L. — Ceci est important, assurément
D. — Seconde difficulté : l'étendue de l'œuvre. Faut-il donner un repas complet ou peut-on se contenter de l'assiette de soupe?
L. — Généralement, les réfectoires scolaires ne sont ouverts que pendait les mois d'hiver, de décembre à
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avril, alors que les privations sont le plus durement
ressenties et que,-physiologiquement, le corps a besoin
d'une alimentation plus substantielle pour pouvoir mieux
résister aux frimas.
. A Ixellos, cepfîndant, les cantines sont ouvertes toute
l'année.
Mais le mieux ne doit ijas être l'cnDemi du bien. Contentons-nous de voir alimenter convenablement les enfants pendant la plus mauvaise saison de l'année, alors que la vie coù e le plus, sans que les ressources augœonieni.
La soupe seule est insuffisante; il faut un repas complet. Le Douillon, par exemple, est un aliment exquis, mais il est médiocrement nourrisant; ce n'est qu'un bon stimulant des fonctions digestives. Quant aux soupes, il faut n'en donner que de très épaisses et semblables à des purées. Le potage trop liquide, c'est de l'alimentation encombrante et inutile. Il ne peut être bon qu'à réchauffer un peu en hiver. "Au l'isque de heurter de vivaces traditions, écrit un médecin, M. Maurice de Fleury, il faut dire que si noire race est généralement courtaude, gras- - souillctte et médiocrement musclée, ce n'est pas seulement parcequelle s'abstient d'exercices physiques, mais aussi parcixju'elle se nourrit, en excès, de soupes, de sauces et de mie de pain. " (1)
Le repas du milieu du jour doit demeurer le principal ; c'est celui où il faut manger dos aliments vraiment réparateurs. Il n'est rien de tel, pour obtenir d'excellents résultais, que de servir aux enfants des rations alimentaires complètes. C'est ce que font aujourd'hui la plupart des cantines scolaires : à Louvain, à Schaerbeck, a Saint Gilles, à Ixelles où l'on donne m'me encore à . » goûter B aux enfants.
D. — Troisième difficulté: qui faut-il admettre au réfectoire scolaire? Tous les enfants en âged'école? Les
(1) Le Corps et l'Ame de l'Enfant, par MauriM de Fleury.
enfants des écoles libres? Ou , seulement ceux des écoles communales?
L. — On vous fait le reproche, et combien vif, de vouloir admettre à la soupe scolaire les enfants qui frcquentent les écoles catholiques. C'est un beau geste, a-t-on dit, mais comment pouvez-vous le concilier avec vos opinions, qui sont diamétralement opposées à celles qui ont cours dans les écoles confessionnelles? Ne faut-il ]ias être anticlérical avant tout, lorsqu'on appartient aux partis de gauche et, à plus forte raison, à l'extrêmegauche? C est de l'esthétisaie, Monsieur le Député. Joseph Prud'homme le susurre, l'affirme, le proclanae sur tous les tons! Ce sont là do très beaux sentiments que nous devons admirer, c'est certain. Mais les enfants qui fréquentent les écoles catholiques n'ont qu'à aller aux écoles communales, vous a-t-on dit avec oeaucoup de vraisemblance. Nosécolesne sont-elles pas accessibles à tout le monde! La gratuité absolue y règne; ily fait sain, il y fait chaud. L'œuvre de Saint- Yincent de Paul n'a de soucis que pour les siens ; à tort ou à raison, on la dit une arme de propagande pour peu|}ler les écoles catholiques ; vous serez donc dupe de vos instincts généreux, en attribuantdcs secours aux nécessiteux des écoles concurrentes, dont la majeure partie du corps électoral ne veut pas ici rcconnaitre la nécessité. Il ne faut jamais être plus royaliste que le Roi , ni plus papiste quelo Pape ! Que les enfants nécessiteux prennent donc le chemin des écoles communales et, de la soupe aux lèvres, la cuiller alternera promptement en un va-et-vient réconfortant.
D. — Oui, je l'avoue, je voudrais admettre au réfectoire scolaire tous les enfants des écoles sans distinguer s'ils fréquentent les écoles communales ou les écoles catholiques, dites libres. Rappelez-vous ce que je disais en commençant : il y a dans cette question deux aspects : l'école et la bienfaisance. Au point de vue scolaîi-e, on peut soutenir avec raisoi} que, le réfectoire étant un accessoire de l'école communale, doit être ouvert pour
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les enfants des écoles communales seulement. Mais dans la vie, faut-il n'écouter (jue la raison et ne point écouter son cœur? Laissez parler le vôtre et il vous dira combien il paraît odieux d'écarter de notre bienfaisance de petits malheureux à raison des opinions de leurs parents. Ils sont libres de venir à l'école communale, dites-vous? Eh, non pas, il vont où les parents les envoient. Et ceux-ci eux-mêmes ne choisissent pas toujours l'école de leurs enfants en toute liberté, vous le savez bien.
