‹ Les récits du châteauChapitre 26 sur 35 · S LES RECITS · texte numérisé non relu

S LES RECITS

punir encOie. ne trappe que moi >fui; a mui ^t'ul réserve la souiïraiice et les chagrins. »

Je me relevai . et . plu^ couûaut . je retournai vers ma S'.eur et Liana . que nvA\ absence avait inquiétées. Nous recommençj.ri'u?s a ^jiTcr dans les plaines, aspirant après une retraite paisible: lorsque la fatigue et la chaleur eurent épuisé nos for^'^ nous nous assîmes sous quelques arbres qui .. ,~ Lieraient un peu d'ijuibrage. Nous cueilhrries des fruits pour cakuer la S'jif qui nuus cuusumait, et dés que nous eûmes j'jui ae quelque repos, nous marchâmes de nouveau rnakue l'ardeur du soleil, qui u' était encore qu'au milieu de sa coui^se.

De p'ius beaux, parafes ne tardèrent pas à se présenter a uus rt aru>. et le soir nous pûmes entiu terminer notre Longue course au pied d'une montagne. L'obscurité, qui régnait deja partout, nous empêchait de decL'Uvri; les charmes du paysage qui nous environnait, et. dans Tespoii^ d'un heureux ' lin . nous nous endormîmes

au bruit llatte, : .: -.. suurce voisine.

A peine l'aurore eut-elle chasse les ténèbres, «lu'nn spê'J^i^ : .;iut a nos yeux.

Au 1 :- •'■■'• ! '^ '"' vaste tapis

de \ ;,s fin. L;i

montagne était charg-e d arbres touûus; sa pente rapide formait un t '■ î fi. liage à rexirémité duquel se perdait u iw^ 1- .;.;- une tour crénelée. Celle découverte nous remplit de joie : c'était

beaucoup pour nous de savoir que nous nélions pas seuls en ce lieu.

Le premier désir du malheureux , c'est de fixer sa demeure là où le bonheur semble lui sourire : ce fut le nôtre. Ce pays admirable nous rappelait les campagnes de notre patrie ; il fut décidé que nous y resterions quelque temps sous la protection du maître de la montagne. Toutefois je jugeai prudent de nous mettre à Tabri de toute inquiétude dans un endroit retiré.

Vers le milieu de la montagne , dans un affaissement de terrain, était une grotte assez profonde que la verdure revêtait entièrement. Invisible à tous les regards curieux , elle dominait au loin les campagnes. Des arbres chargés de fruits se groupaient autoui- d'elle, et une source abondante répandait à son pied une agréable fraîcheur. Je Tadoptai comme la retraite la plus sûre de la montagne: il ne me fallut qu'un jour de travail pour en faire un asile commode. Pour y vivre heureux , il nous manquait un père.

Pourquoi , me direz-vous , ne pas aller frapper tout de suite à la porte du château que vous aviez découvert , au lieu de rester cachés dans une grotte solitaire? La prudence nous le défendait. J'étais persuadé qu'un Assyrien en était le seigneur: n'avais-je pas tout à craindre de lui s'il était barbare, inhumain? Seul, j'eusse tout osé; mais un dépôt sacré m'était confié ; je craignais de l'exposer

à la vue de ceux que je ne pouvais appeler du nom d'amis.

Chaque jour je prenais de nouvelles précautions: j'espérais tout du Ciel, d'une occasion favorable qui m'instruirait tôt ou lard. Rarement nous nous enfoncions dans l'épaisseur du bois. Jamais nous n'osâmes aborder les murs redoutés du château mystérieux. Nul sentier ne se présentait à nous pour nous y conduire. Quelquefois nous nous arrêtions pour écouter de loin , mais tout restait silencieux ; la voix seule des oiseaux se faisait entendre.

Seulement nous saisîmes un jour quelques gémissements, mais si faibles, si éloignés, que nous ne pûmes savoir de quel côté ils partaient. Seulement une fois encore le feuillage frémit derrière nous. Liana et ma sœur tressaillirent d'effroi, comme l'oiseau que poursuit la flèche meurtrière du chasseur 5 je pâlis , puis , maîtrisant mon émotion profonde , je rassurai Nidda et sa compagne en les reconduisant promptement dans notre refuge.

