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VIII. — A-côtés pédagogiques et hygiénique

D. — Dans l'opiivre de l'éducaiion il y a souvent des à-côtés intéressants et qui sont d'une grande importance quant à la formation de l'enfant. Voudrioz-vous nous les signaler dans le cas qui nous occupe?

L. — Le réfectoire scolaire annexé à l'école donne l'occasion de s'occuper pratiquement do l'éducation et de faire des constatations heureuses aux points de vue physiologique, psychologique et hygiénique.

Ce que nous avons dit précédemment prouve à sufifisance que, pendant toute la période de croissance, l'enfant doit recevoir une alimentation capable de pourvoir à l'accroissement normal de son corps. Si la ration alimentaire est trop restreinte, l'enfanf reste maigre, ses muscles sont faibles et son thorax n'a pas assez (Faniplilude pour pcrmettfe aux poumons d'y jouer à leur aise. Il faut donc ici les albuminoïdes nécessaires à la formation des tissus nouveaux, ainsi que des chlorures, phosphates, sulfates réclamés surtout pour la constitution du

Dans les réfectoires où l'enfant reçoit des repas coEq-

plets, OQ constate, chez la plupart d'enlr'eus, uûe augmentation de tailJe, de poids et d'amplitude Uioraclque très appréciables.

L'accroissement en poids constaté à Louvain va de 614 grammes à 1034 grammes.

A Marcinelle, le réfectoire scolaire disposp de la bascule du service médical des écoles. Les pcraées, faites avec une grande exactitude, !a taille, le développement thoracique sont notés sur les fiches médicales, au début de l'admission' de l'élève à la table commune, par les soins du médecin-inspecteur et des instituteurs.

Les enfants, ayant de se mettre à table, se lavent les s avec soin; ils prennent ainsi des habitudes d'indisble propreté.

D. — Ad point de vue pédagogique, n'espérez-vous pas faire d'heureuses constatations?

L. — Fatalement, l'alimentation régulière a une répercussion favorable sur l'abSentéisme, qui, dans les écoles des quartiers pauvres, s'élève chez nous en moyenne à 15 "/o, alors que les écoles des quartiers plus' aises n'atteignent, que 5 et 6 "/,, (1).

Grâce aux registres d'appel, régulièrement tenus, il sera toujours facile d'établir la moyenne des fréquentations. On peut consulter aussi la statistique annuelle.

Dans nos écoles, les instituteurs et les institutrices, à l'aide de fiches pédagogiques, tiennent compte des aptitudes physiques, intellectuelles et morales des enfants.

Ils peuvent noter ainsi leurs observations relatives à l'attention, aux perceptions, aux mémoires, aux associations et à l'imagination des élèves; à la discipline également.

Quant à l'utilisation du réfectoire au point de vup didactique, elle peut être certainement considérable.

On fait déterminer, par les jeunes filles du troisième degré, la teneur en matières réparatrices et calorifiques des menus-types.

(1) Certaines classes ont 32, 33 et 51 ■>/> d'ï,bEenc«s moyennes.

Les circulaires officielles recommandent la pratique do la cuisine aux fillettes des é-coles primaires.

Le réfectoire scolaire est, pour ce faire, un laboratoire tout indiqué pour une série de démonstrations et d'exercices pratiques bien nécessaires et qui remplaceront fructueusement le verbalisme trop coutumier. '

Les grandes élèves, à l'heure du dîner, revêtent un tablier propret^ garnissent la table, servent et desservent. Elles prennent ensuite leurs repas.

L'école ménagère et le quatrième degfé pour filles aideront à la préparation des conserves, à la bonne saison .

Je le répète, le réfectoire scolaire est un milieu tout indiqué pour l'enseignement pratique de l'économie domestique.

Quant aux gar<;ons, ils disposent déjà à l'heure ■ actuelle d'un grand lopin de terre où, en s'initianl aux travaux m^iiels d'horticulture, ils cultiveront les principaux légumes destinés à être mis en conserves l>our le réfectoire. ,

Tout se tient, tout se lie

■.,■ D. — J'ai songé aussi :i distraire les enfants, pendant l'intervalle qui les sépare de la classe de l'après-midi. Sur des tables sont placés des albuins d'images et des jeux, autour desquels les élèves peuvent s'amuser, en cas de mauvais temps'surtout. Et parfois, un de nos instituteurs leur dira un conte intéressant, et de peu de durée, tiré d'un des volumes de la bibliothèque scolaire. Ge sera de nature à les inciter à vouloir en lire d'autres et à contracter le goût de la lecture, si éminemment éducative.

L'attention déployée spontanément à l'audition du fécit captivant et de courte durée — car le plein air réclame aussi l'écolier — est de nature à se transformer en cette attention volontaire sans laquelle il n'est pas , possible de s'instruire.

