CHAPITRE III
qu'il affirma par serment qu'il ne sortiroit iamais de sa cauerne, et que iamais il n'iroit à Lyon, qu'on ne l'y meneroit que par force, voire lyé et garroté.
» Les ambassadeurs de Lyon , voyant ce personnage obstine en ceste résolution et ne le pouuans gaigner, commencèrent à vser de voie de faict, et de main-mise, et, démolissant la closture de la cauerne, tirèrent de léas, par force et par violence ce reclus, faisant de sa part insigne résistence. Mais finalement il fut lyé et garotté , et ainsi mené à Lyon , où il fut en grande ioie et célébrité ordonné évesque (1). »
Le même récit se trouve dans Severt, saint Aubin, Lamure, etc. Mais comme le remarque sagement le P. de Colonia (2) , toutes ces merveilles deviennent suspectes dès lors qu'on les approfondit ; on trouve qu'elles n'ont pour garants que des actes , à la vérité fort anciens , mais retouchés par une main grossière, qui les a défigurés en prétendant les embellir. Ce ne serait donc pas en mémoire de son premier genre de vie qu'il aurait institué les reclus;
(1) Hitt. de Lyon, par Paradin, liv. IIe, chap. I, p. G;i. {>, Ilisl. litt., t. I, p.229.
56 RECLUSERIES.
il est plutôt à croire que les ouvrages ascétiques d'Eucher ayant eu le plus grand succès, une foule de personnes ont cherché à réaliser le genre de vie dont il se faisait le législateur.
Mais que saint Eucher ait ou non vécu dans une réclusion , ce qu'il est difficile de constater autant qu'il est aisé de le nier ou de l'admettre , toujours est-il, et cela paraît évident, continue le Jésuite historien, qu'on peut fixer à ce tempslà l'origine de nos reclus. Pour ce fait du moins, il existe une tradition immémoriale , que confirme un acte authentique du xive siècle. C'est une ordonnance de l'archevêque, Guillaume de Thurey, que nous citerons plus tard en entier, et dans laquelle on lit expressément qu'Eucher avait créé, en faveur des reclus, une aumône de trois ânées de seigle par an et de dix deniers chaque semaine, aumône interrompue sous le prédécesseur de Guillaume, et que celui-ci rétablit par son mandement, daté de Tannée 1359.
Ces recluseries auraient déjà revêtu le caractère des recluseries pontificales, car il parait aussi qu'Eucher avait donné une règle à ses reclus ; elle devait être en grande partie