Tant qu'il fit jour, tant que Nidda craintive me pressa de ses questions, j'affectai de paraître gai ; je souris de son effroi que mon esprit partageait, mais quand vint la nuit, tout mon corps fut dans une grande agitation-, mon cœur palpita violemment; mille pensées confuses assaillirent mou ame. Tout lui eu désordre chez moi ; je souffrais comme la n;ilure à l'approche de l'orage.

DU CHATEAIT. 201

Debout à l'entrée tlo la grotle , appuyé contre son mur de gazon , je prêtais une oreille attentive à tout murmure, à tout souffle du vent, et de Tceil j'interrogeais le ciel, y cherchant vainement dans le lointain une tempête que je pressentais. Sentinelle effrayée , je redoutais une surprise , car seul j'avais compris le bruit du feuillage ;...' seul j'avais rencontre les regards perçants d'un inconnu.,. Hélas I j'avais raison de craindre et de veiller toule la nuit.

Au lever de l'aurore je m'éloignai sous un prétexte plausible , et seul je me dirigeai vers le château, cause de mes tourments. J'avais enfin résolu d'éclaircir le mystère que jusqu'ici je n'avais osé aborder. Quand, après une heure de marche pénible, je découvris à nu le château que je cherchais, je fus étrangement surpris en voyant devant moi une demeure bâtie avec une élégance admirable. Entourée de murailles peu élevées, elle permettait à mes yeux de l'embrasser presque entière, et d'errer librement sur les toits ornés de balustres en marbre et chargés de jardins où s'élevaient une foule de bosquets. A l'extrémité d'une des ailes du bâtiment se dressait, menaçante, cette haute tour que nous avions aperçue à notre arrivée. Percée de plusieurs fenêtres étroites et fermées de barres de fer, elle formait un contraste pénible avec le reste du château. Elle semblait une prison au milieu de ce séjour enchanté , et son

aspect sinistre et lugubre empêchait d'admirer les beautés de Tédifice dont elle rembrunissait réclat.

Je me tins à Técart . vis-à-vis de la porte principale du château. Elle était fermée; mais, à travers ses grilles de fer, mes regards plongeaient en liberté dans ses vastes cours. Attentif comme le chasseur qui attend sa proie, je n'avais qu'une pensée, quun désir, quune crainte; j'oubliais tout pour n'envisager qu'un seul objet.

Je voyais paraître et disparaître d'agiles esclaves appartenants à diverses nations, à en juger par la variété de leurs costumes. Quelques-uns étaient armés et veillaient à la sûreté de leur maître : mais ce seigneur , qui devait être si puissant , qui était le seul objet que je désirasse, que je craignisse en même temps, je ne le vis pas 5 toujours mon attente fut trompée. Bientôt un bruit soudain me força de m'éloigner. Les portes tournèrent en gémissant sur leurs gonds , et plusieurs esclaves sortirent pressés d'aller exécuter un ordre qu'ils venaient de recevoir.

Je ne sais , mais en écoutant leur langage , que je ne comprenais pas, je crus entendre prononcer un arrêt contre ma sœur et sa compagne. L'épouvante me saisit, je prends l'alarme et je me précipite à travers la forêt. Je cours sans savoir la route que je dois suivre. Mon trouble augmente, je m'égare (;l fais de vains efforts pour arriver jusqu'à la

grolte... Hélas! le soir était venu quand je retrouvai mon chemin.

Il était inutile alors de me hâter ; aussi ce fut avec lenteur que j'allai vers la grotte. Elle était silencieuse ;. . . sur le gazon qui bordait le ruisseau, Nidda n'était point assise en m'attendant, selon sa coutume;... je n'osais entrer. J'étais faible , sans courage ; d'une main tremblante j'essuyai la sueur froide qui couvrait mon front. Mais soudain je me ranimai au bruit de quelques plaintes , je m'élançai dans la grotte , et , à la vue de Liana soupirant et versant des larmes , je m'écriai : a Vous êtes seule, Liana!.. où est ma sœur ? parlez , je vous en prie... où est-elle? égarée peut-être! Je cours après elle et je ne reviens pas avant de l'avoir retrouvée... ))

Liana ne me répondit pas ; je compris mon malheur, et je tombai par terre sans mouvement.

