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L'ART EN PHOTOGRAPHIE

Dans son étude de l'effet artistique en photographie, qui forme un des plus intéressants chapitres de son ouvrage : la Photographie et la Chimie de la Lumière, le professeur Vogel nous donne un tableau saisissant de la difficulté que l'on rencontre dans le portrait photographique, sur l'art de placer ses modèles et de leur donner l'expression propre au rôle que nous leur imposons.

« Il existe, dit-il, une jolie gravure de genre intitulée : « l'Amour « maternel. » Une jeune femme est assise dans un fauteuil et tient un livre à la main. Un enfant s'avance derrière elle et vient lui enlacer le cou dans ses bras. Joyeusement surprise, elle abaisse la main qui tient le livre, regarde l'enfant et lui tend la joue à baiser.

« Un photographe jeut l'idée de produire une composition analogue en photographiant un groupe de modèles vivants, semblablement disposé. Une jolie fille consentit à tenir le rôle de la mère, et l'on arrangea le fauteuil, les meubles, en un mot les décors de la scène. La pseudo-mère se prêta volontiers aux intentions du photographe et se composa un visage qui pouvait passer à la rigueur pour l'expression de l'amour maternel. L'enfant n'était pas aussi bien disposé. 11 ne se sentait rien moins qu'attiré vers la jeune femme et protestait énergiquement contre tout rap-

prochement. Il fallut même recourir aux coups pour le contraindre à prendre la pose voulue. Cependant le temps passait. La mère commençait à se sentir gênée de la position incommode qu'elle avait adoptée et de rester ainsi le cou tendu.

« Enfin on photographie. L'épreuve est nette et sans tache ; tous les détails sont parfaitement distincts, mais on voit que l'enfant vient d'être battu ; il embrasse sa mère comme s'il voulait l'étrangler, et elle le regarde d'un air sévère comme pour lui dire : « Charles, tu es bien mal élevé. » On dirait qu'elle est fâchée d'interrompre sa lecture.

a Est-il permis d'affirmer que cette composition répond aux intentions de l'auteur? Est-on bien fondé à l'intituler : Amour maternel? On reconnaîtra au premier coup d'œilla fausseté de l'image. »

Vogel a raison, l'image est fausse, mais la faute en est aux modèles et non pas au photographe, qui est l'esclave de ces derniers.

« Soit par mauvaise volonté, soit par faiblesse de nerfs ou par distraction, ils se dérobent souvent au moment décisif. Si leur pose ne bouge pas, c'est l'expression de leur visage qui change au moment oiî on les photographie. Le coquin veut avoir l'air d'un honnête homme, le vieillard désire paraître jeune, la servante se pose en noble demoiselle, la bourgeoise en grande dame, et ces mines de circonstance et d'emprunt ne rendent pas l'effet désiré. »

Nous sommes donc obligés de reconnaître que la photographie instantanée, qui saisit le modèle quand il ne s'en doute pour ainsi dire pas, donne des résultats bien plus vrais sous le rapport de l'expression de la figure ; mais l'instantané n'est pas toujours possible à l'atelier, et dans certains cas il peut y avoir intérêt à grouper ses modèles en plein air pour en faire un tableau.

Nous pourrions citer encore l'étude si savante de Robinson sur l'effet artistique en photographie, mais nous sortirions du cadre que nous nous sommes imposé. Nous conseillerons aux amateurs qui nous lisent de se reporter aux enseignements de ces maîtres en l'art photographique et de suivre leurs conseils, fruits d'une

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longue pratique, d'une observation constante et d'un goût indiscutable.

Nous donnons deux exemples de ces photographies artistiques : le premier est le portrait d'une fillette de trois ans, dans son coquet costume de soirée d'enfants à l'occasion du carnaval. L'expression de cette figure souriante a été obtenue pour ainsi dire sans que l'enfant s'en doute, c'est-à-dire prise au naturel: ces deux derniers mots expliqueraient à eux seuls toutes les règles de l'art.

Le second est une famille à la campagne. Il forme un tableau non moins saisissant. Nous y voyons nos modèles tels qu'ils sont habituellement, au milieu de leurs occupations ou de leurs loisirs.

11 n'est pas indispensable de photographier instantanément un

tel groupe : le sujet peut être photographié avec le temps de

pose nécessaire, à la seule condition que les modèles gardent

leur expression naturelle, en un mot qu'ils « posent » le moins

• possible.

