‹ Les recluseriesChapitre 27 sur 112 · CB UTI'KK III · texte numérisé non relu

CB UTI'KK III

tirée de celle de Lérins; mais je n'ai, malgré toutes mes recherches, absolument rien découvert qui pût donner une idée de ce précieux document.

D'après tout ce qui vient d'être établi, le lecteur jugera s'il ne faut pas attribuer à l'Eglise de Lyon, l'origine des véritables recluseries dans les Gaules , et j'ajoute dans tout l'Occident. Car partout ailleurs je rencontre des faits isolés, ici seulement une institution régulière, officielle, permanente. Ainsi, lit-on dans saint Augustin (1), que certains moines, avant de se faire reclure, pourvoyaient d'avance à leur entretien , du moins pour plusieurs jours. Mais ces derniers mots, s'il les faut prendre à la lettre, semblent indiquer une réclusion purement temporaire. Quelques Eglises particulières offrent aussi des réclusions , qui remontent aux dates les plus reculées de l'introduction du christianisme dans les Gaules. A Chàlon, par exemple, « un saint hermite, qui ne vivoit, comme le phénix, que de la rosée du ciel, bastit une petite chambre joignant un

(i) De opère monachorum, cap. 23 : Xisi reponant sibi escas in pluritaot dies includere se, Haut faciunt, non valebunt.

RECLUSEMES.

oratoire, qui lui servoit plutôt de tombeau. » L'église de Saint- Pierre a été élevée sur l'emplacement de cette casuette ou recluserie, tant la renommée de ce saint religieux était devenue chère aux fidèles (1).

Ces faits et d'autres semblables , à raison de leur isolement , n'ont rien de comparable à l'institution régulière, organisée et dotée à Lyon par le grand Eucher. Ce ne serait donc pas une conclusion partiale que celle qui attribuerait à notre Eglise la gloire d'être le berceau des recluseries latines ou occidentales, les seules dont la succession est parvenue jusqu'à nos derniers âges.

(1) Illustre orbandale, ou l'histoire ecclésiastique de la rille de Chalon-sur-Saône , t. Il, p. 131.

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Deuxième phase. Réclusion sous l'autorité des prélats.

Les recluseries d'Eucher n'avaient déjà plus le caractère libre et indépendant des premières cellules de reclus; elles sembleraient même appartenir à l'époque que nous allons décrire; et, sans la date de leur fondation primitive, je n'aurais pas hésité à les classer dans les recluseries de la deuxième phase.

Cette deuxième phase s'ouvrit par des règlements de la plus grande sagesse et tous uniformes dans leur principale disposition, celle qui soumettait à l'examen et à l'approbation des prélats l'entrée en réclusion.

Quelqu'admirable en effet que fût le dévoue-

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ment et la vie de ces généreux pénitents dont le nombre allait se multipliant , il était aisé de prévoir que de son côté la ferveur primitive irait s'affaiblissant. L'esprit et le cœur de l'homme sont ainsi faits ! Il n'était pas plus difficile de comprendre qu'un zèle imprudent pourrait emporter au désert des imaginations vives ou des cœurs trop ardents, et les engager sous l'inspiration d'un moment à des renoncements au-dessus des forces humaines. Aussi , la recluserie qui ne s'était d'abord ouverte qu'à d'énergiques persistances, ne tarda pas à recevoir des hôtes inconstants et légers. La ferveur des premiers jours une fois passée, l'ennui de la solitude accablait de son poids l'indiscret qui, sans mesurer ses forces, avait osé ambitionner le fardeau d'une telle existence; et plus d'une fois la cellule, dont la veille on baisait avec amour le pavé , retentissait le lendemain de scandaleux murmures.

En conséquence, on vit nombre d'apostasies et de désertions qui malédifiaient l'Eglise et le désert. La même chose arrivait pour les ermites gyrovagues dont Cassien parle si éloquemment : «Plusieurs, dit-il, s'étant engagés témérairement dans la vie solitaire, n'ont pu

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Bupporter la vaste immensité du silence qui plane sur le désert et sont revenus au monastère . ou retournés au monde. » Ce qui découiit l'anachorète, c'était l'horreur du silence et l'effrayante liberté des forêts; ce qui décourageait le reclus c'était l'angustie de sa logette. Pour ce double genre de vie, il fallait des caractères différents, mais un égal héroïsme ; ce qui n'était , ni du grand nombre , ni de tous les jours. Pour corriger les mêmes abus, on employa le même remède. S'il ne fut pas toujours efficace , il fut sage du moins , et les mesures préventives qu'il établit en principe devinrent une règle dont, sauf quelques exceptions, l'on ne s'écarta jamais.

On lit déjà dans Sulpice Sévère (1), mort en l'an 429, la règle particulière aux anachorètes. Celles qui regardent les reclus sont d'une date un peu plus récente , et le premier exemple que j'en trouve dans les collections des pontifes est parti de l'Eglise de France.

Le concile de Worms , tenu en l'an 465 , au 7° canon dit : « Il faut observer qu'on ne doit

(1) Dialogue 2 des moines d'Orient : Non nisi, permittente

abbate, discedant ex his qui acturi solitariam vitam se ad

eremum conferunt.

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pas permettre aux moines de quitter la communauté pour entrer en des cellules isolées, excepté toutefois à ceux qui ont fait leur preuve dans les longs travaux de la vie religieuse , ou bien à ceux à qui une grande faiblesse rend une pareille vie nécessaire. Alors qu'une règle sévère leur soit donnée par les abbés. Mais pourtant que leurs cellules soient dans l'enceinte du monastère. »

Le concile d'Agde, en l'an 506, dit la même chose et dans les mêmes termes, au 28° canon. Le concile d'Orléans, tenu en 511, dans son 22e canon , établit la même règle.

Le concile de Tolède, Tan 646, remet aux évêques le pouvoir de faire rentrer dans les monastères les ermites et les reclus, dont la vie peu réglée serait un sujet de scandale pour l'Eglise.

Le concile de Francfort, qui eut lieu en l'an 794, porte dans son 12e canon la défense d'enfermer les reclus avant qu'ils aient reçu l'approbation de l'évêque ou de l'abbé, lesquels doivent décider eux-mêmes de leur admission en réclusion.

Pour ne pas revenir plus tard sur cette disposition, je rappelle ici que le règlement de

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