CHAPITRE IX
leurs oraisons. Mais la prière a ses jouissances, même pour l'homme imparfait; elle repose L'âme, elle adoucit le poids du jour, elle répand un baume salutaire sur les secrètes plaies du cœur. Aimer et prier, c'est tout un.
Je ne parle pas ici des distractions apportées par l'étude, par le travail des mains, la transcription des livres, la direction spirituelle des séculiers, le chant des Psaumes et la récitation de l'Office canonial.
Quant aux épreuves de la solitude, elles devaient être, je l'avoue, plus inquiétantes, plus pénibles. La solitude a parfois ses horreurs; ils sont terribles les orages du désert, témoins les tentations de saint Antoine. Mais la grâce y est plus vive , les secours plus prompts. Qu'on se rappelle le vieillard cité à la onzième session du concile de Nicée et la jeune recluse de Brunsbach dont Césaire raconte les terribles combats et les glorieuses victoires. Ainsi leurs épreuves étaient domptées par la vivacité de la foi des reclus, ou la sagesse des conseils qu'ils recevaient.
Au reste, on aura remarqué, dans le trait que j'ai raconté de cette jeune fille , la résolu-
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lion où était l'abbé de la dispenser de ses vœux. L'Eglise n'a jamais abjuré vis-à-vis de ses enfants ce caractère de mère qui lui apprend à compatir à leurs faiblesses : la perpétuité religieuse reste soumise à sa haute juridiction ; dans les moments difficiles elle délie avec condescendance de serments indiscrets ou de vœux impossibles à tenir.
Cependant je n'ai trouvé dans mes recherches aucun exemple de cette dispense , acceptée par des reclus.
Terminons ici un travail, peut-être déjà trop long, et qui est encore bien incomplet; terminons, dis-je, ce travail par une réflexion dont personne , je crois, ne contestera maintenant la justesse.
La réclusion a subsisté quatorze cents ans; je ne sache pas d'institution humaine qui ait vécu une aussi longue vie. Cela seul ne suffirait-il pas pour la mettre à l'abri des attaques , du moins des insultes de prétendus moralistes?
Et n'eut-elle duré qu'un siècle , qu'une année, qu'un jour, cette vie héroïque d'isolement, de pénitence et de sublime abnégation , n'au-