Je désire voir aussi orner les murs du réfectoire sco-

laîre de gravure? bien choisies et de devises parlantes. Aux larges baies, par où la lumière entre en pleins flots dans la vaste salle bien chauffée, de légers rideaux seront suspendus, pour donner une apparence plus con- ■ fortable à ce milieu familial, d'où il faut le plus possible bannir la banalité.

L. — C'est un projet intéressait et que je vous engage à conduire à bonne fin ; nos cours de travail manuel

Eourront y contribuer, tant chez les garçons que chez ;s filles.

tX. — Ctt qui •■«•! fait d«JA

D. — Les hommes sont des suiveurs ; un progrès inédit les effare ; l'expérience plusieurs fois accomplie, surtout dans les grandes agglomérations, où se rencontre l'élite, les rend moins revêches. C'est l'éternelle liistoire de Panurge. Voudriez-vous nous résumer quels furent les efforts antérieurs, au point de vue de l'alimentation enfantine?

L. — Citons .d'abord nos auteurs, Bans pour cela remonter au déluge.

" Plutarque est admirable en tout, écrit Montaigne, dans ses Essais, mais principalement où il juge des actions humaines. On peult veoir les belles choses qu'il dict, en la comparaison de Lycurgus et de Numa, sur le propos de la grande simplessc que ce nous est d'abandonner les enfants au gouvernement et à la charge de leurs pères. La plus part de nos polices, comme dict Aristote, laissent à chascun, en manière de cjclopes, conduiete de leurs femmes et de leurs enfants, selon leur folle et indiscrète fantaisie; et quasi les seules Lacédémonnienncs et Creteuses ont commis aux lois la discipline de l'enfance. Qui ne voîd qu'en un estât tout despend de cette éducation et nourriture? Et, cependant

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sans aulcune indiscrétion, on la laisse à la mercy dos parents, tant fols et meschants qu'ils soient. »

Le bon Montaigne n'avait donc qu'une confiance fort relaiive en la sagesse des parents de son icmps, puisqu'il proclame, avec des philosophes de l'antiquité, que les pouvoirs publics peuvent intervenir utilement dans la discipline de l'enfance. {!)

La Convention décrétait, en 1793, que l'éducation nationale, instruction et entretien, est la dett- de la République. Lepelleticr de Saint-Fargeau conçut un projet rendantobligatoire, pour l'Etat, les dépenses occasionnées par l'alimentation, le vêtement et l'instruction , des enfanis.

En Belgique, par arrêté du 4 octobre 1865, le gouvernement préleva, sur le crédit attecté à l'instruction primaire, uncsomme de 15,000 francs pour et reemployée en distributions d'aliments et autres secours aux enfants pauvres des écoles primaires communales et des écoles gardiennes ; en 184G, la somme fut portée à 30,000 fr. L'insuffisance de ces subsides fut reconnue dès le début, et un appel fut adressé par le ministre libéral Rogier aux communes et aux admmislialions charitables, dans les termes suivants:

" Il y a lieu de généraliser l'usage existant dans quelques communes, de distribuer des aliments aux enfants pauvres qui fréquentent les écoles ; on crée ainsi pour les parents un puissant intérêt à envoyer leurs enfants à l'école, au lieu d'exploiter leur mendicité; on voit s'accroître ainsi considérablement le nombre des élèves ; ce système aurait encore pour résultatimmôdiatd'exopccr une influence favorable sur la condition* physique des enfanis qui s'améliorerait en même tem])s que l'instruction développerait leur intelligence." (2) C'était là parler d'or.

(1) De la Cholère, chapitre XXI.

<2i Circulaire du ministi« Cli. Rosier, en data de novembre 1847, aux gouverneurs de provinces.

= Cooslç

. D. — Voilà, certes, des autorités intéressantes. Mais vojons les réalisations : elles valent mieux que les meilleures opinions. Où en est la question à Bruxelles ?

L. — A Bruxelles, en 1879, M. Ch. Buis, alors éclicvin de l'instruction publique, provoqua la création d'un cercle : Le Progrès, destiné à assurer l'alimentation des enfants pauvres des écoles communales, en leur donnant à midi une assiettée de soupe chaude et un morceau de pain. ' 4

Cette tentative semble avoir démontré l'insuffisance d'une organisation frivée. Le Progrès ne put poursuivre son œuvre qu'à l'aide des subsides de la ville et M. Buis, lui-même, à diverses reprises, estima qu'une organisation officielle serait préférable.

