SYDENHAM
Nous avons beaucoup insisté dans notre premier chapitre sur la définition, les moyens d'obtention et les diverses propriétés des réflexes conditionnels.
Cette étude n'était certes pas inutile, les réflexes conditionnels constituant des réactions essentiellement. complexes et soumises à des conditions d’expérimentation très délicates et très strictes.
Leurs propriétés étant multiples, il s’agit de ne pas se méprendre sur les termes et de donner des définitions extrêmement précises. C’est ce que nous avons tâché de faire, réalisant de la sorte un simple rappel des notions les plus courantes qui découlent des travaux de Pavlov.
L’expérimienttation, lorsqu'il s’agit de faire naître un réflexe conditionnel, est une question de technique et — plus encore — une question de « minutie ». Il suffit de rappeler à ce propos les «tours de silence », familières à tous ceux qu'intéresse la question des réflexes conditionnels. C’est dire qu'en cette matière toute faute de technique est fatale et peut entraîner des conclusions absolument dénuées de toute valeur.
Cette remarque n’est pas inutile, la preuve en est fournie
par les nombreuses erreurs commises par différents expérimentateurs, erreurs dont nous avons mentionné quelquesunes au cours de notre étude et que les travaux de Metalnikov contribuèrent à démasquer.
Plus encore qu'une étude générale sur les réflexes conditionnels, nous avons voulu montrer, dans notre travail, un fait généralement peu connu et qui est capital : la possibilité de provoquer des réactions de défense par le seul mécanisme du réflexe conditionnel.
Le processus intime du phénomène est inexpliqué. Certaines interprétations sont cependant permises; il est possible, par exemple, qu’à côté de réactions humorales — qui sont bien connues — interviennent dans l’immunité des processus nerveux, qui, d’ailleurs, pourraient créer eux-mêmes des modifications humorales, comme nous l’avons mentionné dans notre chapitre IL
Cette manière de voir est intéressante, car elle permettrait de faire intervenir, dans l'explication des phénomènes de l’immunité, des éléments dont le rôle n'est pas encore classiquement admis, et qui peut-être seraient susceptibles. d'expliquer certaines lacunes de la théorie humorale de - l’'immunité. |
Nous n'avons pas la prétention de donner de conclusions définitives, mais seulement de faire entrevoir la possibilité d'une voie nouvelle. Le rôle des réflexes conditionnels dans l’immunité semble certain, mais leur intervention dans Île domaine de la pathologie ne se borne pas aux simples réactions de défense. Ils semblent intervenir dans le mécanisme même de différentes affections. Et c’est ici que nous pouvons rappeler l'influence bien connue et combien populaire du moral sur le physique, influence dont le mécanisme doit trouver dans l'intervention des réflexes conditionnels une explication souvent valable.
Ainsi «il existe une interdépendance très étroite entre les lonctions végétatives et les fonctions nerveuses et psychiques, interdépendance d'autant plus accusée, même, que
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l'on observe des êtres plus évolués dans l'échelle humaine. » (R. FABRE.)
Ce ne sont pas là des vues purement théoriques. Il est possible, en effet, que dans de nombreuses maladies chroniques et nerveuses les accès et les paroxysmes surviennent sous l'influence d’excitants conditionnels totalement étrangers à la cause essentielle de la maladie. «Ceci nous démontre qu'une thérapeutique rationnelle ne peut résulter que de la connaissance exacte des causes et du mécanisme pathogénique du trouble pathologique considéré. » (R. Fabre.) Bien souvent le fait d'éliminer un réflexe conditionnel procurera un soulagement sensible.
Qu'il nous suffise de rappeler les éléments psychiques que l’on trouve à l’origine de certaines névroses, de certains troubles cardiaques et surtout de cette maladie dont la pathogénie à été au cours des siècles en perpétuel remaniement, nous avons nommé l'asthme.
Notre conclusion sera aussi d'ordre très général. Elle aura trait à une notion bien des fois rappelée dans l’histoire de la médecine, elle sera aussi d'ordre éminemment pratique : « Toute bonne thérapeutique est autant morale que physique », c'est dire l'importance qu'il faut attribuer à l’état du système nerveux chez le patient, c’est dire aussi la nécessité pour le médecin de réconforter ses malades dans toute la mesure de ses moyens.
Agir sur le physique du malade contribue certainement à augmenter sa résistance physique, et par là même modifie l’évolution et le pronostic de la maladie.
LE 57e