‹ Les récits du châteauChapitre 3 sur 35 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Dans un antique château situé dans un des plus beaux vallons de TAuvergne, vivait paisiblement la famille la plus heureuse et la plus étroitement unie. M. de Nanteuil, qui en était le chef, avait servi longtemps son roi et sa patrie , et était venu chercher ensuite dans le sein des joies domestiques la récompense de ses fatigues et de son dévouement. Une épouse vertueuse partageait sa douce retraite et se joignait à lui pour élever chrétieunement trois enfants que le Ciel leur avait accordés. Ceorges , Tanié , âgé de seize ans , était doué des qualités les plus solides. Destiné à servir sur mer, il séiait hâté de cultiver son esprit et de Torner des connais>ai]ces nécessaires à son avancement. Le pasteur on village voisin, M. Lecointe, s'était aussi appliqué à l'insti'uire , et,

grâce à ses leçons amies, le studieux jeune homme devait être bientôt en état de se présenter avec succès à une école royale. Son frère , Ernest, âgé de quinze ans, était moins vif, moins bouillant; il possédait un esprit aussi bien cultivé, une âme aussi belle, aussi généreuse. Tendre, affectueux, il se promettait de passer ses jours auprès de ses parents, d'être leur appui, leur soutien, et de les consoler de l'absence de leur fds aîné. Anna , la jolie Anna , était la dernière enfant de M. de Xanteuil , et cette aimable fille , qui entrait à peine dans sa quatorzième année, faisait les délices de toute la famille par sa douceur et ses grâces. Rieu ne manquait au bonheur des habitants du château de Nanteuil^ le contentement était leur hôle habituel, et l'ennui n'avait jamais pénétré dans leur demeure, car ils savaient l'en éloigner par le travail et par les amusements innocents. Les récits agréables et instructifs étaient leurs plus doux passe-temps: il n'était soir qu'on n'en fît entendre quelques-uns, et ils étaient toujours écoutés avec un vif intérêt et un profond recueillement.

Anna surtout aimait fort les histoires et les contes , et elle était ordinairement la première à prier son père ou sa mère , ou M. Lecointe , de lui narrer quelque fait intéressant. Un jour, c'était au commencement de l'hiver, elle dit à M. de N an t eu il :

(( Mon cher papa, je pense que nos grandes

soirées des dimanches vont recommencer, et que, mieux que jamais, les récits d'hiver iront leur train. Hélas I au printemps notre frère Georges nous quittera pour se rendre à Paris. Dès lors il n'assistera plus jamais à nos réunions, car à son retour il sera trop grand pour prêter Toreille à de simples histoires.

M. DE A'ANTEUIL.

Ma chère enfant , je suis prêt à conter et à écouter. C'est demain dimanche , nous reprendrons nos récits du soir , si cela vous est agréable à tous.

GEORGES

Pouvez-vous en douter , mon cher père ? vous savez que nos réunions ont toujours eu pour nous un charme infini ; quoi qu'en dise ma petite Anna, je les aimerai toujours.

ERXESÏ.

Pour moi , je les souhaitais ardemment, et j"cn avais déjà parlé à M. Lecointe, qui, ce soir même , devait venir en faire la proposition.

AMVA.

Allons, c'est chose arrêtée-, je cours prévenir ma bonne mère et lui dire de bien interroger ses souvenirs, car, à son tour, elle devra payer son tribut. »

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