MM. llermagis et Rossignol, en traitant de main de maître le même sujet, dans leur livre intitulé les Excursions iihotographiques, insistent sur ce point que le portrait fait en plein air, dans un milieu où le modèle est habitué, est plus artistique et plus vrai que celui fait à l'atelier. « Là, disent-ils, le modèle pose sans prétention. Son costume de tous les jours, où il est à l'aise, contribue d'ailleurs à rendre son attitude naturelle ou du moins exempte de gêne et de raideur; et, quant à l'expression habituelle qu'il faut toujours s'attacher à reproduire, comment le photographe de profession, qui ne connaît pas son modèle, pourrait-il mieux la saisir que le simple amateur avec lequel, au contraire, le modèle est depuis longtemps en relations familières ?

« Comparez, à l'occasion (et cette occasion est de plus en plus fréquente), deux portraits de la même personne exécutés l'un par un photographe dans un atelier, l'autre en plein air par un amateur quelque peu artiste, et chaque fois vous constaterez la préférence à peu près générale de la famille et des amis pour le portrait d'amateur, justement à cause de V expression plus vraie sur celui-ci.

« C'est surtout dans les groupes de famille ou d'amis qu'on peut remarquer quelques expressions particulièrement heureuses, dues sans doute à la satisfaction d'une réunion d'intimes, à la joie intérieure d'un événement heureux, cause de cette réunion, etc., toutes conditions bien différentes de la fatigue et de l'ennui d'attendre son tour dans le salon du photographe, et de l'agacement nerveux qui lui succède, au moment de la pose, par suite des changements d'attitude et des déplacements de l'appuietête, des manœuvres de rideaux, substitutions de fonds et de réflecteurs, observations et recommandations de toute sorte, utiles et nécessaires sans doute, mais déplorables au point de vue de l'effet produit sur l'expression d'un modèle non aguerri ! »

L'ART DE GRIMER LES MODELES

L'ART DE GRIMER LES MODÈLES

Si fidèle qu'elle soit, la plaque sensible se laisse souvent duper, et le photographe en profite pour créer, à peu de frais, des scènes qui, une fois photographiées, ne laissent guère deviner le subterfuge. Un des meilleurs exemples que l'on en puisse donner est l'emploi des accessoires de pose, où les rochers en liège et les chevaux en carton donnent bel et bien l'illusion de la nature.

Nous donnerons, comme exemples de ce qu'on peut réaliser dans ce genre, les reproductions de quelques clichés pour l'obtention desquels ces détours, bien simples d'ailleurs, ont été mis à profit.

Voulez-vous, par exemple, faire un tableau à la Henner?

Le profil de cette douce figure de religieuse (fig. 1, p. 6) s'obtiendra sans difficulté : un mouchoir plié en bandeau sur le front, le voile noir jeté sur la tète et retombant sur les épaules, formeront tout l'apprêt de ce sujet de genre.

N'avez-vous qu'un bébé pour modèle ? ne soyez pas plus embarrassé.

La planche 1 (en tête de cet ouvrage) nous est un charmant exemple de ce que l'on peut obtenir avec quelque peu de goût artistique. Un costume de carnaval, tel ceux que les mamans aiment à confectionner à leurs bébés pour les soirées enfantines, va nous fournir une bonne occasion d'exercer notre talent et de faire des heureux. Le tout est de bien placer notre sujet. Représentez-vous cette enfant debout, appuyée contre une chaise, ou assise dans un fauteuil, le tableau sera criard, tandis que ce modèle, assis sur une caisse tout ordinaire, au milieu d'une gerbe de paille, sera magnifiquement dans son rôle.

Voici encore une composition du même genre. Une simple couverture drapée autour de l'enfant (fig. 2, p. 7) nous a fourni le costume de mendiante que nous reproduisons ci-contre. Avec un peu de bonne volonté de la part du petit modèle, qui

saura se composer une expression de circonstance, on arrivera à un tableau plein de réalité.

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Fig. 1.

N'omettons jamais, quand nous avons des camarades d'excursion, de leur donner une place, sinon un rôle, dans les sujets que nous reproduisons.

Leur présence nous sert d'échelle métrique si nous faisons un

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monument dont nous désirons faire ressortir les proportions grandioses (dans ce cas nous les plaçons tout près de ce monument) ; au contraire, placés tout près de nous, dans une vue panoramique, ils atténueront par leur présence la monotonie du premier plan, qui fait souvent tache noire ; telle une interminable prairie, par exemple.