Liana me releva et parvint à me rappeler à la vie. Je lui demandais sans cesse ma sœur, et, ne pouvant me refuser longtemps un récit que j'exigeais, elle me dit en me baignant de larmes :

« Désolée de votre longue absence , Nidda voulut aller au-devant de vous. Vainement j'entrepris de la détourner de son projet funeste , l'amitié parlait à son cœur, elle ne m'entendit pas , et, faisant taire par des caresses les reproches que je lui adressais , elle réussit à m'entraîner avec elle. Nous errâmes longtemps au milieu des bois ;

204 LKS nECiTS

Mdda s'étant écartée de moi un instant, je l'entendis tout à coup pousser des cris lamentables. Effrayée, je cours à elle ; mais, hélas I j'arrivai trop tard. Deux hommes armés s'étaient emparés d'elle et fuyaient précipitamment. Mdda gémissait comme la brebis enlevée au bercail : elle vous implorait, elle m'implorait aussi, mais mon courage et mon désespoir me fm^ent inutiles. Après avoir suivi pendant un quart d'heure la trace des ravisseurs de Nidda , je m'arrêtai accablée de fatigue et de douleur. 0 Zinaïm , pardonnez-moi si je ne suis pas morte de regret , si j'ose paraître coupable à vos yeux : j'ai voulu vous instruire de votre malheur , obtenir ma grâce de vous , pour descendre ensuite avec moins d'amertume au tombeau... »

A ces mois , Liana laissa couler ses larmes avec plus d'abondance. Je l'avais écoutée sans l'interrompre, sans pousser un soupir. Mes yeux, vides de larmes, étaient remplis de fureur. La colère gondait ma poitrine : « Consolez-vous, dis-je à la triste Liana ; vous n'êtes pas coupable. Cessez de gémir ; vous reverrez Nidda : les cruels me la rendront bientôt.

Liana eut confiance en ma promesse; elle m'assura qu'elle m'accompagnerait dans mes recherches. Je n'acceptai que ses prières, et seul, chaque jour, je parcourus la foret. Ne doutant pas que ÎNidda noùt été ravie par les esclaves du cha-

teau, je me rendais , au lever du soleil, au pied de rhabitation de la montagne. Là, je restais immobile, promenant mes regards de fenêtre en fenêtre , dans l'espoir d*y rencontrer ma sœur. Je ne retournais à la grotte qu'à rapproche de la nuit , pour consoler Liana, qui, de jour en jour, devenait plus triste, plus souffrante. Insensiblement elle avait perdu Tespoir de revoir Nidda ; ne pouvant vivre sans elle plus longtemps, elle succomba sous le poids de la douleur. Un soir, à mon retour, je reçus ses derniers adieux, et son dernier soupir. »

Zinaïm s'arrêta quelques instants pour donner un libre cours à ses larmes. Nidda pleurait aussi. Son frère lui adressa quelques paroles pour la consoler, et reprit ainsi son récit : « Après avoir gémi un jour entier sur le corps de Tinfortunée Liana , je creusai une large fosse au milieu de la grotte, où je déposai les restes de celle qui, jusqu'à ce jour, nous avait servi de mère...

Dès lors tout mon courage m'abandonna. C'était trop de maux, à la foisi Aussi n'essayai-je point de me soustraire à la tristesse qui m'accablait, et de chasser de mon esprit les pensées douloureuses dont il était rempli. Je ne cherchais plus les moyens de délivrer Nidda, je ne songeais qu'à déplorer sa perte. Assis en lace de la tour du château , je soupirais et ne voulais faire aucun effort pour sauver une captive chérie. Après avoir pleuré tout le jour au même endroit, j'allais verser des larmes nouvelles sur le tombeau de Liana. 9*

