REFLEXES CONDITIONNELS ET IMMUNITE
Tout germe déposé à la surface des muqueuses ou introduit dans l’organisme est la cause de réactions défensives; celles-ci sont automatiques, toujours : identiques à ellesmêmes pour un germe donné.
Quand le germe pénètre dans le sang ou les organes internes, il provoque toute une série de réactions qui ont pour but de le rendre inoffensif ou de le chasser de l’organisme.
Cette réaction — en vue de laquelle participent de nombreux éléments : phagocytes, cellules conjonctives et réticulo-endothéliales, vaisseaux, nerfs, organes hématopoïétiques — dans un organisme sain, est normale et involontaire : c'est un réflexe.
Cette conception réflexe des réactions de défense amena Métalnikov à rechercher s’il n’était pas possible d'obtenir des réflexes conditionnels en répétant plusieurs fois des injections microbiennes, c’est-à-dire des excitations internes, en les associant à des excitations externes.
Réïlexes conditionnels et formule leucocytaire. |
TecaniQuE. — Des lapins reçoivent par voie intraveineuse 1 cm d’une culture de vibrions cholériques chauffés. Cette injection est associée à une excilation externe telle que son de trompette, grattage de l'oreille.
Ces injections sont répétées quotidiennement, et, après une
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série de 15 à 30, l’animal est mis au repos. Quand la formule hématologique est redevenue normale, On pratique l’excitation conditionnelle seule.
RésuLrars. — Le nombre des leucocytes augmente considérablement, atteint son maximum sensiblement trois à cinq heures après l'excitation conditionnelle, puis diminue progressivement.
Voici quelques chilfres résumant l’expérience, portant sur trois animaux.
Nombre de leucocytes :
Avant l'expérience : 11.600; 7.900; 10.000; 3-0 heures après : 17.900; 28.420; 24.900; 7 heures après : 16.900; 16.820; 13.700; 24 heures après : 12.000; 13.300; 8.700,
Tandis qu'un animal de contrôle présentait les chiffres suivants :
Avant l’expérience, 8.000; 3 heures après, 7:750; 6 heures après, 8.100; 24 heures après, 7.800.
Ces expériences furent répétées par MM. Nicolau et Antinescu Dimitriu. Ces derniers auteurs constatèrent une hyperleucocytose, puis une augmentation du pourcentage des polynucléaires aux dépens des lymphocytes.
Il résulte de ces différents travaux que la leucocytose pro- .voquée par une excitation externe conditionnelle est quantitativement superposable à la réaction de défense à un germe introduit dans l'organisme.
Ainsi donc la leucocytose peut être déclenchée par un excitant purement nerveux. Cette production de leucocytes est à rapprocher de la leucocytose digestive, qui, pour le Docteur Lobatch, est d’origine conditionnelle. À ce dernier auteur, nous emprunterons les conclusions suivantes :
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— La léucocytose accompagne non seulement la prise de nourriture, mais aussi la vue de celle-ci;
— Le réflexe leucocytaire peut être également provoqué par l’entourage lié à la prise de nourriture; ,
— Je réflexe leucocytaire se produit après une période latente variant de cinq à quinze minutes;
__ Le nombre de leucocytes dans le réflexe leucocytaire conditionnel dépasse souvent le chiffre de contrôle établi à la suite d’une prise de nourriture;
— Chez les personnes à excitabilité alimentaire très forte, telles que les oligophréniques et certains paralytiques généraux, le réflexe leucocytaire conditionnel est particulièrement net et montre un nombre de leucocytes double et quelquefois plus que double du nombre habituel.
Réilexes conditionnels et formation d’anticorps.
TecaniQuE. — La technique employée est assez semblable à la précédente, Metalnikov injecte chaque jour dans le péritoine 2 cm d'une émulsion de vibrions cholériques chauffés. Chaque injection est précédée d’une excitation externe telle que :
— chauffage d’une oreille par une plaque métallique; — grattage d’une région déterminée du flanc. .
Ces injections ont lieu pendant environ deux semaines. Puis l'animal est mis au repos. Au bout de trois semaines, on procède à l'excitation conditionnelle seule.
RésuLrars. — Par des titrages successifs, on constate que le titre d’agglutination monte progressivement et atteint son maximum le cinquième ou sixième jour, ainsi que le monrent les chiffres suivants :
ul Titre d’agglutination :
Avant l’excitation, 1/450; Après l'excitation, 1/1600; Le lendemain, 1/1700; 2 jours après, 1/R800:; :
4 jours après, 1/2000; ) jours après, 1/2300; 10 jours après, 1/1600.
PS
Sur un animal témoin, le taux d’'agglutination reste sensiblement le même.
Ces expériences nous démontrent encore une fois que les réactions de l’immunité peuvent être provoquées non seulement par l'injection d'antigènes dans le sang, mais aussi par une excitation conditionnelle, c’est-à-dire par l’intermédiaire du système nerveux.
Les résultats de Métalnikov furent confirmés par ceux de Nicolau et Antinescu Dimitriu.
Un autre argument en faveur des conclusions de Metal-
nikov est fourni par Diacono, qui, dans son ouvrage Réjlexes conditionnels et hémolyse, après avoir étudié les différentes hémolysines, consacre ses derniers chapitres au rôle joué par les réflexes conditionnels dans l’hémolyse. Diacono emploie pour ses expériences le titrage des hémolysines, qui donne des résultats plus nets que celui des agglutinines. L'auteur injecte tous les jours, pendant vingt-six ‘jours, des hématies de mouton sous la peau et gratte l'oreille droite de l’animal pendant une minute. Puis l'animal est mis au repos pendant un mois. On fait alors agir l’excitant conditionnel seul : le sérum antimouton de cet animal, dont le pouvoir hémolytique était nettement atténué, récupère la moitié d'anticorps qu’il avait perdue. Et Diacono conclut en ces termes :
« Par la répétition constante et égale des effets obtenus, nos recherches apportent aux expériences de Metalnikov une
SAONE
nouvelle démonstration. Notre méthode de titrage, grâce à sa souplesse et à sa précision, nuance les résultats. Tel que nous le suscitons dans cette étude, le phénomène hémolytique met en évidence le rôle que peut jouer le système ner-° veux dans les réactions d’immunité. De la façon dont elles se déroulent, nos expériences révèlent une modalité de la notion de « mémoire organique. »
Réïlexes conditionnels et réactions cellulaires dans le péritoine.
L'introduction de germes déterminés au contact de la séreuse péritonéale détermine toujours une réaction automatique de défense. Cette réaction — à côté de signes cliniques particuliers — se manifeste par une variation très nette des éléments de l’exsudat péritonéal.
Alors que, normalement, cet exsudat ne contient que très peu d'éléments (surtout lymphocytes et monocytes), l’injection détermine une augmentation considérable et immédiate du nombre des polynucléaires, puis leur nombre diminue progressivement tandis- que la proportion des monocytes augmente, enfin, en dernier lieu, il y a prédominance des lymphocytes.
TECHNIQUE. — Après avoir fait la numération des éléments de J’exsudat péritonéal normal, Metalnikov injecte dans la cavité péritonéale un ou deux centimètres cubes d’une émulsion dé tapioca ou de bacilles chauffés. Le nombre des injeclions est de vingt. Avant chaque injection, une plaque métallique chauffée à 50 degrés est appliquée sur la peau.
Quinze jours après la dernière injection, on ne fait agir que l’excitant conditionnel, en l'occurrence la plaque métallique chauffée,