Nous disons d'autre part que le simple concours du voile noir

Fi". 2.

et d'un mouchoir blanc, entourant le front, la tête et les épaules, peut nous donner une religieuse. Croyez-vous que la présence de cette pseuso-carmélite, dans la cour d'un cloître, n'achèvera pas le tableau ? Jugez-en plutôt parla gravure figure 3, page 8. Donc, d'une façon générale, utilisons nos aides, nos camarades d'excursion, et ne craignons pas d'en faire soit des fantômes comme dans l'exemple du cimetière qu'on trouvera plus loin, soit des capucins, comme nous avons eu l'occasion de le voir dans un splendide cliché du vieux cloître de Saint-Gengoult, à

Toul, OÙ l'artiste avait su faire apparaître trois ou quatre personnages de r époque, grâce à l'intervention de la pèlerine à capuchon que tous ses amis possédaient (1).

Fis. 3.

Mille applications de ce genre ont été faites ou sont encore à faire. Il nous suffira d'avoir indiqué le procédé à nos lecteurs pour qu'ils se chargent de les varier à l'infini.

(1) Ces trois jolis clichés sont dus à MM. Paul et Charles Thiry, de Nancy.

REPRODUCTIONS DIRECTES

REPRODUCTIONS DIRECTES

La photographie offre un vaste champ de récréations, même à l'amateur qui n'est pas muni d'une chambre noire et d'un objectif. C'est ainsi que les étoffes, dentelles, les feuilles d'arbre, certaines fleurs, peuvent être reproduites par contact, le seul matériel nécessaire étant un châssis-presse. Pour toutes ces reproduc-

Fig. 4.

tions, on se contente ordinairement d'un négatif, qui donne en blanc sur fond noir le sujet à reproduire.

Pour la reproduction des dentelles, on doit, si elles ont une certaine épaisseur, opérer en plein soleil, et tenir le châssis bien perpendiculairement aux rayons lumineux. On arrive facilement à ce résultat en piquant dans le châssis (fig.4) une épingle E, et en tenant le châssis à la main de façon à ce que l'ombre de la tête de cette épingle vienne se projeter exactement sur le point où elle est piquée.

En ce qui concerne les reproductions de feuilles, il est bon, avant de mettre celles-ci en contact avec le papier sensible, de les exposer au soleil dans le châssis pendant une demi-heure, en les recouvrant de plusieurs épaisseurs de papier buvard; de la sorte,

elles sèchent suffisamment pour ne pas altérer le papier sensible.

En employant du papier au ferro-prussiate, dont la manipulation est extrêmement simple et peu coûteuse, on peut faire des collections de feuilles qui sont d'un fort joli effet. Nous donnons ci contre (fig. 5) la reproduction d'une feuille de framboisier, qui présente un cas de polymorphisme, assez fréquent du reste (elle résulte de la soudure de la feuille supérieure avec l'une des

Fis. 5.

feuilles latérales). Le temps de pose varie, naturellement, suivant la transparence de la feuille, et l'on doit surveiller attentivement l'image, pour l'arrêter au moment où tous les détails des nervures sont apparus.

Pour plus de commodité, on colle quelquefois les feuilles sur la glace du châssis.

On trouve souvent, dans les fossés des bois, de magnifiques squelettes de feuilles qui se sont formés par suite de la décompo-

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Fiiï. 6.

sition lente de l'épiderme. Ces squelettes forment une délicate dentelle, qui donne, au châssis-presse, de fort belles reproductions. On peut, du reste, obtenir artificiellement ces squelettes de feuilles, par Fun des procédés suivants :

4° Frapper pendant quelque temps, avec une brosse à habits, en crin, le dessus de la feuille posée à plat sur le genou;

2° Faire bouillir les feuilles dans l'eau de savon, ou dans une solution de carbonates alcalins, jusqu'à ce que l'épiderme s'en détache facilement ; l'enlever alors avec un petit scalpel, puis détacher le parenchyme avec le doigt ou avec une petite brosse, en plaçant la feuille dans l'eau. Sécher enfin dans du papier buvard.

On peut, lorsqu'on prépare le squelette par le premier de ces procédés, réserver sur la feuille, des lettres, des dessins, que l'on a découpés dans du papier et collés sur celle-ci. La brosse ne traverse pas ces parties, qui viennent en blanc lorsqu'on fait le tirage au châssis-presse. On peut obtenir ainsi des effets variés, et employer les photographies de feuilles comme motifs, culs-delampes, etc., etc.