Le Ciel eut enfin pitié de mes peines . et un moment de bonheur suffît pour me rendre tout mon courage. Un jour que j'étais assis vis-à-vis de la tour, j'aperçus , à l'une de ses fenêtres , une jeune fille appuyée tristement contre les barreaux de fer. A cette vue , je renais , je respire , je me lève transporté , je veux parler, les mots expirent sur mes lèvres. Je ne me trompe pas , c'est bien Nidda que je vois \ ce sont ses noirs cheveux que le vent agite. Que ne puis-je m'élancer vers ma sœur! Qui supprimera l'espace qui nous sépare ? Oh I que j'obtienne au moins un regard , un signe... Je m'élève sur le plus haut des palmiers qui m'environnent ; je suis en face de Nidda. 0 joie ! elle m'a reconnu: sa main est tendue vers moi, elle me prie delà délivrer. Je fais entendre quelques mots; mais Mdda se retire soudain pour me faire comprendre mon imprudence , puis revient bientôt , et jusqu'à la nuit une muette conversation s'établit entre elle et moi.

Le lendemain , je préparai tout ce qui me parut nécessaire pour Texécutlon du projet que j'avais conçu. Je travaillais sous les yeux de Mdda. et mon ardeur augmentait à chaque instant. Tout était disposé lorsque la nuit arriva^ j'attendis que la lune fût au milieu de sa course pour exécuter ensuite mon dessein. Soutenu par une longue branche d'arbre, je m'élevai jusqu'au sommet du nmr, dans lequel j'avais'praliqué plusieurs ouvertures assez

larges pour que je pusse y placer les pieds. Sans réfléchir un seul instant, je sautai du mur dans le jardin du château. Étourdi de ma chute, je restai quelque temps étendu à terre; puis, me relevant, je me réfugiai derrière un petit bois que j'avais aperçu du haut de la muraille. C'était là que j'avais résolu d'attendre le jour pour examiner de plus près , et sans être vu , les issues de la tour ; mais bientôt l'impatience me fit sortir de ma retraite, etsansbruit je m'avançai au pied du fort dont l'élévation me désespérait. Jugez de mon étonnement quand j'entrevis une lumière dans une des chambres de la tour. J'osai m'approcher de la fenêtre, et reculai d'effroi à la vue d'un homme informe , à l'aspect farouche et repoussant. Il veillait seul dans son noir réduit , et près de lui , sur une table , je remarquai un faisceau de clefs énormes. Sans doute, pensais-je, cet homme est le gardien de cette tour. Par lui je puis obtenir la liberté de INidda. Son corps est difforme, mais peut-être son âme est belle , sensible ^ peut-être pourrais-je le fléchir par des larmes et des prières! Et d'ailleurs que m'importe qu'il me retienne en esclavage I Je serai avec ma sœur , et tous deux nous nous consolerons mutuellement de nos chagrins.

Cependant j'hésitais encore , je craignais de frapper à la porte , qui était à quelques pas de moi , lorsque la voix du gardien se fit entendre.

Ce fut un cliant de Jérusalem qu'il commença , et le nom de notre patrie fut plusieurs fois répété par lui.

a C'est un Hébreu I m"écriai-je. Il regrette son pays; il aura pitié de moi... » Et je frappai à la porte retentissante.

» Que me veut-on à cette heure ? murmura le gardien.

— Accordez-moi Tliospitalité, répondis-je.

— L'hospitalité I C'est bien ici qu'on doit prononcer ce mot I Qui êtes- vous, insensé ?

— Je suis Hébreu comme vous. Je suis exilé...

— Exilé... reprit le gardien d'une voix plus douce... et la porte s'ouvrit.

— Vous vous êtes trompé, mon fds, me dit-il en me faisant asseoir. Vous avez franchi les murs de ce château dans l'espoir d'y trouver un refuge, et vous n'y rencontrerez que l'esclavage. Tenez, voici des vivres ; apaisez votre faim ; parlez-moi un peu de notre patrie, et fuyez ensuite si vous tenez à votre liberté. »»

Je ne mangeai pas^ j'étais pressé de faire au gardien la peinture de mes malheurs afin de l'atlendrii' et de le préparer ainsi à accueillir favorablement ma demande. 11 m'écouta attentivement; bientôt ses yeux se remplirent de larmes, et, quand j'eus terminé mon récit, il me dit, en pressant une de mes mains contre ses lèvres : «« Le nom de Jérusalem que vous avez prononcé tant de fois

a retenti dans mon cœur, car c'est aussi ma patrie. Conduit ici en captivité , je suis resté au service de IN icomor, seigneur de ces lieux. Il m'a confié la garde de cette prison , et je remplis avec fidélité mes tristes devoirs de geôlier. Je ne me plains pas de mon sort, car chaque jour je vois des hommes plus malheureux que moi : ils gémissent dans des cachots lugubres , dont voici les cinquante clefs.

