CHAPITRE VI
Au xi' siècle, deux recluses habitaient là, chacune dans sa cellule. Severt raconte à leur sujet un trait qui mérite d'être rappelé, sinon comme document historique , au moins comme tableau de genre; c'est le pendant de celui que Irai -ait le bienheureux OElred. « Il y avait Là deux recluses fort âgées, dit-il, dont la piété égalait la douceur; elles vivaient dans la plus parfaite harmonie ; Anselme , pendant son exil , se plaisait à les visiter et à leur donner, pour les encourager, de salutaires avis; mais, après son départ , une secrète jalousie dont la cause n'est pas connue, venant à éclater entre elles, rompit tout à coup cette longue harmonie. On ne peut se figurer jusqu'à quel point ces saintes filles oublièrent la dignité de leur état, et les devoirs de la charité. La fureur armant leurs langues, elles ne se lassaient pas de s'injurier; le jour, la nuit elle-même, se passaient à échanger d'amères invectives. Toutefois leurs consciences n'étaient pas tranquilles ; celle qui avait excité le débat éprouvait les plus violents remords. Tout à coup Anselme lui apparaît, non plus avec cet air doux et serein, qui lui était si naturel, mais le front sévèrement ridé et l'œil en feu. Il lui reproche le scandale de leur
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conduite, et les menace des châtiments de Dieu. Il n'en fallut pas davantage pour arrêter les deux contendantes. Le repentir fit couler leurs larmes, et la paix rentra dans leurs cellules avec le souvenir du bienheureux (1). »
De toutes ces recluseries , que reste-il ? nous l'avons dit. De cette sève héroïque de foi dépensée dans notre ville, que reste-t-il aujourd'hui? pas même un souvenir, à moins qu'on ne porte ses regards sur l'ermitage du Mont-Cindre, dernier débris de la vie anachorétique dans nos contrées (2).
L'amour de la localité ne nous empêchera pas de remarquer que dans cette longue suite de reclus lyonnais , il n'y en a pas un seul dont le nom soit venu à la postérité ; je me trompe; nous connaissons , grâce à la pierre sépulcrale qui recouvre sa cendre , celui de Marguerite la Barge dont je viens de parler : son nom ! et c'est tout.
Si maintenant, après avoir parcouru les différentes cellules du royaume, vous rentrez
(1) Chronol. arch. Lug., parag. 9, page 227.
(2) Il n'y plus au Mont-Cindre qu'une chapelle, et un gardien qui vient, les dimanches et jours de fête, faire l'office de chantre à l'église de Saint-Oyr.