Nous donnons (fig. G, p. 41) une reproduction, par la photogravure, d'une épreuve obtenue d'une façon un peu différente. Le fond a été tiré en exposant une feuille de lierre devant un papier sensible, après avoir ménagé au milieu de cette feuille un espace blanc au moyen d'un contre-dégradatcur. Sur la partie ainsi restée sensible, on a tiré ensuite le portrait en dégradé.

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PHOSPHORESCENCE ET PHOTOGRAPHIE

La lumière émise par les corps phosphorescents est la plupart du temps photogénique : Warnercke a même pris comme étalon de lumière, pour son sensitomètre, une plaque phosphorescente exposée pendant un temps donné à une distance connue, d'une flamme de magnésium.

L'une des substances phosphorescentes les plus employées est le sulfure de calcium; mais il n'est phosphorescent que lorsqu'il est mélangé de petites quantités de bismuth. Ainsi, on obtient un sulfure possédant une belle phosphorescence violette, si l'on calcine ensemble :

Chaux de la coquille de Hypopus vulgaris . 100

Soufre 30

Sous-nitrate de bismuth 0,02

On peut aussi obtenir une chaux qui convient à la préparation ci-dessus en calcinant 100 parties de carbonate de chaux, imprégné d'une solution qui contient 2 parties de carbonate de soude et 0,12 de chlorure de sodium.

On trouve, dans le commerce, des peintures phosphorescentes, à base de sulfure de calcium. En étendant ces peintures sur des lames de verre, on obtient des plaques phosphorescentes faciles à manipuler. On peut protéger le côté peint, en y appliquant un papier.

M. Gustave Hermite a obtenu des photographies phosphorescentes en exposant de telles plaques à la chambre noire, devant un paysage bien éclairé et avec un objectif rapide. On commence par laisser la plaque pendant une demi-heure dans l'obscurité, afin qu'elle soit bien éteinte. Après exposition à la chambre noire, on peut faire apparaître l'image d'une façon plus intense en projetant l'haleine sur la plaque, ou en la chauffant à 300 degrés. L'image obtenue est évidemment positive.

M. Léon Vidal a obtenu, de son côté, des positifs par contact en exposant, au châssis-presse, des feuilles de gélatine phosphorescentes derrière une gravure ou une photographie quelconque non montée, le côté gélatine étant mis en contact avec l'image à reproduire. Pour éteindre préalablement la phosphorescence de la plaque, il suffit de la recouvrir d'une feuille de gélatine verte, et de l'exposer à la lumière pendant quelques minutes. L'épreuve positive phosphorescente peut servir à tirer des négatifs au gélatino, par contact. Pour éviter de voiler le gélatino-bromure paF la lumière diffusée par la plaque phosphorescente, on recouvre d'abord celle-ci d'un papier noir; on applique sur ce papier la feuille ou la glace au gélatino-bromure, puis on retire le papier noir pour donner la pose.

Voici un procédé au moyen duquel on peut rendre lumineuses des photographies ordinaires sur papier albuminé. La photographie est rendue transparente en l'enduisant d'huile de ricin, par exemple; on enlève l'excès avec un tampon, puis on saupoudre le dos avec une poudre phosphorescente. On sèche et on colle sur carton. Si l'on expose le papier ainsi préparé à la lumière du jour, les diverses parties de l'image deviendront phosphorescentes, et d'autant plus qu'elles étaient plus transparentes. En rentrant dans l'obscurité, on apercevra donc une image lumineuse positive.

M. A. Mermet a voulu se rendre compte si la lumière émise par le ver luisant ou Lampijjns noctiluca, était photogénique. Pour cela, il a placé dans une boîte une plaque au gélatino-bromure, et, après avoir perforé le couvercle pour assurer la ventilation, il a mis sur la plaque une femelle de ver luisant, qui y est restée enfermée pendant une nuit. Après développement, la plaque se trouva sillonnée de traînées noires indiquant le chemin parcouru par l'animal, pendant que de larges plaques noires montraient les endroits où il s'était arrêté. Le cliché a pu servir à donner un bon positif.

Nous donnons (fig. 7, page 45), une reproduction directe, J)ar la photogravure, d'un cliché que nous devons à l'obligeance de M. Méheux. Ce cliché a été obtenu en six heures de pose à la

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chambre noire, à la lumière émise par les microbes de la mer phosphorescente {Dacillus Pflûggeri).

La préparation dont il s'agit avait été offerte à M. Pasteur par W" Salomonsens, de Copenhague, et la photographie a pu en eonservep Je §ouvenir d'une façon aussi parfaite qu'elle est ori-.

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