PHOTOGRAPHIE DE L'INVISIBLE
d'observations attentives, et peut-être, dans certains cas d'épidémie, pourrait-on en tirer parti.
On peut réaliser des expériences intéressantes au sujet de la photographie de l'invisible, en reproduisant à la chambre noire de l'écriture faite avec une dissolution saturée de sulfate de quinine. Le sulfate de quinine possède, comme on sait, une magnifique fluorescence, c'est-à-dire qu'il convertit les rayons violets et ultra-violets, par exemple, en rayons bleus, abaissant ainsi leur pouvoir photogénique. Si donc l'on écrit avec une dissolution de sulfate acide do quinine, sur un bristol blanc, et qu'on photographie ce bristol (après y avoir tracé un trait de crayon pour mettre au point), le fond viendra, sur le cliché, plus foncé que les traits, bien que ceux-ci soient invisibles à l'œil.
LA PHOTOMINIATURE
Pour peindre les photographies, soit à l'aquarelle, soit à l'huile, il est nécessaire de possédera fond la pratique de la peinture. 11 en est tout autrement si, après avoir rendu transparente l'épreuve photographique, on la peint au dos. Les couleurs peuvent alors s'appliquer en teintes plates, et l'effet obtenu est néanmoins charmant. Ce procédé constitue la photominiature ; nous pensons que les détails suivants, empruntés à la plume de M. Blin (1), intéresseront nos lecteurs :
« La photominiature se fait sur verre ; chaque portrait demande trois verres de la même dimension et généralement ovales. L'épreuve est collée par sa face sous le premier verre ; la peinture est exécutée sur un papier collé sur le deuxième verre, et le troisième verre est intercalé entre les deux premiers pour donner et maintenir entre eux un écartement résultant de son épaisseur. Quand le travail est terminé, on réunit ces trois verres par une bande de papier mince collée sur leur tranche, de manière à n'en faire qu'un tout, et on le place dans un cadre dont l'ouverture est exactement celle de la dimension des verres employés.
« Voici maintenant la manière de procéder.
« La première opération consiste à décoller la photographie du carton sur lequel elle est fixée ; rien de plus facile, car il n'y a qu'à la plonger dans une'assiette pleine d'eau chaude, mais non bouillante ; il faut avoir soin de renouveler l'eau, qui doit toujours être au moins tiède ; il est important de ne pas forcer ce décollage ; mieux vaut attendre que la photographie, saisie par un coin, se détache du carton sans résistance, car il est essentiel de ne pas écorcher le papier. Dès qu'elle est enlevée, il faut débarrasser le papier de toute trace de colle, et pour cela, laissant l'épreuve dans l'eau tiède, passer le doigt dessus en frottant légèrement jusqu'à ce que la colle soit partie ; ce lavage doit être fait soigneusement quand le carton était plâtreux el a laissé sur le
(1) La Science en Famille.
LA PHOTOMINIATURE 31
papier des placards de pâte blanche ; il faut renouveler l'eau tiède et terminer par un rinçage à Feau bien propre.
« Mettre alors la photographie dans du papier buvard blanc et la laisser sécher complètement.
« Il faut maintenant la couper à la dimension du verre ; pour cela, placer le verre (nous supposons qu'il s'agit d'un portrait-carte en buste, et d'une photominiature ovale) sur la photographie, et chercher la manière dont le portrait s'inscrit le mieux possible dans l'ovale.
« Règle générale, le menton du portrait doit être au centre de cet ovale.
« Tracer au crayon le contour du verre et découper le papier en se tenant en dedans du trait.
« Nous arrivons à l'opération principale, celle de la transparence à donner à l'épreuve. On trouve dans le commerce des matières toutes préparées pour cet usage. Ce sont des composi- -tions à base de cire ou de baume de Canada, que l'on étend sur l'épreuve de la façon suivante : On place au-dessus d'une lampe à alcool une plaque de cuivre de 15 à 20 centimètres de côté, et de 2 millimètres d'épaisseur. Sur cette plaque, on met un morceau de verre plat d'une forme quelconque, plus petit que la plaque de cuivre et plus grand que la photographie, actuellement découpée en ovale.
« Dès que ce verre est chaud, on promène à sa surface l'extrémité du bâton de matière à transparence ; celle-ci fond immédiatement et s'étend en couche sur le verre; il suffit que la surface enduite soit égale à celle de la photographie ; il n'en faut pas trop mettre, et du reste quelques essais renseigneront vite sur la quantité qu'il enfant étendre. Prendre alors la photographie et la coucher sur cette matière en fusion, la face contre le verre; avec la lame d'un couteau à palette, on appuie sur le papier pour obtenir l'adhérence ; en môme temps on recueille la matière qui déborde le papier et on en enduit le dos du portrait; au besoin on passe encore sur celui-ci le bâton de matière.
« Peu àpeu, laphotographie devient transparente; ilfaut attendre qu'elle le soit complètement, dans toutes ses parties; cela dépend
le plus souvent de l'épaisseur du papier; il est utile de veiller à
ce que la lampe n'amène pas une chaleur excessive qui puisse
brûler ou roussir l'épreuve ; cet accident est, d'ailleurs, facile à
éviter.
a Pendant que cette opération s'accomplit, on a nettoyé le verre choisi pour recevoir la photographie ; aussitôt que celle-ci est arrivée à la transparence absolue, on place, sur un coin de la plaque de cuivre, le verre ovale nettoyé de manière à le bien faire chauffer aussi; on promène alors à la surface le bâton de matière à transparence pour le recouvrir également d'une couche de cette matière fondue, laquelle, en même temps, sert de colle ; immédiatement, avec le bout du couteau à palette, on enlève la photographie et on l'applique sur le verre. Un certain nombre de bulles d'air resteront emprisonnées entre le verre et l'épreuve ; pour les faire disparaître, laisser d'abord refroidir le verre, afin d'amener la congélation de la matière ; puis, promenant ce verre au-dessus de la flamme de la lampe à esprit-de-vin, on en réchaufîe une partie pour refondre légèrement la pâte à cet endroit, et de suite par dessous et avec le dos de l'ongle du pouce droit, on chasse vers les bords les bulles d'air, ainsi que l'excédent de matière ; on fait de même tout autour du portrait, partant toujours du centre en poussant vers les bords et en ayant soin de ne ramollir ainsi la pâte que le moins possible et seulement par petites portions de la surface.
