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CHAPITRE IX

au large autant que dans un lieu de délices (i). La chose se comprend. Quand on ne vit que par l'esprit, on voit un immense horizon se dérouler devant soi, et on est libre de le parcourir. Saint Jean Chrysostome a dit de saint Paul que son àme avait, par la pensée et le désir, ses libres entrées dans les cieux (2). Quand on ne vit que par le cœur, en effet , une seule pensée suffit; elle multiplie toutes les formes des jouissances intimes, elle savoure avec ivresse tout ce qui lui rappelle l'objet de son bonheur, et l'homme vit avec cela. Il faut, sur ce chapitre, en croire l'expérience. La cellule constamment gardée , dit l'auteur de Y Imitation, s'adoucit et devient un séjour délicieux. Et le prisonnier de Spielberg , ce noble et douloureux reclus, n'a -t- il pas dit que la solitude est mauvaise à qui ne l'habite pas avec Dieu, mais qu'elle est douce à celui qui l'anime par la présence de cet être souverain.

(i) Epist. ad Marcell. de lande Azellœ , traduction de MM. Grégoire et Collombet.

(2) Anima Ma cœlo vagari solila.

274 RECLUSEIUES.

Sans cloute, il y avait un moment étrange clans la vie du reclus. C'était celui qui suivait la cérémonie de la réclusion. Quelles sensations neuves et inattendues saisissaient notre pénitent à cette première heure d'isolement et de solitude! Lorsque le bruit des chantres venait de s'éteindre , la lueur des cierges de mourir, les flots du peuple de s'écouler, sa première pensée devait être de parcourir du regard son tout petit domaine, les murailles nues et muettes de sa cellule, et ce bout de jardin qui ne lui laissait voir d'espace dans les airs , qu'autant qu'il en fallait pour ne pas lui dérober la vue du ciel , et de place sur la terre, qu'autant qu'en réclame un tombeau. Mais l'année de probation l'avait préparé d'avance à cette vie étroite et recueillie , et la multitude des reclus s'écria avec le Psalmiste, en baisant le pavé de sa cellule : « Ceci est le lieu de mon repos, je Fhabiterai, ce lieu, parce que je l'ai choisi. »

Assurément tous les reclus n'étaient pas des Antoine. Après avoir passé la nuit en prière, ils ne se plaignaient peut-être pas que les rayons du soleil, en pénétrant par l'étroite ouverture de leur cellule, vinssent troubler le charme de

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