‹ Les Récits du bon curé [microforme]Chapitre 30 sur 38 · PA TERRE PERS · texte numérisé non relu

PA TERRE PERS

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Mais avant de sortir du monastère, pendant que tontes les bornes sœurs étaient retirées dans leurs petites cellules, Béatrix voulut prier encore une fois devant l’image de la sainte Vierge, que, dans le désordre de «es esprits abusés, elle n’avait pas cessé d'aimer tendrement. Elle entra dans la chapelle.

Pendant tant de belles années, cette chapelle avait été son paradis ; elle allait la fuir. Elle s’approcha de l’autel, se mit à genoux devant la pieuse image et pleura, n’osant presque plus la regarder.

‘“ O Vierge très sainte, dit-elle enfin, et son cœur était bouleversé, à Vierge très bonne, ma mère chérie, mon appui jusqu’à ce jour, je vais donc me séparer de vous! Pourtant je vous étais fidèle, et je croyais que je le serais toujours ; pourtant je vous aime, mère corapatissante. Mais, vous le voyez, je me sens entraînée, et déjà je ne suis plus digne de vous servir. Prenez-moi en pitié,”

Ayant achevé cette vague prière, elle se leva brusquement, comme si elle eût craint d’être retenue; et, les yeux baissés, elle déposa en tremblant ses clefs aux pieds de l’image.

‘ Voilà les clefs qu’on m'avait confiées, ajouta-t-elle tout bas, et que je n’ose remettre, Ô Vierge sainte, qu’à

vous seule...” En ce moment, une petite fleur tomba de la main

de Notre-Dame ; elle la recueillit avidement, résolue de ne s’en séparer jamais ; et quoique en même temps elle sentît qu’elle se perdait, elle sortit.

Béatrix, seule au milieu de ce qu’on appelle le monde, n’avait plus pour compagnie que l’opprobre, le remords et le dénûment. Les chemins qui s’ouvraient devant ses pas, n’étaient semés que de vice et de honte. Elle y était entrée; elle y marcha.

Quinze années d’une vie déplorable flitrirent et souillèrent tristement cette âme malheureuse.

Lorsque ces quinze années allaient bientôt être accomplies, Béatrix tomba gravement malade. Celle qu’elle n'avait pourtant pas oubliée, et que, dans son infidélité, elle aimait encore, celle dont elle avait toujours conservé la petite fleur bénie, celle qui ne repousse jamais, lui revint alors si vivernent à la mémoire, que son cœur se gonfla de sanglots. Voyant bien qu’elle allait mourir, et sachant que Marie était son seul recours, elle la pria ardemment, en détestant sa chute et les longs égarements de sa vie, de lui obtenir une grâce, une seule, mais bien grande cependant: la gâce d’aller encore une fois s’agenouiller des: snn image, de baiser encore une fois le pavé dec. . t7 église dans le monastère où elle avait été gi heur: : 8, d'y aller en mendiante, et d’expier là ses criminels désordres par une confession publique.

Les forces lui revinrent dès lors. Fidèle à son repentir, elle donna aux pauvres tout ce qu’elle possédait, se couvrit du vêtement le plus humble et partit pour son monastère.—Son monastère! Elle n’osait plus même dans sa pensée l’appeler ainsi. Il lui fallut faire à pied plus de cent lieues. Elle les fit sans gémir,

souffrit ses peines en bénissant Marie, ne cherchant ni pitié ni consolations, et plus heureuse déjà que dans le monde, où les avanies et les douleurs sont déshéritées de tout allégement.

Elle arriva dans le pays qui l’âvait vue calme et pure. Comme elle approchaïit du monastère, elle entendit le tintement d’une petite cloche; elle reconnut cette voix amie: c’éiait la cloche qui appelait les sœurs à l’église. Son cœur tressaillit longuement, et deux ruisseaux de larmes jaillirent de ses yeux.

Elle tomba à genoux, dès qu’elle aperçut de loin l’humble et paisible clocher à l’ombre duquel reposait la chère image de Notre-Dame. Elle remercia de toutes les forces de son âme cette Vierge si constamment bonne, qui, malgré son avilissement profond, avait accueilli sa prière ; et d’un pas tremblant elle s’avança vers le couvent, où elle savait bien, tant elle était changée! que personne ne pourrait plus la reconnaître. Mais les souvenirs si actuels de ses jeunes années, le contraste pénible du présent et du passé, les mouvements d’un déchirant regret l’agitaient, l’ébranlaient, et la forçaient de s’arrêter très souvent pour reprendre un peu de force.

Enfin, la porte du monastère se rapprochait ; elle la revit. C'était là qu’elle avait vécu en paix. Elle venait d'entendre sonner l’heure où les religieuses se rendaient au réfectoire pour dîner. Toute cette vie de mansuétude et de calme que l’on mène au couvent, s'était réveillée dans son âme; et ses souvenirs rafrat-

chis lui semblaient dater de la veille. Il lui semblait qu’elle n'avait pas quitté son doux asile, que ses quinze ans n'étaient qu’un rêve hideux. Il lui fallut rentrer dany la réalité. Æile se trouvait parmi les mendiants qui attendaient, sous le modeste portique, que les bonnes sœurs vinssent faire avec eux, selon la coutume, le partage de leur frugal repas. Mélée à cette troupe de pauvres, elle se sentit contente d’être, elle la

pécheresse, avec les amis de Dieu. Et quand les reli-

gieuses vinrent apporter les parts à toutes ces mains empressées, elle reçut la sienne d’une pieuse sœur en qüi elle revoyait une compagne des anciens jours.

Qu’avez-vous don : à trembler ainsi, mon enfant? lui dit la religieuse.

— Oh! c’est que je viens de bien loin, et que j'ai peut-être un peu souffert,” répondit la mendiante.

Puis s'étant raffermie, elle osa reprendre la parole:

Ma sœur, dit-elle, c’est bien dans ce couvent que demeurait… autrefois... une pauvre fille... qu’on appelait. sœur Béatrix ? ”

La religieuse la regarda, comme si la question eût eu quelque chose d’insolite. Après un moment de silence, elle lui demanda:

“ Est-ce que vous connaissez sœur Béatrix ?

— Autrefois, ma sœur, lorsqu'elle étais si heureuse de parer la sainte Vierge.

— Ne rougissez pas ainsi, mon enfant. Si vous avez connu autrefois sœur Béatrix, c’est pour vous un grand bonheur.

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