— Vous ne les connaissez pas? lui dis-je.

— Jamais je ne leur adresse la parole ; car , lorsque je leur porte des vivres, le confident de Nicomor m'accompagne. La plupart sont Hébreux comme nous.

— N'avez-vous pas remarqué une jeune fille?

— Hélas! oui. La pauvre enfant est réservée au sort le plus affligeant?

— Ohl alors, sauvez-la, car elle est ma sœur! » En prononçant ces mots, je tombai aux pieds

du gardien et le suppliai de m'accorder ce bienfait; mais il fut inflexible. « Un pas indiscret, la moindre tentative, me dit-il, m'apporterait la mort. Je vous engage même à fuir , il est temps; car dun moment à l'autre mon tyran peut paraître.

— Mais n'avez-vous pas les clefs des cachots de cette tour? Ne pouvez-vous aussi prendre la fuite après avoir rendu la liberté aux malheureux qui gémissent ici?

— Je ne le puis... Avant d'arriver aux captifs, je serais arrêté par une sentinelle attentive à laquelle il me faudrait répondre. Elle habite audessus de moi. Sans elle, depuis longtemps j'aurais sauvé mes compatriotes. Mais, mon fils, je vous en prie, ne perdez pas de temps; je chercherai à adoucir le sort de votre sœur; c'est tout ce que je puis faire pour elle et pour vous. ))

Il me releva en prononçant ces paroles. 11 se disposait à ouvrir la porte du jardin, lorsque soudain il s'arrêta stupéfait à la vue d'un homme menaçant qui , sans bruit, venait de se montrer à nous par une porte secrète. A la terreur du gardien succéda la colère ; il saisit un arc et étendit une victime à ses pieds : c'était le confident des crimes de Mcomor, la sentinelle que redoutait le gardien de la tour. Il avait surpris tout le secret delà nuit-, me regardant comme sa proie, il jouissait d'une cruelle joie quand la mort Taiteignit.

Justement épouvanté de sa chute , je poussai un cri d'horreur.

« Silence, me dit le gardien. Ne nous perdez pas. Votre ennemi n'est plus; prenez ces clefs, ce flambeau . et venez avec moi délivrer votre sœur. Los moments sont précieux ; hàtons-nous. »

Il dit . et me présente l'énorme trousseau de clefs. Je puis à peine le porter. Nous arrivons, par un escaliei" dérob('; , à la porte de Nidda qui , effrayée du bruit de nos pas, s'était précipitée à

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genoux. Elle priait avec crainte dans Tattente de la mort, lorsque soudain elle me vit dans ses bras...

0 mon Dieu! quelle joie ne versas-tu pas dans mon cœur en ce moment délicieux ! Qu'elles furent douces, les larmes que nous répandîmes en les confondant I Que nous serions restés longtemps dans les bras l'un de l'autre , si notre libérateur ne nous eût rappelé que les minutes fuyaient rapidement î

a Partez, partez, nous répétait-il. La tempête nous menace ; évitons-la.

— Eh quoil lui répondis-je, ne nous accompagnerez-vous pas ? Oserez-vous rester en ce lieu ?

— Ne soyez pas inquiets , me dit-il , pour moi le péril est un jeu. Depuis plusieurs années, je dormais comme un lâche : vous m'avez réveillé ; j'ai fait une bonne action, mais il me reste encore quarante cachots à visiter, je sauverai les captifs qu'ils renferment. Adieu, enfants de Jérusalem. Informez-vous du vertueux Elzéar^ il habite à quinze lieues d'ici, allez vers lui, il vous accueillera avec bonté. Dans peu je vous reverrai. )>

11 nous conduisit hors du château, et rentra ensuite dans la toiu\ Nous étions sauvés ^ nous nous jetâmes à genoux pour remercier le (ael de notre délivrance. Avant de quitter pour toujours les lieux où nous avions éprouvé tant de malheurs , nous allâmes prier sur le tombeau de Liana , à

laquelle nous adressâmes nos derniers adieux en versant d'abondantes larmes.

