‹ Les récits du châteauChapitre 31 sur 35 · JEAN · texte numérisé non relu

JEAN

Allons, mes amis, ne restons pas avec Robert, qui est un menteur. Retournons chez nos parents. »

Cet avis fut adopté à runanimité, et la troupe enfantine reprit légèrement la roule de son village. Robert aurait bien voulu suivre à son tour ses compagnons -, mais Tamour-propre l'en empêcha : (( On se moquera de moi, pensa-t-il, et je deviendrai la fable de tout le pays. » Il se trouva fort embarrassé. Devait-il aller à droite ou à gauche? 11 regarda longtemps décote et d'autre, puis marcha droit devant lui, mais d'un pas lent et iriésolu.

Il espérait parvenir bientôt dans un lieu où il pourrait s'arrêter pour manger; mais, malheureusement, il rencontra plus de buissons que de chaumières sur son chemin. La nuit vint, et il eut peur, car il n'était point brave. 11 s'avança donc doucement de crainte d'éveiller les loups et les voleurs, qui n'existaient que dans son imagination; puis, tout à coup, il fit halte: il avait entendu du bruit. « Je suis perdu , » pensa-t-il... 11 écoula attentivement, et ne tarda pas à reconnaître le tic-tac d'un moulin. Cela lui rendit ses forces et sa hardiesse, et en peu de temps il parvint à la porte du meunier. Après avoir fait une pause, il frappa modestement.

(( Kntrez, et soyez le bienvenu, >> lui cria-t-on de liiitéricur.

11 ouvrit, et très-humblement salua la famille du meunier, qui prenait le repas du soir.

<( Que veux -tu ? lui dit le maître de la maison.

— J'ai faim, répondit Robert, et je voiidiais bien gagner ma vie en travaillant.

— Assieds-loi ici et sonpe avec nous, repartit le meunier. Demain , nous te mettrons aux prises avec l'ouvrage. >>

Robert ne se fit pas répéter Tinvitation ^ il s'assit et contenta pleinement son appétit dévorant. La femme du meunier l'en félicita beaucoup , et l'envoya ensuite se coucher dans un bon lit.

Le lendemain , on le réveilla de grand matin , ce qui lui déplut fort. Le surlendemain , on le fit lever encore de meilleure heure, car le travail pressait ; il en fut de même des jours suivants. Cela lui donna de rhumeur.

((Vraiment, s'écria-t-il , on dirait que je suis un esclave! C'était bien la peine d'abandonner la maison paternelle pour quitter chaque jour le lit avant Laurore , et pour travailler sans relâche jusqu'au soir. Je suis décidé à chercher fortune ailleurs. »

Cette résolution prise , Robert attendit le moment favorable pour disparaître. Un beau matin il déjeuna copieusement , sortit ensuite pour faire une commission , et ne reparut plus au moulin. 11 alla longtemps devant lui. Après deu\ petites heures de marche, il rencontra un jardinier qui l'interpella ainsi :

(( Mon enfant , où vas-tu donc si vite?

ROBERT

Je cours après mille choses que je voudrais connaître.

LE JARDIMER.

Tu es donc bien curieux ?

ROBERT

Passablement.

LE JARDIMER.

Mais enfin quel est le but de ton voyage ?

ROBERT

Je me promène cherchant fortune.

LE JARDIIVIER.

A ton âge, la fortune est difficile à rencontrer. On a les jambes trop petites pour arriver jusqu'à elle. Tu es donc ambitieux ?

ROBERT

Mais oui, Monsieur.

LE JARDINIER

Voilà qui est plaisant. De quel pays es-tu ?

ROBERT

Je nen sais rien. Je lai quitté lorsque j'étais si petit I

LE JARDINIER

Sans doute lu nas plus ni père ni mère?

ROBERT

Hélas î vous Tavez dit. Mon père est mort dans

une grande bataille, et ma mère Ta bientôt suivi dans le tombeau ,

LE JARDINIER

ïu es alors bien à plaindre. J'ai pitié de toi ; si tu veux travailler, je te reçois dans ma maison. Voici quelles seront tes occupations habituelles : tu arracheras les mauvaises herbes de mon jardin, et, trois fois par semaine, tu porteras des fruits à la ville, qui est à deux lieues d'ici. Pour prix de ta peine , lu auras chez moi bon repas , bon lit, petits soins et grande amitié.

