VI LAURENT TAILHADE
OU de la cellule de la Maison Dubois, dominant les allées non moins claustrales de l'établissement, il s'est plu à la peindre sous des couleurs exactes et charmantes.
Paris lui a fourni des tableaux plus saisissants et plus cruels : vols éhontés des « mercantis » tolérés, sinon encouragés, par les pouvoirs publics, déshabillés des femmes, défiant par leur impudeur les pires audaces de Thérésia Cabarrus ou de Fortunée Hamelin, et, avant môme que la guerre fût terminée, l'égoïsme, la superbe, l'insolence de tous ceux qui en ont profité, qui de l'œcuménique misère ont drainé la fortune. Là, dans une brasserie où l'on dîne, après y avoir pris le boucon de l'apéritif, ces drôles, boutiquiers, bourgeois ou brasseurs d'affaires, ne sachant assez témoigner leur mépris au pauvre diable, aujourd'hui presque mendiant, qui dans l'horrifique mêlée a eu la sottise de laisser son bras, alors que, à l'arrière, l'argent était si facile à gagner, tandis que, dans le restaurant <r chic », où se coudoient femmes du monde, enrichies delà veille, « poules de luxe » et filles tout court, rechampies et gemmées comme des madones par des Américains, un couple de ces guerriers, sous leur harnais kaki, au milieu du désarroi du service, miment, aux