LA PHOTOGRAPHIE SANS CHAMBRE NOIRE
Il est un cas, cependant, où la chose pourrait offrir quelque intérêt: c'est lorsqu'il s'agit de faire des instantanés de petite dimension : on a souvent recommandé, en effet, de faire agir légèrement la lumière sur la plaque, indépendamment de Faction fournie par l'objectif : tels sont les moyens qui consistent à fixer un papier dioptrique sur une partie de l'ouverture d'une guillotine à longue chute, ou bien à faire agir la lumière verte avant développement ; lorsqu'on emploie l'appareil sans chambre noire, le même effet se produit, et peut, comme dans les cas ci-dessus, exercer une action favorable. La figure 22, page 48, représente un châssis-guillotine qui peut servir dans ce cas. Il va sans dire que, si la chute libre n'est pas suffisamment rapide, on l'accélère au moyen de deux ressorts de caoutchouc, dont on choisit la grosseur suivant les conditions d'éclairage.
PHOTOGRAPHIE D'UN FEU D'ARTIFICE, DE LUEURS, etc.
Les fusées d'artifice forment des traînées lumineuses essentiellement photogéniques, et qu'il est facile de photographier. Pour cela, on laisse l'objectif ouvert pendant environ 30 secondes, afin d'avoir sur la plaque l'image de plusieurs fusées. A l'endroit oiJ elles se résolvent, on aperçoit les traînées descendantes, qui sont du plus joli effet. Si l'on veut n'avoir sur une môme plaque que des fusées de même nature, on munit la chambre noire d'un obturateur à pose, et on surveille attentivement le départ des fusées pour ouvrir s'il y a lieu. Nous reproduisons figure 23, page 51, l'image d'un bouquet de feu d'artifice, ainsi reproduite par la photographie.
Si l'on veut photographier la ou les pièces, on se trouve en présence du fait suivant : c'est que l'espace angulaire qu'elles occupent est fort petit relativement à celui des fusées, qui s'élèvent à une grande hauteur. Il faut donc, si l'on veut avoir sur la glace une image de dimension convenable, changer rapidement d'objectif, et en mettre un à plus long foyer. La position de la glace dépolie ayant été déterminée d'avance, on l'y amène rapidement. La pose peut être presque instantanée.
Toutes les sources lumineuses peuvent d'ailleurs être facilement photographiées. Sur un portrait d'une personne tenant une bougie allumée, la bougie se voit fort bien. On peut, la nuit, photographier des rampes de gaz, motifs d'illumination, etc., avec des poses qui peuvent être de quelques secondes seulement. Telle est l'épreuve que nous reproduisons figure 24, page 52. L'interruption qui se trouve dans l'épreuve provient d'une statue qui, placée au milieu du rectangle, formé par les rampes, en masquait une partie. Naturellement, le cliché n'a pas même donné une silhouette de cette statue. Si les branches des lustres sont visibles sur l'épreuve, c'est qu'elles étaient peintes en blanc, et placées dans le voisinage des becs.
On peut reproduire par la photographie un éclair magnésique ;
PHOTOGRAPHIE D'UN FEU D'ARTIFICE, DE LUEURS, etc. 51 tous les fragments de magnésium sont visibles et forment autant
Fig. 23. — Photographie d'un l'eu d'arlifice.
de fines traînées lumineuses. Diaphragmer très fort, pour ne pas avoir un cliché voilé.
La figure 25 montre — grandeur réelle — la photographie instan-
Fig. 24.
Fis. 25.
tanée d'un ruhan de magnésium en combustion. On voit, à la partie inférieure, la magnésie formée qui s'enroule en hélice.
LA PHOTOMIGROGRAPHIE.
LA PHOTOMIGROGRAPHIE
La chambre noire doublée d'un microscope fournit à l'amateur un champ extrêmement vaste pour appliquer, à la fois, ses talents de photographe et de naturaliste. Nous ne lui conseillons pas, cependant, de chercher à atteindre les grossissements extrêmes, qui exigent des dispositifs spéciaux, tandis que, si l'on se
Fis. 26.
contente de grossissements ne dépassant pas SO à 100 diamètres, on peut opérer sans la moindre difficulté, en mettant simplement le microscope devant la chambre noire. La figure 26 montre une des installations les plus simples que l'on puisse adopter. Le microscope M est monté horizontalement ; il est fixé par une presse à un escabeau E, La chambre noire est montée sur son pied en C ; l'objectif est enlevé, et le microscope entre dans l'ouverture laissée libre. On recouvre le tout du voile noir, pour éviter l'accès de la lumière par cette ouverture. Cette disposition n'est acceptable, bien entendu, que pour opérer à la lumière artificielle, ce qui, à notre avis, est le moyen le plus commode, à cause de la facilité qu'on a pour retrouver la même intensité lumineuse. La préparation est donc éclairée par le mi-
roir même du microscope, au moyen d'une lampe à pétrole placée à une petite distance, et de telle façon qu'elle ne puisse éclairer directement la plaque sensible, par l'ouverture de l'objectif. La préparation étant centrée en la regardant à l'œil, on place la chambre noire, et l'on met au point au moyen de la vis de rappel du microscope. Cela fait, on obture en plaçant, entre la lampe et le miroir, une feuille de carton ou un objet opaque quel-
Fig. 27. — Antenne de hanneton.
conque, que l'on enlève pour donner la pose après avoir mis en place la glace sensible. Le temps de pose varie suivant la transparence de la préparation, depuis deux ou trois secondes jusqu'à une demi-heure. Si l'épreuve n'a pas la même finesse que l'image sur la glace dépolie, cela tiendra la plupart du temps au défaut d'achromatisme du microscope ; dans ce cas, on placera entre la lampe et le miroir, soit un ballon renfermant du sulfate de cuivre ammoniacal, soit une lame de gélatine bleue.
On gagne en finesse en enlevant l'oculaire du microscope. On devra, dans ce cas, mettre un papier noir mat dans le tube du
LA PHOTOMICROGRAPHIE 55
microscope, pour éviter les réflexions sur les parois du tube, réflexions qui forment des auréoles surFépreuve.
Si Ton veut obtenir des grossissements différents avec le même objectif, il suffît de faire varier le tirage de la chambre noire.
M. Fayel a indiqué un procédé très élégant pour éviter la mise au point. Ce procédé est précieux lorsqu'on a des préparations peu transparentes, et par suite difficiles à mettre au point, par défaut d'éclairement. On détermine une fois pour toutes, expérimentalement, la distance de la glace dépolie pour laquelle l'image se forme, identiquement semblable à celle de l'oculaire, resté en place après l'observation à l'œil dans le microscope. Il suffit alors, après qu'on a observé la préparation, qu'on l'a mise en place et mise au point pour l'œil, de mettre en place la chambre noire, et de photographier sans se préoccuper autrement de la mise au point sur la glace dépolie. Il va sans dire que, dans le dispositif de la figure 26, page 53, on devra laisser le pied en place chaque fois qu'on enlève la chambre, afin que celle-ci retombe toujours dans la même position.
Nous reproduisons à la page qui précède, par la photogravure, une photomicrographie obtenue par ce procédé.