Les arguments que vous me donnez sont des arguments de parti ; et n'avons-nous pas dit que nous allions chercher la solution sans avoir égard à nos dissensions politiques? Laissons donc et voyons les choses de haut et généreusement. Porte ouverte à tous les petits pauvres, à tous sans distinguer. Nous seront peut-être dupes, mais croyez-le, il faut savoir parfois être dupe et ce peut être une bonne tactique que de se montrer supérieur à ses advers^res. Quoiqu'il en soit, si vous voulez répandre l'institution du réfectoire scolaire, si vous voulez qu'elle soit populaire, il faut la mettre, autant que possible, hors la lutt« des partis !
- La question financlèp»
D. — Maintenant que nous avons fourni aux liommes de ■ bonne volonté quelques éléments de réflexion, venons-en à la question financière, la plus intéressante de toutes pour le contribuable. C'est un élre aflreusement misonéiste que le contribuable; il est partisan de réformes aussi longtemps qu'elles ne lui coûtent rien, mais quand il s'agit de les payer, oh, alors il s'indigne. Il s'insurge contre les admmistrateurs communaux qui menacent sa bourse, sa saci'o-sainte bourse, et il s'épouvante aisément. Ne m'a-t-on pas averti, à propos de cette modeste expérience des Haies, que j'allais ruiner la commune? Voudriez-vous pas rassurer ces Messieurs et
leur dire quai est le prix de revient de nos repas etle détail des menus servis aux enfants pour cet argent?
L. — Du commencement de décembre à Pâques, il y a, en moyenne, nonante jours de classe (Pâques venant, dans notre exemple, le 19 avril). *
Voici deux menus-t;ypes donnés à Marcinelle, à la section des Haies, pendant la deuxième semaine d'ouverture, alors que les prix de revient sont encore relativemcnt élevés.
Lundi 10 févriei' 1908 : "~
Menu : Soupe au cerfeuil ; blanquette de veau ; pommes de terre.
130 enfants.
2 kil. 1/2 de bouilli fr. 2.50
4 kil de veau à 1 fr. 80 le kil. . " 7.20
45 kil. de pommes de terre ..." 4.50
1 kil. denz <• 0.40
Epices " 0.25
1/4 livre de beurre à 1 fr. 80 la livre. " 0.45
200 çr. de farine . 0.06
Vinaigre « O.IO
Salaire 1.50
fr. 16.96 Mardi 1 1 février :
Menu : Bouillon ; bouilli et pommes de terre. 134 enfants.
7 kil. 1/2 de viande à 1 fr. 10 . . fr. 8.75
3 kil. do carottes « 0.21
1 kil. d'oignons " 0.14
Poireaux « 0,25
Epiées, vinaigre « 0,25
50 kil. pommes de terre à 9 fr. . » 4.50
Salaire ,. 1.50
fr. 15,60 N. B. — Le pain est apporté par les enfants.
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Si nous nous en tenons au premier de ces menus, dont le prix de revKOt est sensiblement supérieur à la normale, ce serait, pour 90 jours et 130 enfants, une dépense de 1,440 francs, qui serait loin d'être proportionnelle pour un plus grand nombre d'élèves. (1)
30 élèves, payant 1 fr. 50 par quinzaine, apportèrent une redevance globale de 270 francs.
A Louvain, les 118.322 repas servis en 1902-1903 ont coûté 12.496 fr. 20; le prix de la ration est donc de 10 centimes 1/2.
Voici un des menus de Louvain :
Lundi (1,038 enfants) :
230 kil. de, pommes de terre .
fr.
42 kil. de viande ....
5 kil. de pâle d'Italie. . .
2 douzaines de céleris. . .
1 kil. de saindoux. . . .
30 kil de haricots verts . .
. 7 kil. « ...
40 kif. de pain <
fr.
Il faut, évidemment, compter avec les frais généraux : le salaire de la cuisinière et de ses aides, dont le nombre esfrproportionné.à la quantité des clients du réfectoire, le comousiiblo et la casse.
Le matériel d'exploitation étant acquis, il dure longtemps et peut rentrer dans le poste : entretien des services communaux.
C'est donc, comparé au budget total de la commune, au chiflre de sa popillation, une somme assez insignifiante.
D. — Oui, et bien qu'on m'ait reproché de négliger
{1) Expérience faite, le combustible et le service compris, la casse, etc., le prix de revient, à la an de l'exercice, a étà de moins de fr. 13a par dîner.
les « bons chemÎDS utiles », je ne pense pas qu'on puisse paver beaucoup de kilomètres avec cette somme-là. Encore faut-il noter que cette dépense n'est pas entièrement à charge de la commune. Nous serons* subsidiés par la province.