?sous prîmes ensuite la route que nous avait indiquée le gardien de la tour ; et ce n'est qu'après trois jours de fatigues et de privations que nous sommes parvenus en ces lieux. Soyez béni, vous qui nous avez donné Ihospitalité I Puisse le Seigneur vous rendre tout le bien que vous faites à deux malheureux exilés I Puisse-t-il aussi récompenser le gardien de la tour auquel nous sommes redevables de notre salut I Mais, hélas I je crains qu'il n'ait échoué dans son projet, et qu'il n'ait été surpris au moment où il délivrait les autres captifs.

— Espérons jusqu'à demain, dit Elzéar. Songeons maintenant au repos, car vous devez être fatigués de votre longue course. Si ce séjour vous plaît, vous l'habiterez aussi longtemps que vous le désirerez, au sein d'une tranquillité parfaite.

— Vénérable Elzéar, ma sœur profitera de vos offres généreuses; quant à moi , je vous quitterai après demain, au lever de l'aurore, pour aller m'informer du sort de mon père.

— Vos recherches seraient vaines, et vous ne nous quitterez pas. Avant un mois vous aurez des nouvelles de votre père , et par mes soins vous serez bientôt réunis. Mais prions le Seigneur de nous venir en aide, c'est lui qui déjoue les projets des hommes ou qui les fait réussir. »

Elzéar. Ziiiaun et les jeunes filles prièrent avec

ferveur, puis allèrent chercher un doux repos dans les bras du sommeil.

Le lendemain , avant l'aurore , ils furent réveillés par un grand bruit venu du dehors. Des voyageurs s'étaient arrêtés à la porte d'Elzéar j on ouvrit par les ordres de ce vieillard généreux , qui leur lit servir tout ce dont ils avaient besoin. Il apprit bientôt quils étaient les captifs renfermés dans la tour du seigneur Nicomor, et mis ensuite en liberté par le gardien, à qui Zinaïm était redevable du salut de sa sœur. lis étaient de nations différentes ; parmi eux il n'y avait qu'un Hébreu au noble maintien, au regard triste et soucieux. EIzéar l'interrogea sur ses infortunes, et il répondit : « Je faisais partie des Hébreux qui furent traînés en esclavage après la ruine de Jérusalem. J'essayai de soustraire mes compagnons aux maux qui les accablaient; je formai dans ce dessein un vaste complot, mais il ne put réussir; je fus abandonné par un grand nombre de mes amis au moment de l'exécution ; j'osai néanmoins me révolter contre nos tyrans, et, soutenu par quelques hommes courageux , je luttai plusieurs heures avec eux. Le prix du combat fut la liberté. Je m'échappai des liens de l'esclavage ; mais j'avais un bien précieux à recouvrer : j'avais perdu mes enfants , mon Zinaïm et ma Nidda , confiés à la tendresse d'une femme vertueuse , nommée Liana. Je profitai de ma liberté pour aller à leur recherche ; j'errai

214 LES RÉr.TTS

longtemps dans les bois , dans les plaines , mais sans les rencontrer. J'eus le malhenr de tomber entre les mains des serviteurs du cruel Nicomor. Je ne sais quel sort m'était réservé : résigné à la volonté de mon Créateur, j'attendais patiemment qu'il disposât de mes jours , quand une nuit le gardien de la tour où j'étais renfermé vint m'ouvrir la porte de ma prison , en me disant : u Vous êtes libre. ^)

<■( Je descendis avec lui dans le jardin , où je me trouvai au milieu d'une foule de captifs devenus libres. Ensemble nous quittâmes sans tarder le château de Mcomor, sons la conduite de notre libérateur. Nous marchâmes toute la nuit avec ardeur. Quelques-uns d'entre nous tombèrent malades. Alors , ne voulant point fatiguer les femmes qui nous accompagnaient, nous ralentîmes nos pas pendant le jour ; nous fûmes obligés aussi de prendre de longs détours pour éviter de rentrer sous la puissance de Nicomor, qui ne pouvait manquer d'envoyer ses gens à notre poursuite. Nous fûmes assez heureux cependant pour ne pas être inquiétés dans notre route. Nous resterons peu de temps ici. car nous craignons toujours notre ennemi. Mes compagnons retourneront dans leur patrie, moi jirai de nouveau à la recherche de mes enfants chéris.

