‹ Les reflets de ParisChapitre 1 sur 3 · LAURENT TAILHADE · texte numérisé non relu

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lées contre lui ! Les imbéciles, les quéraands et les cuistres, le troupeau des médiocres, cambrioleurs du succès cl receleurs de toute renommée, l'abjecte ripaille des parvenus et la sottist des bourg^eois, tout cela s'était congloméré contre lui et formait bloc. Vadius et Trissotin, Tarin ffe et Gobseck, Honiais et Turcaret, sans oublier notre brave RamoUot, ne pouvaient pardonner à ce « porteur de lis », les traits sang-lants, dont il avait cherché dans son Pays du Miijle, à traverser le cuir épais du pachyderme, pas plus que ses attaques dénuées de toute mansuétude, dans les journaux, où, au milieu de la boue fuligineuse qui nous submerge, brillait le pur orient de ses chroniques.

Une première fois, après la bombe absurde — absurde comme le Destin — qui, au restaurant Foyot, avait coûté un œil au poète, les contumélies de ces Maîtres chanteurs^ auxquels manquera toujours un Wagner, avaient atteint leur paroxysme. Il faut relire les gazettes de l'époque pour imaginer les cris de joie et la danse de cannibales qui entourèrent le lit du moribond : le « geste ignoble », spécifia justement monsieur Alfred Vallette en un légitime dégoût.

Pourtant, contre toute attente, le chantre de Vitraaœ, survivant à ses blessures, n'était

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poiiil mort, et, aux cordes sacrées substituant la plume du pamphlétaire, avait, et dans quelle lang-ue! rendu coup pour coup et renvoyé à leur néant tous les avortons, encaisseurs de gifles et de mornifles, dont, momentanément dispensée de la « peur des coups », la maigre vertu s'était, en ces heures douloureuses, élevée à la hauteur des Iruismes de Joseph Prudhomme et de sa loquèle.

Vinrent les fêtes de la sacro-sainte alliance franco-russe : la semaine épileptique recommençait sous une nonvelle forme. Cette fois, on se crut débarrassé de ce liéneur. Un an de prison, comme anarchiste, pour expier, à la Santé, une des plus belles pa^es(|ue compte la lang-ue française, c'était plus qu'il ne fallait pour tuer un honmie déjà malade. Son robuste tempérament de pyrénéen trompa, alors qu'ils s'y attendaient le moins, les espoirs des mauvais bergers. Si pénible qu'ait été pour lui cette incarcération qui le séparait de sa jeune femme au moment même où la naissance d'une fillette allait sig-il- 1er leur union, il sortit de cette geôle n'ayant rien abdiqué de sa belle et claire intelligence.

Un labeur incessant avait dissipé pour lui le morne ennui de la prison, les livres avaient peuplé sa solitude. Si le philosophe avait appris

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à mépriser un peu plus l'iaibécillité et la bassesse contemporaines, le latiniste en ramenait sa verte Iraduction de Pétrone, dont l'éloge n'est plus à faire et qui i)eut jjasser pour un modèle.

Cette condamnation criminelle avait, cependant, atteint son but : ceux des papiers publics en quoi les indigènes de Montargis ou de Garpentras ont accoutumé de saluer la « g-rande presse » étaient fermés à Laurent Tailhade. Saui" VA venir, qui — on ne saurait trop le louer — ne craignit point, après Comœdia et VŒuvre, d'offrir à sa clientèle la primeur de cette seconde série des Fantômes de jadis, déjà empreinte d'une mélancolie automnale, il était désonnais réservé à de courageux journaux d'avant-garde, voire au pamphlet éphémère, dont les camelots hurlent le titre, le soir, sur le boulevard, de publier la prose, somptueuse comme un manteau d'orfroi, de Tybalt.

Aujourd'hui, la g"loire est venue. Les benêts et les snobs, amateurs de grands papiers, acheteurs d'exemplaires sur japon qu'ils ne coupent pas, collectionneurs de livres rares, bons à montrer et qu'on ne lit point, se disputent, au dam de leur portefeuille, les éditions originales des œuvres jadis déprisées, cependant que, consciente de la haute valeur du poète et du

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prosateur, une g"énération nouvelle lui apporte le fervent tribut de son admiration.

A la veille du jour où de solennelles funérailles vont être faites au Maître, magnifié par la mort, que nous avons aimé et dont quelquesuns d'entre nous avaient pu, seuls, à Combs-la- Ville, fleurir la tombe provisoire de l'or fauve des chrysanthèmes, ce nous est un irrand honneur d'avoir à présenter ce recueil des dernières lignes qu'il ait écrites, ces liejlets de Paris, dont nous n'avons pu revoir les épreuves sans une émotion mal contenue, véritable florilèg-e, offrant, par sa diversité, le bouquet le plus riche et le plus varié qui soit, peut-être, des admirables qualités de l'écrivain.

Les arbres : la forêt de Senonches, à défaut de la chère et anceslrale Gàtine que pleura Ronsart, mais la main des hommes n'est point devenue moins criminelle ; les fleurs modestes ou triomphantes, joie du printemps, org-ueil de l'été, mélancolie de l'automne; les oiseaux, chanteurs ou babillards et plus que tous autres familier, le merle : Laurent Tailhade, admirateur des Géorgîques et lecteur assidu de Rudyard Kipling-, aimait, par-dessus toutes choses, la nature, et, que ce fut de son presbytère de Meaucé, ce jardin de curé jouxtant le cimetière,

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