XXVI PRÉFACE
dissimulent et se nient eux-mêmes, elle en a qui l'invoquent tout haut et qui l'attaquent dans l'ombre : ceux-là surtout sont à craindre : elle compte aussi des partisans qui ne se montrent pas ou qui ne se montrent qu'à demi, qui se cachent pour la servir et voilent sa bannière, comme honteux de la suivre: et pourtant il y a une noble lice où il n'est permis d'entrer qu'à front découvert : c'est au soleil qu'il faut combattre pour la vérité.
La France a conquis la liberté religieuse et elle n'ose en user; elle en userait davantage peut-être si elle savait mieux ce qu'elle a coûté; il lui a suffi d'un jour pour écrire la victoire dans ses lois, mais le combat a duré trois siècles.
Osons le dire, la France n'est pas assez fière de ses martyrs; tous ne sont pas tombés sous la griffe des lions dans les arènes; beaucoup d'autres ont d i t : Laisse?^ Christ ou mourir !. . . faime mieux mourir : et ils sont morts, et la France le sait à peine! Elle honore ses enfants qui ont succombé au champ de gloire en servant les princes de la terre, et elle oublie ses
PRÉFACE. XXVll
fils non moins héroïques qui ont expiré dans les supplices en confessant le Roi des cieux!
L'exemple qu'ils ont donné à leur pays, Jean Hus l'a donné trois cents ans avant eux à l'Europe entière assemblée à Constance. En racontant la vie de cet homme nous ne tairons pas nos sympathies, mais nous ferons la part des préjugés et des passions du temps; nous flétrirons l'arrêt, mais nous reconnaîtrons les vertus de plusieurs qui l'ont dicté : nous vivons dans un siècle où, en admirant la pieuse fermeté d'un Jean Hus qui mourut martyr, il est permis de rendre hommage au grand cœur d'un Gerson, qui eut le malheur d'être son juge.
Cet ouvrage, au point de vue historique, est destiné à faire connaître et apprécier le grand nlouvement religieux qui a précédé d'un siècle la Réformation en Europe. Il embrasse la période des soixante-dix années écoulées depuis l'origine du grand schisme d'Occident, en 1378, jusqu'à la fin de la guerre des Hussites, vers le milieu du W^ siècle; on y expose les principales doctrines qui ont partagé l'Europe du-
XXVIH PRÉFACE.
rant cette époque mémorable, on y étudie les hommes illustres qui les ont produites ou défendues.
Nous rappellerons les fameuses querelles du schisme, la lutte des papes entre eux, celle de l'empereur, des rois et des conciles contre les pontifes, les entreprises de l'Église gallicane et de l'Université de Paris, les efforts persévérants et quelque temps victorieux des hommes qui les représentaient l'une et l'autre contre les partisans de l'omnipotence papale, et les scènes h jamais déplorables où succombèrent les grands docteurs de la Bohême.
Aux débats théologiques se mêlaient alors la flamme des bûchers et le choc des armes. Une place appartient dans ce livre à ces sombres tableaux; on y verra succéder aux combats de la parole ceux du glaive, aux hommes de science et de piété, aux Hus, aux Gerson, aux d'Ailly, les hommes de guerre et de sang, les Ziska et les Procope.
Les fureurs des hommes apportent leurs leçons avec elles; en voyant les désastres causés par le débordement de tous les pouvoirs, on ap-