— Vous navez rien à craindre du seigneur Nicomor. reprit Elzéar; il n'osera vous poursuivre

DIT CIIATEUI. 215

jusqu'en ces lieux , car il sait qu'il est coupable , et que je suis plus puissant que lui. Ceux de vos compagnons qui voudront revoir leur patrie partiront librement : je ferai en sorte d'adoucir les fatigues de leur voyage , je saurai les protéger jusqu'aux frontières. Quant à vous, je vous retiens en ces lieux , où vous attendent Zinaïm et ?s1dda.

— Zinaïm I ^iddal

— Suivez-moi , vous allez les surprendre dans leur sommeil.

— Dieu soit loué I » s'écria le père de Zinaïm en revoyant ses enfants endormis.

Et il tomba la face contre terre , remerciant le Seigneur de ses bienfaits. Il se releva ensuite pour courir à son fils et à sa fille , qui s'étaient éveillés en poussant des cris de joie , en prodiguant à leur père les noms les plus doux.

Cependant Elzéar était revenu auprès des autres voyageurs , qu'il encourageait. L'ancien gardien de la tour de Nicomor , appelé Zéan , fut l'objet de ses plus tendres soins 5 il résolut de le retenir dans sa maison , et Zéan y consentit volontiers. Tous les étrangers le quittèrent successivement pour retourner dans leur pays-, il ne resta auprès de lui que le père de Zinaïm. Tant que dura l'exil des Hébreux , il n'abandonna pas la retraite offerte si généreusement à lui et à ses enfants ; mais quand le Seigneur apaisé eut rouvert à son peuple les portes de Jérusalem , il quitta , non sans regret,

216 ÎES RÉCITS

le vénérable Elzéar. Ils promirent de se revoir un jour , et ce jour vint bientôt.

(( Ma chère Eïla, dit un soir Elzéar à sa fille, Tennui s'est emparé de moi ; abandonnerais-tu ces lieux sans regret ?

— Bien loin de m'en éloigner avec regret, je les quitterais avec joie, car ils ne sont pas ma patrie.

— Je le sens aussi, mon enfant, et je ne voudrais pas y mourir, au milieu des ennemis du Seigneur. Nous partirons donc bientôt pour Jérusalem, où nous attendent nos amis; là, nous retrouverons nos frères, notre culte, notre temple et nos prêtres, et tous les désirs de notre cœur seront satisfaits. »

Quelques mois après ce court entretien, Elzéar entrait dans la maison du père de Zinaim , qu'il ne quitta plus. Les deux familles nen firent plus qu'une, Eïla et Mdda devinrent sœurs, et Zinaïni répoux d'Ella. Tous vécurent au sein du bonheur et de la paix, observant avec zèle toutes les lois du Seigneur. Zéan, l'ancien serviteur de Nicomor, ne se sépara plus de ceux qu'il avait délivrés de l'esclavage, et sa longue vieillesse fut heureuse et honorée de tout Jérusalem.

MADAME DK XAXTEIIL.

Celte histoire offre un bel exemple d'amour fdial et siu'lout d'amour fraternel. Je suis sûre

qu'Ernest et Georges se dévoueraient, ainsi que Ziuaïm , pour leur sœur, si le Seigneur permetlait qu elle se trouvât dans le danger.

GEORGES

C'est un devoir que nous remplirions avec zèle. Anna sait combien nous l'aimons: elle n'a qu'à former un souhait , nous nous efforçons de le remplir au plus tôt 5 que serait-ce si elle recourait à nous dans le péril I nous braverions tout pour la sauver.

ERNEST

Anna pourra toujours compter sur notre entier dévouement, mais je ne la dispenserai pas de nous conter quand elle aura promis un récit.

AWA

11 ne s'agit pas de conter en ce moment \ tu es un grand méchant, Ernest.

MADAME DE AAMEUIL.

Vous fàcheriez-vous, mes enfants!

AWA

Nous! bonne mère, pas le moins du monde. Tenez, je vais embrasser Ernest de tout mon cœur, mais qu'il soit discret. »

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