CHAPITRE VI
dans ce Paris, en tout temps et toujours si vif, si animé, si retentissant , vous porterez d'abord vos regards sur une antique maison demi-gothique, demi-romane, dite de la Tour-Roland. A l'angle de la façade , on remarque encore un gros Bréviaire à riches enluminures, garanti de la pluie par un petit auvent et des voleurs , par un grillage , qui permet toutefois de le feuilleter. A cùté de ce Bréviaire est une étroite lucarne en ogive, fermée de deux barreaux de fer en croix , donnant sur la place. C'est la seule ouverture qui laisse arriver un peu d'air et de jour à une petite cellule sans porte , pratiquée au rez-de-chaussée dans l'épaisseur du mur de la vieille maison , et pleine d'une paix d'autant plus profonde , d'un silence d'autant plus morne , qu'une place publique la plus populeuse et la plus bruyante de Paris fourmille et glapit à l'entour. Cette cellule était célèbre dans Paris , depuis près de trois siècles que madame Rolande de la Tour -Roland, en deuil de son père , mort à la croisade , l'avait fait creuser dans la muraille de sa propre maison, pour s'y renfermer à jamais, ne gardant de son palais que ce logis dont la porte était fermée et la lucarne ouverte en hiver comme
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en été , et donnant tout le reste aux pauvres et à Dieu.
Mais ce n'était pas la seule recluserie connue dans Paris , il y avait encore un bon nombre de ces cellules à prier Dieu et à faire pénitence, et elles étaient presque toutes occupées. Outre la logette de la Grève, vous trouvez une cellule à Montfaucon , une autre au charnier des Innocents , une autre au logis Clichon , d'autres encore, je crois, à divers endroits; car à défaut de monuments on en retrouve la trace dans la Tradition. Les auteurs qui ont écrit sur la ville de Paris ont recueilli plus ou moins soigneusement les souvenirs. L'abbé Lebeuf est le plus détaillé (1). Nous avons également parcouru Dubreul et Saint- Victor, et de nos recherches il résulte qu'au xm° siècle et en 1240, Paris comptait quatre recluses; car dans un testament daté de cette même année, un bourgeois lègue aux quatre recluses vingt sous, quatuor inclusis XX soldi.
L'abbé Lebeuf fait assez comprendre que , dans les xiv° et xv° siècle , presque toutes les
(1) Histoire de la ville et de tout le diocèse. Lebeuf, Paris, 1754. — Antiquité de Paris, parDubreul. — J.-B. de Saint-Victor ,Tableau historique et pittoresque de Paris.