F. CABALLERO
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Il y avait au douzième siècle, dans un monastère d'Allemagne, une fille nommée Béatrix. Elle y était venue petite enfant. Avec une âme pleine de candeur et de pureté, ses jeunes années s’écoulaient là si heureuses et si douces, qu’elle n’aurait su imaginer un sort meilleur. Le jour où elie prononça ses vœux, fut pour elle un jour de bonheur. Nulle parure ne lui eût semblé si chère que son habit de religieuse. Dans son ardente piété pour la Vierge Marie, elle avait voulu se consacrer spécialement à son service. Elle était par ses vertus l’honneur et la bénédiction de son couvent.
A dix-huit ans, sœur Béatrix joignait à la droiture d’un cœur innocent une conscience exempte de tout nuage, un esprit assis dans la sérénité. Elle vivait de la vie des âmes saintes, ne songeant qu'à marcher sur les pas du modèle des vierges, et à suivre, sans jamais s’en distraire, les voies bénies du salut. Elle trouvait un très grand charme à la prière, qui ménage aux pauvres exilés d’ici-bas de si ravissantes communications avec les hôtes du ciel; elle courait pleine
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d’allégresse aux saints offices où Dieu, dans ses splendeurs et dans sa bonté, est présent à l’âme fidèle, Elle écoutait avidement les pieuses lectures, aliment intellectuel qui relève et soutient nos forces dans le pèlerinage de ’a vie. Elie mettait ses plus vives joies à parer, dans sa chapelie, l’autel gracieux de la Reine des anges, à broder les fraîches étoffes qui ornaient son imagc révérée, à renouveler tous les jours devant elle les fleurs qui lui plaisent, à lui tresser des couronnes et des guirlandes; à imiter dans la saison d'hiver les bouquets et les roses que la nature ne donne plus, et que la jeune sœur savait merveilleusement reproduire au moyen de légers tissus. Tout le monastère admirait Béatrix ; et les sœurs, en la voyant si heureuse, disaient que certainement la sainte Vierge aimait cette jeune fille. On la nomma sacristine, et on combla sa candide ambition en confiant à sa garde les clefs des armoires et des coffres où se conservaient les ornements, les pierreries, les joyaux et les parures consacrés à Notre-Dame.
La vie de sœur Béatrix coulait ainsi doucement devant Dieu, toujours remplie par les heureuses fonctions qui lui convenaient si bien et qu’elle remplissait avec une merveilleuse exactitude, Héles! l'amour du monde entra un jour dans son cœur; le démon, ce premier tentateur de la femme, se glissa dans son âme. Il lui dépeignit le monde, qu’elle ne soupçonnait pas, et qu'il pouvait ainsi revêtir à son gré des couleurs les plus séduisantes.
“ On vous assure que le monde est mauvais, disait-
il avec l’accent perfide d’un intérêt bienveillant ; on
vous le fait tel pour vous maïntenir dans l’amour üe vos chaînes ; car vous êtes enchaînée.”
Il employa toutes les ressources à ébranler une foi simpie et droite. Il ne négligea ni les mensonges fardés, ni les exagérations, ni 1°, impiétés détournées, ui les dissimulations grossières, usant de tout avec ruse ; et il porta un grand trouble dans le cœur de Béatrix. Oh! malheur à celle qui laisse entrer d’un pas dans son cœur les premières insinuaticns de l’ennemi! Malheur à l’âme qui cesse un instant de veiller, qui ne sait pas éviter la lutte et connaître le néant de ses propres forces ! Béatrix, qui priait si bien, ne pria plus qu'avec peine. Sa sérénité habituelle avait fait place à quelque chose de vague, de triste et d’inquiet, qui s'était emparé d’ele et grandissait d’heure en heure. Elle rêvait une liberté vaine, et se trouvait chargée, en effet, de ces liens qui venaient de prendre consistance dans son imagination. Klle gémissait et souffrait.
Si c'étaient là les avant-coureurs des plaisirs que vous promettait l’abandon de Dieu, quel était donc votre espoir, pauvre insensée ?
Elle résolut de quitter ce monastère qui avait abrité ses premières années.
Sa conscience réclama lien un peu, mais les conseils de l’esprit du mal devaient finir par l’empoñter; elle résolut de s'enfuir pendant la nuït.
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