« On nettoie en même temps le dos de la photographie et le verre au moyen d'un linge fin imbibé d'essence de lavande ; il est important qu'il ne reste entre le verre et l'épreuve que la quantité de matière nécessaire au collage, et que le dos du portrait soit bien plan et complètement débarrassé de toute trace de la pâte.
« Cette opération achevée, il ne reste plus qu'à s'occuper de la peinture.
« Elle se fait sur un papier blanc collé sur un deuxième verre; on peut à volonté procéder à l'aquarelle, à la gouache ou à l'huile ; nous conseillons la gouache pour la facilité et la rapidité d'exécution. En tous cas, cette peinture n'offre aucune difficulté
LA PHOTOMINIATURE 33
et ne demande qu'un talent très relatif, car elle s'exécute largement et par teintes plates. Mais, quel que soit le genre de peinture adopté, il va sans dire qu'on ne peut y procéder qu'à la condition d'avoir, au préalable, reporté sur le papier qui le recevra, un croquis exact des contours du portrait dont il s'agit. Quant au moyen d'obtenir ce croquis, il y a là une question de décalque et de report qu'on peut résoudre de vingt moyens difTérents et pour laquelle chacun agira à sa convenance ; l'important est de bien faire coïncider le portrait avec ce croquis, en plaçant les deux verres l'un sur l'autre ; il n'est pas nécessaire de beaucoup détailler ce dessin, et il ne faut que cerner d'un trait de crayon les diverses parties du portrait qui seront de couleur difTérente ; on pose alors ces couleurs bien à leur place et sans modeler aucunement.
« Il ne serait pas possible d'indiquer ici les tons à choisir; c'est une affaire de sentiment artistique, et l'on trouvera tous les renseignements possibles à cet égard dans n'importe quel traité de peinture. Nous donnerons seulement quelques indications sommaires, parce qu'elles sont spéciales à la photominiature. On commencera par recouvrir tout ce qui correspond aux chairs du portrait, d'un ton composé de blanc de gouache et d'un peu d'ocre rouge: la première couche bien sèche, on en donnera une seconde; sur ce ton de chair on posera quelques hachures de terre de Sienne brûlée dans les ombres et de bleu très pâle dans les parties fuyantes ; un peu de carmin ou de vermillon au milieu des joues; il n'est utile de faire sur le papier, ni la bouche, ni les yeux, ni les oreilles; l'emplacement des cheveux sera recouvert d'une teinte ocre jaune, s'il s'agit de cheveux blonds: de brun de Van Dyck pour des cheveux bruns. Les parties qui correspondent aux vêtements noirs seront peintes en bleu de Prusse foncé; le fond sera traité à pleine pâte, d'un ton gris verdâtre ou bleuâtre, selon qu'on le jugera meilleur, en ayant toujours soin de le tenir plus clair du coté où le portrait est lui-même dans l'ombre.
« D'une manière générale, il nefautpas craindre de donner des tons crus et même un peu criards au travail fait ici sur ce des^
SOUS, car cette peinture devant être vue au travers de la photographie transparente, le modelé de celle-ci atténuera suffisamment ce qu'il y aurait, sans cela, de discordant et de choquant à opérer ainsi.
« Il faut souvent juger de Teffet obtenu, en plaçant la photographie sur la peinture, mais ne pas oublier de toujours placer en même temps le troisième verre entre elles.
a Arrivée à ce point, la peinture du portrait est fort avancée, mais il peut encore lui être donné plus de vigueur en la complétant par quelques coups de pinceau donnés sur le dos même de la photographie; il est d'ailleurs des détails qu'il faut absolument faire là; ainsi le coloris des lèvres, des yeux, des lumières dans les cheveux, dans les linges, les bijoux, les reflets chauds dans les ombres, tout cela se fait sur le dos de l'épreuve; il faut seulement avoir soin de n'y employer que des couleurs transparentes et ne plus se servir de gouache, sauf pour les vives lumières des linges, des cheveux, des bijoux; encore doit-on en être très sobre.
« Une difficulté se présentera au moment où l'on essaiera de peindre ainsi — à l'eau — sur l'envers de la photographie : la couleur refusera de s'étendre, absolument comme elle le ferait sur un corps gras. Pour tourner cet obstacle, il suffit, avant de peindre, de passer sur le portrait le pinceau imbibé de salive ; on procède en frottant légèrement et on laisse sécher; la couleur prendra alors et s'étendra comme sur n'importe quel papier.
« Il arrivera souvent que, sous l'influence de la salive, la transparence s'atténuera; elle semblera voilée, ce qui changera l'aspect du résultat déjà acquis à ce moment ; il n'y a pas lieu de s'en préoccuper; il faut néanmoins travailler ainsi le dos de la photographie comme nous le disons plus haut, et, quand on aura terminé, il ne faudra que chaufTer très légèrement le verre pour rendre à l'épreuve sa transparence primitive. « La photominiature est alors terminée. »
LA PHOTOGRAPHIE INSTANTANEE