ROBERT

Vous êtes bien honnête , mais je ne puis accepter votre proposition : on m'a parlé hier d'un excellent emploi, qui est vacant; je veux savoir s'il ue me conviendra pas.

LE JARDINIER

Tu mens , petit garçon ; ta fausseté paraît sur ton visage. Cependant je ne retirerai pas mes offres : va chercher une place ; si tu n'en trouves pas et si la faim te tourmente, reviens ici , et je t'accueillerai de bon cœur. »

Le jardinier rentra dans son jardin en fredonnant un air favori , et notre voyageur, que le travail épouvantait, s'éloigna en répétant : «Je ne veux pas devenir esclave une seconde fois. Je n'ai besoin de rien. Marchons... »

Robert parlait ainsi parce qu'il n'avait pas faim.

Il changea de manière de voir quand Tappétit fut de retour : il comprit que, pour le satisfaire, il fallait au plus tôt profiter de la bienveillance du jardinier ; aussi revint-il sur ses pas avec la célérité d'un cheval à jeun , que l'odeur du foin attire à récurie

Le jardinier ne lui adressa aucun reproche. Il lui donna sur-le-champ à manger, et lui montra ensuite ce qu'il avait à faire.

Robert s'acquitta assez bien de son travail . qui n'était ni trop difficile ni trop fatigant, et il n'eut point à s'en repentir, car son patron lui donna deux gros sous pour l'encourager.

Le lendemain , il partit pour la ville . chassant devant lui un âne chargé de fruits destinés à un marchand de comestibles. Quand il se vit seul dans la campagne, il fit cette réflexion : « J'aime beaucoup les fruits , j'en ai une grande quantité en ma possession : n'en goùterai-je pas quelques-uns? On n'y serra rien , et l'àne , mon compagnon , ne me trahira pas , j'en suis bien sur. »

Robert ouvrit les paniers , et s'empara des plus belles pommes et des plus belles poires. L'appétit vient en mangeant, dit le proverbe , et le proverbe ne ment pas. Robert revint à la charge et prit de nouveaux fruits. Le vol ne fut pas connu. Cela le rendit plus audacieux à son second voyage. Mais toute faute se découvre, l'impimité n'est accordée à personne, et tôt ou tard la punition arrive. Elle ne se fit pas attendre pour notre petit voleur.

La personne de la ville, à qui les fruits avaient été remis , s'aperçut bientôt qu'on la trompait dans renvoi des fruits. Elle s'en plaignit au jardinier, qui résolut de surprendre le coupable sur le fait.

Un matin, il suivit Robert cheminant tranquillement vers la ville à coté de son àne. Le petit conducteur n'eut garde de toucher à rien tant qu'il fut sur les domaines de son maître-, mais, lorsque après dix minutes de marche il se crut à l'abri de toute surprise, il arrêta son laborieux compagnon , s'empara, selon sa coutume, des plus beaux fruits renfermés dans les paniers, et s'assit sans façon sur la verdure , pour les manger à son aise.

Il se tirait fort bien de son repas peu coûteux, quand le jardinier se montra tout à coup, un fouet à la main, la menace à la bouche.

u Ah I ah I petit coquin I s'écria-t-il , c'est ainsi que lu me voles! Attends, attends ; je vais t'apprendre à respecter le bien d'autrui.

— Grâce, grâce !.. répéta Robert effrayé.

— Non, point de grâce!.. » Et le petit voleur reçut une assez dure correction.

«Maintenant tu peux continuer ta route, reprit le jardinier après avoir puni le coupable. Mais garde-toi bien de me tromper une autre fois.. .

— Je ne veux plus vous servir, répliqua Robert mécontent.

— Comme lu voudras : on ne regrette jamais un mauvais sujet de ton espèce. »

A ces mots, le jardinier saisit son âne par la bride, et s'éloigna.

« Bon voyage I lui cria Robert. Vous ne me regrettez pas, je ne vous regrette pas non plus. » Et le peiit mutin rabattit sa casquette sur l'oreille et partit dun air décidé.

Il avait appris , dans son premier voyage à la ville, que la mer n'était qu'à trois lieues de là 5 il voulut lavoir. Quand, après bien des fatigues, il fut arrivé sur le bord de l'eau . sa surprise fut extrême.