L. — En eliet, le budget pour l'exercice, 1908 porte cette mention : -subsides aUx œuvres de la soupe et du vêtement organisées pour favoriser la fréquentation des écoles gardiennes ou,d«s écoles communales laïques: 10,000 francs. Et la part d'intervention de la province est de 40o/o. Donc, si la commune a dépensé 2.000 francs, elle recevra 800 francs de subside et son intervention se réduit à 1 .200 francs.
D. — Toutefois, il faut dire que ces chiffres ne visent que l'expérience poursuivie au groupe scolaire des Haies, et qu'il conviendra d'étendre l'œuvre, au fur et à mesure des besoins et des demandes, aux autres écoles de la commune. Mais la dépense à faire, soit de premier établissement, soit pour le fonctionnement, ne sera jamais bien considérable. Je pense, enfin, que l'initiative privée, dont vous parliez tantôt, ne restera pas indiflérente à cette œuvre généreuse. On peut nous aider beaucoup, en nous envoyant des cotisations en argent ou en denrées. Enfin, je ne désespère pas de voir un jour le gouvernement intervenir.
L. — Il nous reste à envisager, enfin, la question de la participation des enfants.
Je pense qu'il ne faut pas que les parents se désintéressent complètement du plus important de leurs devoirs, qui est d'assurer, avant tout, 1 existence matérielle de leurs.enfants, La paternité ne doit pas être un acte insiinctif , n'ayant en vue que la conservation de l'espèce ; il ne faut pas que l'on en sépare les charges tant matérielles que morales. Sauf les cas de misère absolue, j'estime que les enfants du réfectoire scolaire doivent contribuer aux frais qu'il occasionne, dans une certaine
mesure et à prix de revient pour ceux qui yeuvent le faire. L'apport de la ration de pain, comme cela se fait à Marcînelle, détruit déjà le caractère de gratuité, donc de charité et d'absolu désintéressement reproché volontiers aux parents. Dans tous les cas, il ne faut pas que l'enfant admis gratuitement au réfectoire le soit au vu et aii su de tous. Il convient de respecter la misère. Dans I .maints réfectoires, les bons de dîner sont achetés à la . caisse de l'œuvre par des sociétés philanthropiques et délivrés ensuite aux enfants qui, indistinctement, doivent être munis de bons pour être admis au repas. Il ne faut donc pas que l'on sache qui paie son dîner et qui le reçoit ' gratis.
En 1879, Ml Buis, échevin de l'instruction publique à Bruxelles, fonda la Société pour l'alimentation des enfants pauvres dans les écoles Communales. Une rétribution de deux centimes était exigée par enfant pour ne pas habituer à l'aumône.
Le réfectoire de Schaerbeek applique un tarif différentiel d'après Icscatéfforiesd'îndigencc; on va de la gratuité au payement ne cinq ou de dix centimes.
A St-Gilles, tout le monde ])aie cinq centimes dans les écoles primaires et deux centimes dans les écoles Frœbel; le bureau de bienfaisance paie pour les indigents. Les sociétés locales achètent des bons de diners, qu'elles distribuent à qui bon leur semble.
Je suis surtout partisan de voir les enfants admis au réfectoire scolaire apporter à la cuisine les légumes tirés du jardin paternel : du cerfeuil, des céleris, des poireaux, des oignons que la cuisinière utilise, ou bien dont on fait des conserves à l'école ménagère, toujours pour le réfectoire scolaire. On encourage ainsi la culture du jardin ouvrier, l'assistance aux conférences horticoles ; n'oublions pas non plus que le jardin éloigne l'homme du cabaret. L'apport des légumes par les élèves diminue les frais d'organisation du réfectoire, sans mettre trop les parents à contribution.
Et puis, cela me remémore la fable touchante de
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Pierre Lacliambaudie, Le Déjeuner à l'Ecole, souvent apprise par nos enfants :
Un usage bien df.un régnait dans mon jeune âge ;
Tous les jours, les enfants, munis de leur bagfige,
Se rendaient à l'école, et suivant la saison,
Sur une longue table ils versaient à foison
Figues, raisins, gâteaux, fromage.
Pams de maïs, de seigle, de froment.
Chacun, selon son goût, s'en donnait librement.
Les plus riches, pour tous, puisaient dans leur corbeille '■
Les débris délicats du souper de la veiUe,
Et si l'enfant trop pauvre, à la communauté
N'avait rien apporté.
On choisissait pour lui, sans blesser sa misère,
Comme nous nous aimions! Que nous étions heureux !