez éloignées l’une de l’autre à l’origine, elles vont en se rapprochant sans cesse, et aboutissent à une fosse profonde de deux ou trois sagènes. De distance en distance, on pratique dans la muraille des passages où l’on creuse également des fosses. On en dissimule l’ouverture à l’aide de branchages, de mousse, et de neige lorsque la terre en est couverte. L’animal qui s’est une fois engagé entre ces deux murailles, s’il ne retourne pas exactement par l’endroit où il est entré, est obligé de passer par une des issues que l’on a préparées; il tombe dans la fosse, et se tue sur les pieux pointus dont le fond est hérissé. Il arrive aussi qu’attirés par l’odeur du sang, un loup, un ours, ou bien* un glouton, viennent se précipiter dans la fosse où déjà quelque autre gibier s’est jeté.
Nous n’avons pas été malheureux dans notre campagne ; nous avons tué quelques renards bleus, des loutres, quelques castors; loulaï n’a pas moins de doüze cents peaux de petits-gris, qui représentent ici une valeur de deux cent cinquante roublesassignats *. Pour-mon compte, j’ai ramassé assez de