«* Oh! oh I que c'est une belle chose que la mer î s écria-t-il. C'est plus grand que le ruisseau de notre village... Que ce doit être amusant de se promener sur cette rivière sans fm I Qu'est-ce que j'aperçois là-bas? Ce sont des nacelles, au miheu desquelles on a planté des arbres d une hauteur prodigieuse. Que c'est beau I que c'est beau I »

Et Robert s'assit pour contempler la mer et les vaisseaux. Tandis qu'il admirait le magnifique spectacle qui se déroulait à ses yeux , vint à passer un vieillard qui lui dit ; « Bonjour, mon ami . que fais-tu là .'

ROBERT

.le regarde cette rivière qu'on appelle la mer, et ces grandes nacelles , plus élevées que notre clocher.

LE VIEILLARD

Ces nacelles portent le nom de vaisseaux.

ROBERT

OÙ vont-ils donc ces vaisseaux?

LE VIEILLARD

Dans des pays très-éloignés . en Amérique par exemple.

ROBERT

J'ai entendu parler de T Amérique, de cette fameuse contrée où Ton n'a qu'à se baisser pour prendre de Tor et des diamants en quantité.

LE VIEILLARD

Ce sont les fous qui croient cela. L'Amérique est sans doute un continent fort riche, mais tous ceux qui s'y rendent sont loin d'y faire fortune : un grand nombre d'entre eux en reviennent malheureux, quand toutefois la mort ne les surprend pas en route. Si j'ai un avis à donner à la jeunesse, c'est de ne jamais se laisser tenter par Tappât d un gain trop facile. Je lui conseille d'être modérée dans ses désirs, et de ne pas toujours s'obstiner à aller chercher le bien-être loin de sa patrie. Tout pays est riche quand on sait en remuer le sol ; le travail est une mine féconde que tout le monde peut exploiter, et d'où l'on retire, avec le temps et avec la patience, des trésors inépuisables. »

Après cette petite leçon , le vieillard poursuivit son chemin.

(( Gethommene sait ce qu'il dit, s'écria Robert,

qui ne goûtait pas les conseils qu'on venait de lui donner. Il prétend que le travail est une mine féconde en trésors, et cependant, moi qui ai déjà beaucoup travaillé, qu'ai-je obtenu de si précieux ? J'ai gagné deux gros sous et des coups de fouet chez un jardinier, et ma nourriture chez un meunier: voilà tout. Je ne crois pas que ce soit un trésor... Je ne ferai donc peut-être pas si mal d'aller en Amérique, car je persiste à dire que cetie contrée est semée de diamants et de pièces de cent sous. M. Yaret, le maire de notre village, n'est devenu si riche que depuis qu'il a voyagé sur mer. Allons, c'est une chose résolue^ je partirai, et, lorsque je reparaîtrai dans mon pays, mes poches seront pleines d'argent; j'aurai à mes ordres une voiture et des domestiques. Chacun se découvrira respectueusement sur mon passage , et l'on dira de moi : « Qu'il est heureux , Robert I que son sort est digne d'envie I » En me voyant revenir avec tant de richesses, mes parents me pardonneront facilement de les avoir quittés... )>

Robert se leva et s'approcha du port. Il écouta attentivement tout ce qui se disait autour de lui , et bientôt il apprit qu'un vaisseau allait faire voile pour l'Amérique. 11 vit ce vaisseau, et réussit, je ne sais trop comment, à y pénétrer sans avoir été aperçu. Il se cacha derrière plusieurs caisses remplies de marchandises et attendit l'instant du départ. H n'attendit pas longtemps, car, une heure

après, le vaisseau sortit majestueusement du port et fit voile pour rAmérique.

Robert était dans renchanlement, mais sa joie fut de courte durée. Un mousse l'ayant découvert, il fut contraint de se montrer. Sa vue excita un rire universel.