" Je ne vois pas, disait-il un jour, pourquoi nous donnerions des subsides au cercle Le Progrès. Si notre intervention doit se borner à faire passer de l'argent de la caisse communale dans celle du cercle Le Progrès, autant vaut alors que ta ville fasse la chose elle-même et directement. I! est inutile de recourir à une société qui ne produit plus rien par elle-même. Nous pourrions fort bien organiser nous-mêmes les distributions de soupes, pas n'est besoin alors de Recourir à des tiers... Du moment où l'on nous dit que les recettes sont à peu près nulles et que notre intervention devra fatalement aller en augmentant, pour remplacer les recettes qui ne se font plus, nous n'avons pas a subsidier cette société, il est plus simple de nous substituer à elle. « (1)

En séance du Conseil communal, le 18 décembre 1893, M. Buis dit encore : " Je rappellerai que j'avais fondé la première société de soupe scolaire pour nos écoles primaires. J'avais, comme président de l'Association, sollicité on subside de l'administration communale ;

m£Ûs j'avais eu soin de stipuler que le subside ne pourrait jamais excéder le chiffre des souscriptions particulières. J'avais vu là le moyen d'exciter le zèie des particuliers, Eh bien, malgré cela, cette société n'a pas pu subsister faute de ressources. Ainsi que je l'ai déjà dit dans une discussion antérieure, le budget de la charité privée, dans les grandes villes comtoe partout ailleui's, est limité. Le public consacre annuellement une certaine somme à toutes les œuvres de bienfaisance, et l'on a beau ^ire des appels fréquents à la compassion et exciter la pitié, on ne parvient pas à dépasser notablement ce cliiflre annuel. La seule cdhséquence qu'ont les nouveaux appels adressés à la charité publique pour la fondation d'œuvres nouvelles, c'est de diminuer, d'un autre côté, ce qu'on donne aux œuvres anciennes. J'ai une certaine expérience en cette matière; j'ai été mêlé à la fondation de beaucoup d'œuvres et j'ai loujoui-s vu les choses marcher comme je l'indique, n

Le cercle Le Progrès estima, à sontour, en 1906, " qu'il appartenait à la ville de reprendre et de continuer l'œuvre de la soupe scolaire en lui donnant les développements qu'elle comporte. -

L'administration communale ne parait pas avoir accédé à ce vœu si on en xiroit les résolutions prises en séance du Conseil communal le 21 décembre 1906. ;1)

Et l'œuvre de la soupe scolaire a continué à être confiée à des organisations privées, largement subsidiées par la ville. Celle-ci intervient encore dans divers sens accessoires qu'il parait intéressant de noter. On les trouvera détaillés dans le rapport lu le 6 janvier 1906, par M. l'échevin Lepage, Ce rapport nous apprend que le Conseil a voté un crédit de 10,440 francs pour des

(I I Conseil communal, séance du 21 décembre 1906, où L, de Broucbéfe a proposé à la ville d.'établir les cantines scolaires, le vêtement et les promenades scolaire?, la suppression des distributions de prix eto.

vêtements. Les enfants valétudinaires reçoivent, chaque jour, une portion d'huile de foie de morue ou de poudre zootrophique délivrée par l'administration de la bienfaisance. Chaque enfant ■ a son verre à l'école. En 1894-95, 3,676 enfants ont été soumis à la médication préventive et on a pu constater, à la fin de l'année, une amélioration sensible chez 3,409 d'entr'eux, soit 92,7 o/o.

D. — Dites-nous maintenant (Quelques mots de Louvain. Son réfectoire est célèbre. Il a fait l'objet d'une brochure do M, Hamande, avocat à Louvain, l'un de ses dévoués promoteurs.

L. — A Louvatn. Les cantines scolaires sont, à Louvain, une conséquence du cartel conclu en 1899 entre les libéraux, les progressistes et le Parti Ouvrier.

L'œuvre, dans sa structure, ne constitue pas un service communal. L'organisation en appar-tient surtout au Parti Ouvrier ; elle est subsidiée par la ville et des sociétés ciiaritablcs. Elle a commencé à fonctionner pendant l'hiver 1900-1901, sous la présidence d'honneur du bourgmestre M. Decoster. La ville et le Bureau de bienfaisance partagent leAirs subsides entre le réfectoire , des écoles communah^s et celui des écoles catholiques, dans !a proportion des 2!^ pour le premier et de 1/3 pour le second, selon la population respective des réfectoires et la valeur des rations.

Résultats :

Hiver Jours Diners Population moyenne

Hepas complets. — Exemples ; soupe aux poireaux, carbonnades flamandes, soupe aux fèves, ragoût de mouton ... , etc.

Coût de la ration. — 10 1/2 centimes. M. Van Lan-

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gendonck consacre tous se^ soins à cette instiUition qui s'est mainlenue très prospère. (1)

^l) II est intéressant de donner ici ce qui a trait au dernier

exercice 19061907:

Sitoation finftnciàre comparée

es dflnx demiars

axerciceB

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