CHAPITRE V
tmv. Il y a dans celle méthode beaucoup plus de BÛreté pour vous. »
o Les livres que vous pourrez leur lire sont en particulier les Morales de saint Grégoire , les Règles de saint Benoît et de saint Augustin , les Conférences spirituelles de Cassien, les Sermons de saint Bernard sur les cantiques. »
«Qu'en tout temps les visions extraordinaires, ou de jour, ou de nuit, vous soient suspectes , et attribuez-les ou à la faiblesse de votre tète, ou à vos infidélités, ou à vos péchés. De même en est-il de ces douceurs et sentiments de dévotion tendre , à moins qu'ils ne vous portent à l'humilité et au mépris de vous-même. Soyez exact à n'ouvrir votre porte à personne, mais mettez votre clé en un lieu où on la puisse trouver aisément dans le cas où vous auriez besoin d'être promptement secouru. »
Ce dernier article prouve que le religieux Antoine était sous simple clôture et non pas emmuré. Une foule de reclus étaient dans le même cas.
L'abbé Lebeuf parle d'une brochure qui fut imprimée à Paris en I08O, sous ce titre : Briève exhortation faite au Mont-Valérien . par René Benoît y curé de Saint- Eus tache , pour la
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consolation , persévérance et confirmation de frère Jehan de Chaillot, reclus, avec une traduction de ce que Gerson a écrit à un semblable reclus de ce nom. Entre le frère Antoine et Jehan de Chaillot, il y a deux siècles de distance ; entre Gerson et René Benoît, il y a celle d'une personne de bien à un homme de génie.
Je ne doute pas qu'il ne fût possible de trouver un certain nombre de pièces dont on composerait la bibliothèque de la réclusion. Mais le lecteur en connaît assez pour pouvoir apprécier, sous ses diverses phases, le caractère et l'esprit de cette singulière vie. Je ne pousserai donc pas plus loin mes indications. J'ai d'ailleurs borné là mes recherches sur ce point.
Jusqu'ici, je n'ai parlé dans ce chapitre que des recluseries d'hommes, le lecteur n'aura pas manqué de se demander si les femmes, qui possédaient comme les hommes la liberté de se reclure, avaient reçu comme eux des règlements spéciaux.
Il est probable qu'elles adoptèrent d'abord la règle commune, celle de saint Benoit. Jusqu'au xiie siècle du moins, je n'en trouve aucune qui leur soit particulière. A cette époque, le bienheureux OElred , tour à tour gouverneur du pa-
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lais de David, roi d'Ecosse, moine de Riéval, dans la province d'York, abbé de Revesay, au comté de Lincoln, et enfin abbé de Riéval, leur donna une règle qu'il adressa à sa sœur (1). On la trouve dans la troisième partie d'Holsteoius, sous ce titre : Régula sive instituta inclusorutrij ad sororem. Elle porta longtemps le nom de Règle de saint Augustin ; on la trouve dans le tome Ier de ses œuvres, édition de Hollande, avec ce titre : De la vie érémitique , à y ne sœur. Une grande partie de cette règle se lit encore dans les méditations quinzième, seizième et dixseplième de saint Anselme.
Dans Holstenius , elle est divisée en soixantedix-huit chapitres, et précédée d'une courte préface. La sœur à laquelle le bienheureux adresse sa règle était réellement la sienne, comme le disent quelques historiens , et par le sang et par l'affection toute spirituelle qui les unissaient. Malgré ce que nous savons des désordres du temps et de l'étrange naïveté du langage de cette époque , il est difficile , avec nos mœurs actuelles , de concevoir la dignité de
(1) Le B. OElred, né en 1109, mourut en 1166, âgé de 57 ans. < In a de lui plusieurs ouvrages ascétiques et historiques. Cellier, tome XXI, page 135. — Godescard, 18. janvier, page 171.
116 RECLUSERIES.
certains détails de cet ouvrage, écrit d'ailleurs avec élégance et avec goût.
Aux chapitres II0, IIIe, IVe, Ve, VIIe, XIIIe, l'auteur prescrit la réclusion spirituelle et intérieure , comme une conséquence nécessaire de la réclusion extérieure. Il appuie, à plusieurs reprises, sur la discrétion et le silence. Toutefois, comme il était impossible de commander un silence absolu, il se borne à défendre à la recluse , les entretiens inutiles ; elle ne parlera aux hommes qu'en cas d'extrême nécessité, et encore le voile sur la tête ; elle ne pourra recevoir ni lettre, ni présent; elle se défendra également de ces commérages ridicules , dangereux et beaucoup trop communs dans les asiles mêmes de la perfection. Je ne résiste pas à l'envie de citer à ce sujet un passage tout à fait piquant du bienheureux OElred. Je cite Foriginal, afin de ne rien ôter de sa grâce à ce petit tableau de maligne naïveté.
« Vix aliquarum hujus temporis inclusarum solam invenies ante cujus fenestram, non anus garrula vel nuggigerula mulier sedeat, quœ eam fabulis occupet , rumoribus aut distractionibus pascat; illius vel illius monachi, vel clerici,