(( Que veut ce joli petit villageois? s'écrièrent en même temps mousses et matelots. Sans doute, Monsieur est marchand de toupies , qu'il va vendre aux petits Américains pour acheter ensuite des bonbons... »>

Robert, humilié, baissa la tête et ne répondit mot. 11 espéra qu'on aurait pitié de lui, qu'on le laisserait sur le navire : il se trompa. Le capitaine survint, et s'écria menaçant : « Ai-je besoin dans mon vaisseau d'un semblable marmot ! Il ne nous faudrait quune dizaine de rats de cette espèce pour mettre le bâtiment à la famine, car ils sont doués d'une grande paresse et d'un vaste appétit. Vite la chaloupe, et qu'on aille me déposer à terre ce vagabond. »

Cet ordre fut promptement exécuté. Je vous laisse à penser si notre marin faisait triste figure. Toutes ses espérances s'étaient évanouies -, il ne lui restait plus qu'une faim dévorante. Heureusement un pêcheur eut compassion de son sort et voulut bien le régaler d'une friture. 11 n'en fallut pas davantage pour consoler Robert et lui rendre tonte sa hardiesse. 11 raconta ce qui venait de lui

arriver avec assez d'art , et le pêcheur hospitalier lui dit : « Tu me parais aimer beaucoup notre mer superbe, sois mon compagnon.» Celte proposition fut acceptée sur-le-champ avec la joie la plus vive. Robert devint pécheur dans le seul but de manger chaque jour des poissons dont il était très-gourmand. Il en mangea plus qu'il n'en désirait; quand il en fut rassasié, il annonça à son bienfaiteur que la mer était contraire à sa santé. Le pécheur voulut bien le croire et lui rendre encore un service. « J'ai, lui dit-il , un ami qui est fermier à une lieue d'ici. Va le trouver de ma part; il t'occupera volontiers si tu es bon à quelque chose. »

Robert se rendit chez le fermier , qui le reçut gaiement et sans façon : « Que sais-tu faire ? lui demanda-t-il.

ROBERT

Mille et mille choses. J'ai voyagé sur mer trèslongtemps; vous concevez que je ne suis pas un ignorant.

LE FERMIER

On peut voyager beaucoup et n'être pas plus savant pour cela. Et d'abord lis-tu très-couramment?

ROBERT

Je n'ose m'en flatter.

LE FERMIER

Oh! ohl à ton âge ne pas savoir lire parfaite-

ment, c'est honteux! Mieux valait écouter les leçons du maître d'école que de tant courir sans profit.

ROBERT

Je ne sache pas qu'il faille lire très-couramment pour gagner sa vie.

LE FERMIER

Je vais te prouver le contraire. Que feras-lu chez moi si tu n'es pas capable de lire facilement ? Tu n'es pas en état de conduire la charrue , de remuer utilement la bêche dans mon jardin et de manier le fléau dans mes granges. Tu ne peux me servir que de messager ; mais il faut savoir lire pour bien s'acquitter de cet emploi, car je ne veux pas qu'on porte à Pierre le serrurier la lettre adressée à mon meunier François. Je ne demande pas mieux que de tobhger , et pour le moment je ne vois rien de plus convenable à t'offrir qu'une place de vacher ou de dindonnier.

ROBERT

Moi, vacher! dindonnier! J'aime mieux mille fois retourner dans mon village.

LE FERMIER

Retourne à ton village. Mais partout tu ne seras jamais mieux placé qu'à la tête d'une troupe de dindons, car tu es le roi des ignorants? »

Robert ne voulut pas en entendre davantage ; il battit en reîraite précipitamment.

« Que je suis malheureux! s"écria-t-il en s'asseyant à 1 entrée d'un bois au bord de la route ; rien ne me réussit. De tous côtés, je reçois les plus cruelles humiliations. Hélas î je commence à voir qu'il faut être plus instruit que je ne le suis pour voyager par le monde et prospérer... »

Robert à ces mots s'abandonna aux pleurs et aux gémissements. Un petit Savoyard entendit ses plaintes et vint lui adresser ces paroles :

« Pourquoi pleurez-vous, mon jeune Monsieur? Est-ce que quelqu'un vous a frappé ou vous a enlevé votre gagne-pain?

ROBERT

Non vraiment . je m'ennuie.

LE PETIT SAVOYARD

Si vous étiez à ma place , vous n'auriez pas le temps de vous ennuyer. Je travaille tout le jour pour amasser quelques sous. Aujourd'hui je ramone, demain je chanterai , je ferai danser ma marmotte. Quand j'aurai ainsi parcouru le beau pays de Fi-ance pendant plusieurs années , j'irai revoir ma bonne im'requi m'attend dans sa pauvre chaumière de la Savoie. Elle sera bienheureuse de me serrer dans ses bras ; mais je serai plus heureux qu'elle en déposant entre ses mains un peu d'argent destiné à soulager ses vieux jours. Avez-vous encore une mère, n.on petit Monsieur?

