CHAPITRE vni
mières de l'Église , poursuivi comme celui qu'il avait naguère attaqué, condamné, et recourant aux mêmes moyens pour échapper à ses adversaires !
Sa position , d'ailleurs , était différente à tous égards ; il ne courait pas un danger sérieux dans un concile composé de tant d'hommes ses amis et ses admirateurs : les poursuites dirigées contre lui avaient pour but moins de le perdre que d'ébranler son crédit, et il avait, vis-à-vis de ses ennemis, outre la certitude de son innocence, la conviction de sa force.
Cette situation si haute et si digne dicta à Gerson sa défense , et il proféra quelques nobles paroles où perce plus de dédain pour de semblables accusations que d'empressement à les repousser. « Bien que j'aie, dit-il, amplement de quoi répon- « dreà la calomnie, ce serait une honte pour moi, « qui ne suis que cendre et poussière , si , à l'imi- « tation du Christ, notre maître à tous, je ne pas- «sais pas sur ces injures personnelles pour ne « m'occuper que de celles qui regardent Dieu et la « foi. J'ai résolu, d'ailleurs, de ne pas insister sur « la discussion des faits ; à cet égard, ce saint con- « cile pourra et peut savoir de quel côté est la vé- 0 rite et le mensonge. S'efforcer de réfuter tout ce « qui est faux , rendre morsure pour morsure ,
i!28 LIVRE III.
« c'est une lutte brutale, insensée, frivole, indigne « de la gravité chrétienne (1). »
Gerson sortit victorieux du débat ; mais si, devant le monde , sur ce point , il eut cause gagnée , dans le secret de son âme il se sentait déjà vaincu sur un autre d'une importance presque égale à ses yeux. L'autorité des conciles généraux était pour lui l'ancre de salut du catholicisme; il avait voué ses forces , son talent, sa vie à les faire reconnaître comme le premier des pouvoirs de l'Église, comme le seul qui fût infaillible, et, dans l'affaire qui lui tenait le plus à cœur, dans celle où il avait paru comme représentant du roi de France, il avait vu l'influence du bien et du vrai, l'inspiration d'en haut, balancée, étouffée par des influences humaines et grossières, et dans son amère douleur il s'était écrié : J'aimerais mieux avoir des Juifs et des païens pour juges dans les causes de la foi que les députés du concile!
Cri d'indignation d'une âme inflexible et dévorée de l'amour du juste; parole téméraire pourtant, et qui fut aussitôt relevée par ses ennemis, et reproduite contre lui comme dernier chef d'accusation.
Nous avons dit qu'il fut vainqueur dans ce débat
(1) Éloge de Gerson. Faiigères, p. 37.