‹ Les Récits du bon curé [microforme]Chapitre 31 sur 38 · ER TT · texte numérisé non relu

ER TT

— Oui, v’est-ve pas? car, depuis quinze ans.

— Eh bien ! depuis quinze ans ? ”.…

La mendiante se troubla, passa sa main sur son front et reprit: «

‘“ Sait-on, depuis ces quinze ans, ce que sœur Béatrix est devenue ?

— Mais personne ne l’ignore, dit la religieuse étonnée. Vous arrivez de loin en effet, pauvre femme.”

La pénitente baïissa la tête, comprenant qu’on savait toute sa vie; et elle ne disait plus rien, quand la bonne sœur, avant de se retirer, revint à elle:

‘ Puisque vous avez connu sœur Béatrix, lui ditelle, entrez dans la chapelle ; vous pourrez la revoir un moment.

— Je reverrai sœur Béatrix ? ” dit la mendiante con-

fondue.

Et alors s’imaginant qu’on lui parlait d’une autre sœur de méme nom :

‘ Mais ce n’est plus, reprit-elle, sœur Béatrix d’autrefois ?

— La même, notre chère sœur Féatrix, qui fait depuis trente ans la joie et la gloire de notre maison; la même qui a été élevée dans ce cloître, qui, depuis dixsept ans, est sœur sacristine, le modèle des religieuses, la grande amie de la sainte Vierge. Entrez, et recommandez-vous à ses prières; elles sont puissantes.”

La pauvre pécheresse, ne sachant pas si elle était éveillée, s’avança vers l’église, se prosterna sur les marches et entra à genoux, se dirigeant vers la chapelle

de la-sainte Vierge, où l'attendait une plus surprenante merveille. Elle vit, avec un sentiment inexprimable, sa figure debout devant l’autel. Cette figure vint à elle ; c'était sa propre figure, et toute sa ressemblance, non telle qu'ille languissait alors, ridée, flétrie, accablée, dégradée, maïs telle à peu près qu’elle paraissait quinze ans auparavant, radieuse, angélique, pure, et loin de prévoir sa triste ‘hute.

L'apparition, s’approchant d'elle avec un regard plein de bonté, lui présentait les clefs, les mêmes clefs qu’elle avait remises quinze ans auparavant, au milieu d’une nuit fat:ie, devant l’image de Marie, et elle lui dit:

“Voici vos clefs, que vous m’aviez rendues, ma fille. Afin que personne ne sût votre faute, pendant les quinze années que vous avez passées loin de moi, j’ai tenu fidèlement votre place. Maïs votre cœur m'est revenu tout entier, et je sais qu’à présent vous ne me quitterez plus. Allez donc à votre cellule, et reprenez, avec votre heureux maintien d’autrefois, le saint habit de mes filles.”

Après ces paroles de mère, et d’une mère incomparable que prononçait une voix plus douce que les symphonies des anges, l’apparition s’éleva lentement sur l’autel, s’enveloppa d’une nuée de lumière, et disparut dans le petit tabernacle où reposait l’image de la sainte Vierge.

C'était elle.

La mendiante, noyée des plus douces larmes, oppres- :

- D 4 pe - . me Re TR PRE

ne arrete prenne

a 0 DR 230 SŒUR BÉATRIX

gée, maïs comblée de joie et poussée par un mouvement qui l’entraînait, monta aussitôt à se cellule, sentant qu’elle avait repris toute sa force et toute sa jeune santé. Sa cellule si calme, elle la retrouva exactement comme elle l’avait laissée le jour de son départ. Son saint habit de religieuse, qu’elle avait abandonné ce même jour à jamais maudit, était à la place où elle l'avait mis. Elle avait compris qu’elle devait s’en revétir, et qu'avant de parler elle devait consulter son confesseur. Elle rentra dans l’église, s’agenouilla, reconnaissante et transportée, devant la sainte image, plus souriante que jamais ce jour-là ; car il y avait fête dans le ciel ; et, voyant venir le bon vieillard qui autrefois dixigeait sa conscience, elle lui demanda de l’entendre au confessionnal.

Le vieux moine, depuis quinze ans, n'avait trouvé dans celle qu’il prenait pour sœur Béatrix qu’une pureté surhumaine. Il toraba dans une grande admiration, au récit qui lui fut fait de la chute lamentable, de la vie perdue et du retour prodigieux de la vraie Béatrix. Mais il jugea que cette fuite, dont la sainte Vierge elle-même avait voulu cacher le scandale, ne devait pas être publiée tant que vivrait la brebis retrouvée, et qu’il n’était pas temps encore de faire connaître la merveille opérée en sa faveur. Aucune sœur ne put donc remarquer le retour de celle dont personne n'avait soupçonné la fuite.

Par une persévérante et austère pénitence, d'autant plus méritoiré qu’elle était cachée, Béatrix retrouva

son innocence devant Dieu. Elle vécut de longues années encore, et ce ne fut qu'après sa mort toute sainte que le grand acte de bonté dela Mère des miséricordes, ce fait inouï qu’on vient de lire, fut révélé dans ses détails, par un écrit authentique que l’humble pénitente avait laissé à son pienx confesseur.

CoLLIN DE PrANcy.

7 PRIS ETS ia

Rae

ee

À ant nm SRE EX PRE ee re # um” EE à LR it

Le ag Sub

de he «qu ne a

RL. sortemanninnté de dan

Page 1