CHAPITRE l
U C«lte«.
Aussitôt après la déposition de Jean XXUl , lo concile condamna, dans la communion du calicu, une pratique opposée à l'usage établi par 1 Église romaine.
La communion, dans la primitive Eglise, s'administrait, comme on sait, après le repas, et sous les deux espèces du pain et du vin. Une coutume dif-» férente prévalut ensuite : la communion fut reçue à jeun; puis les prêtres seuls communièrent sous les deux espèces; ils administrèrent aux laïcs le sacrement sous la seule espèce du pain.
L'Eglise d'Orient conserva l'ancien usage, qui fut invoqué par la plupart des réformateurs et rétabli dans plusieurs contrées; mais aucune nation
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ne s'y attacha av( c autant d'ardeur que la Bohôme, où la communion sous les deux espèces n'avait jamais été entièrement abolie : la Bohême, en effet, convertie au Christianisme dans le IX^ siècle par des moines grecs qu'y envoyèrent l'impératrice Theodora et l'empereur Michel, son fds, conserva longtemps, dans son culte, quelques usages particuliers, et lorsqu'elle attira l'attention sérieuse des pontifes romains, l'œuvre de la conversion était déjà presque accomplie. Ils intervinrent néanmoins, parce que, prétendant à l'empire universel, ils intervenaient partout et en tout; cependant ils se montrèrent d'abord tolérants pour les pratiques delà Bohême, et leur indulgence avait un grave motif. L'Eglise d'Orient s'était récemment séparée de celle de Rome ; il était à craindre que la Bohême, déjà unie à la première par des liens puissants, ne retirât tout à fait son obéissance à la seconde; celle-ci toléra donc les usages établis dans cette contrée ; les Bohémiens conservèrent leur Bible esclavonne et continuèrent à célébrer l'office religieux dans leur langue nationale : ils gardèrent ainvsi, dans leur culte, certaines habitudes d'indépendance, et il leur fut facile d'en comparer les doctrines avec le iexle sacré.
CHAPlTRIi I. d
Lorsque le temps eut rendu la Bohème plus docile au joug de la papauté, celle-ci se montra plus exigeante ; la tolérance fit place aux rigueurs , et Grégoire YII prescrivit une exacte conformité aux usages romains. Dans une lettre célèbre que ce pontife écri vit en 1 079 à Wratislas, duc de Bohême : « Sachez, dit-il, qu'en méditant fréquemment sur « l'Ecriture sainte, nous avons trouvé qu'il plaît au « Dieu tout-puissant que la langue du culte sacré « soit cachée, afin de n'être pas entendue de tout « le monde et principalement des simples (l). » Grégoire ajoute que la pratique contraire engendre le mépris et l'hérésie (2).
Il se fît alors une scission dans le peuple de Bohême : les hautes classes adoptèrent le rit latin ; le cœur de la multitude s'attacha de préférence au rit grec, et quand le calice fut formellement interdit aux laïcs , beaucoup d'églises de Bohême en conservèrent l'usage comme plus conforme aux prescriptions de l'Ecriture et à l'ancienne tradition.
Cependant au XIV*^ siècle, sous le roi Charles IV, l'usage latin prévalut partout, et la communion
(1) Il serait mal aisé de concilier cette parole du pape avec le texte de saijit P;uil, Ire ép. aux Cor., chap. XIV.
(2) Celle lettre se trouve parmi celles de Grégoire Vil, au lome XXVl des conciles du Louvre.
O LIVRE i(I.
SOUS les deux espèces ne se donnait plus que diins le secret du foyer domestique ou dans les retraites des forêts.
Mais lorsque le schisme d'Orient eut ébranlé l'autorité pontificale et ramené beaucoup d'esprits aux sources sacrées, la question de la coupe pour les laïcs fut agitée de nouveau. La différence entre r«ncienne et la nouvelle coutume, entre l'institution du Christ et la pratique de l'Eglise, était évidente; elle saisissait l'esprit de la multitude avec d'autant plus de force qu'elle tombait davantage sous les sens, et partout où la réforme triompha, la communion du calice fut rétablie.
Cette pratique devint, au XV« siècle, pour l'Europe le signe distinctif des Hussites; ce ne fut pourtant pas Jean Hus qui provoqua sur ce point le retour à l'ancien usage : il était absent de Prague et déjà prisonnier à Constance, lorsque deux docteurs, l'un et l'autre ses amis et ses disciples, Pierre de Dresde et le célèbre Jacques de Mise ou Jacobel, convièrent le peuple à la communion sous les deux espèces.
S'il faut croire Dubravius, historien catholique, Jean Hus aurait vu d'abord dans celte conduite de ses disciples un acte grave d'hostilité contre l'Eglise, et qui allait redoubler conti'e lui-même l'animosité