CHAPITRE Y
Antoine (i). H faudrait citer cette lettre tout entière, comme un modèle de prudence et de sage modération. Le ton ferme qui y règne d'un bout à l'autre, ne doit point étonner de la part d'un homme aussi expérimenté que Gerson. Il n'avait point approuvé la vocation du frère Antoine, parce qu'il la regardait comme précipitée et point assez mûrie par la réflexion ; mais, le voyant constant et résolu , il le loue de son courage , veut qu'il soit prêt à quitter sa réclusion si l'évoque le lui commande, et en même temps, il lui enseigne les moyens de persévérer. C'est l'objet d'un court traité qu'il intitule : Règle pour un solitaire reclus. On pense bien qu'au xve siècle, et sous la plume de l'illustre chancelier, l'ascétisme revêt des formes moins dures et plus rapprochées de la vie commune , que celles qu'il déploie dans les recluseries de Grimlaïc et de Romuald.
« Gardez l'abstinence avec un si raisonnable tempérament, dit - il au frère Antoine, que jamais votre corps ne soit à charge à votre Ame..., et qu'aussi vous ne détruisiez point
(t) Gers., Oper., edit. Dup., tom. 11, pag. 773, et Solitude chrétienne, loin. 111, pag. 471.
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votre corps et ne nuisiez point aux fonctions de l'esprit par un jeûne excessif, qui affaiblisse votre tête et vous cause de mélancoliques humeurs. »
« Quand vos jeûnes au pain et à l'eau nuiront à la liberté des fonctions de Pesprit, à l'instant cessez vos jeûnes ou modérez-les. »
« Mangez de tout ce qu'on vous apporte , pourvu que vous gardiez la règle générale de l'Eglise , et la loi d'une sage tempérance. »
« Travaillez autant que vous pourrez à garder la solitude de Famé, qui consiste à se tenir dégagé de toutes les inquiétudes temporelles. »
« Gardez-vous bien de jamais engager votre âme en des soins superflus, sous prétexte de penser au salut des autres , parce que cette pensée... vous précipiterait facilement dans l'abîme de l'orgueil et ensuite dans l'apostasie. »
« N'écrivez à personne, ou si vous le faites, que ce soit rarement et à fort peu de gens , et seulement par la nécessité où vous êtes de recevoir quelqu'instruction. »
« Ne vous oubliez pas jusqu'à vouloir prêcher et confesser ; mais , au lieu de parler de votre propre fonds , contentez-vous de faire aux personnes qui vous consultent quelque bonne lec-