ROBERT

J'ai toujours, grâce à Dieu, mon père et ma mère.

LE PETIT SAVOYARD

Et ils vous ont chargé sans cloute de gagner quelques écus pour les aider à élever vos petits frères et vos petites sœurs?

ROBERT

Ils n'ont pas besoin que je travaille pour eux, car ils ne sont pas pauvres.

LE PETIT SAVOYARD

Tant mieux-, je vois alors que c'est de votre plein gré, par indocilité , que vous avez quitté le toit paternel. Oh I que je vous plains d'avoir agi de la sorte! Si ma bonne mère était à l'abri du besoin , je ne m'en séparerais pas. Dieu ne bénit pas les enfants qui abandonnent, comme vous l'avez fait, la maison de leurs parents. Croyezmoi, mon cher petit Monsieur, on n'est jamais mieux qu'auprès de son père et de sa mère ; l'expérience vous l'a peut-être déjà prouvé. Retournez à votre village au plus tôt, et soyez plus raisonnable à l'avenir. Adieu , et suivez mon conseil. »

Robert fut ébranlé. La douce voix du jeune Savoyard pénétra jusqu'à son C(L'ur; il eut regret de sa conduite. 11 se préparait à partir pour rejoindre sa famille , quand il fut accosté par un homme de ï)olice qui lui demanda comment il se

nommait. Il répondit en tremblant : « Je m'appelle Robert.

— Robert I reprit Ihomme de police dun ton joyeux, c'est bien le nom du mauvais sujet que je cherche de tous côtés depuis un mois environ. D'ailleurs, tu trembles, cela me suffit, car je te juge coupable. Suis-moi. »

Robert n'avait nulle envie de résister. Il suivit l'homme de police qui le reconduisit à sa mère. Rentré sous le toit paternel , notre voyageur eut une punition très-rigoureuse à subir. Mais, disons-le tout de suite , ce fut la dernière qu'il reçut. Devenu sage par sa propre expérience, il sut réparer le temps perdu. Dégoûté des voyages, il ne fit plus que celui de l'église et de 1 école , et il s'en trouva bien. Il s'instruisit rapidement, surpassa tous ses condisciples , et s'acquit Familié et l'estime de toutes les personnes qui le connaissaient.

Messieurs et dames, ajouta Anna en se levant, mon petit conte est fini . j'ai l'honneur de vous saluer et de vous remercier de l'attention soutenue avec laquelle vous avez bien voulu m'écouter.

M. LECOINTE

C'est plutôt nous, mon enfant, qui devrions vous remercier des jolies choses que vous nous avez dites. Vraiment , vous avez eu tort de vous faire prier un peu pour parler : quand on raconte ainsi . on est toujours sur d'être écouté avec plaisir.

D'ailleurs , votre conte renferme une morale excellente dont peuvent profiter les petits et les grands. Souvent la vanité , Tamour d'une folle indépendance nous poussent de ville en ville , de projets en projets, de chute en chute. Nous croyons savoir beaucoup et emporter d'assaut les positions les plus difficiles , et nous nous lançons à corps perdu dans une carrière qui n'était pas ouverte pour nous. 11 faut avoir appris et étudié longtemps avant de songer à parvenir, et connaître parfaitement l'obéissance avant de prétendre commander. Il serait facile de tirer du conte de M^^^ Anna les plus utiles enseignements, mais je m'arrête : Ernest a quelque chose à nous dire.

ERNEST

J'attendais sans impatience, M. le curé 5 ce que j'ai à dire n'est pas à beaucoup près aussi intéressant que les réflexions que vous venez de faire. Dans le petit Robert je me suis reconnu plus d'une fois, mais il y a beaucoup à redire. Mes aventures n'ont pas été les mêmes, et je ne sais si l'avantage est de mon côté. Premièrement, Robert part en compagnie; moi, je partis seul avec un livre sous le bras, et, disons-le tout de suite, il me fut tout à fait inutile; je ne pus le vendre. Robert rencontra successivement un meunier, un jardinier et un pêcheur qui furent pour lui pleins de bonté; je n'eus pas ce bonheur, j'eus pour ressource un tonnelier et un cordonnier, et je ne

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