CHAPITRE IX
le premier des souverains temporels, on ne pouvait mieux les braver tous.
Le concile décréta ensuite une messe et une procession solennelles tous les dimanches, pendant l'absence de l'empereur, pour l'heureux succès de son voyage; il accorda cent jours d'indulgence à ceux qui assisteraient à ces dévotions, et quarante à quiconque dirait chaque jour, à cette fin, un Pater et un Ave. L'empereur, avant de partir, désigna l'électeur palatin pour être en son absence le protecteur du concile ; puis il quitta la ville, le 14 juillet 1415, en grande pompe, au milieu des prières et des vœux publics (1).
Il ne trouva au rendez-vous convenu, à Perpignan, ni le roi d'Aragon ni Benoît; le premier était dangereusement malade, le second hésitait et se fit longtemps attendre. Enfin il arriva, escorté de soldats portant la hallebarde et l'épée, et d'une troupe de cavalerie, toutefois beaucoup moins redoutable par celte force extérieure dont il s'entourait que par celle qui était en lui. La nature paraissait avoir conspiré contre l'union de l'Église en donnant à ce petit vieillard , grêle et chétif en apparence , une vigueur qui se rencontre rarement dans le feu
(1) Magna cum pompa, ioter preces et vola. Vou der Hartlt, t. IV, p. 582.
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même de la jeunesse. Il puisait une ardeur inextinguible dans la possession du pouvoir, et lassait par son infatigable parole tous ceux qui tentaient de le fléchir. On dit qu'il parla un jour pendant sept heures consécutives sans qu'il parût la moindre altération dans sa voix ou dans ses traits. Il consentait à céder, disait-il, mais à des conditions dont l'exécution était impossible. Il voulait que le concile de Pise fût cassé , que celui de Constance fût dissous, et qu'un troisième fût convoqué dans une ville à son choix; il voulait enfin qu'avant de procéder à une nouvelle élection la sienne fût reconnue. Puis, changeant de thème , il était le vrai pape, disait-il , et, pour finir le schisme, il ne s'agissait que de le reconnaître ; une nouvelle élection renouvellerait le schisme, et il ne pouvait en conscience abandonner la nacelle que Dieu lui avait confiée. Plus il avait de l'âge, et plus il était tenu de faire son devoir, de résister à la tempête. Si néanmoins il fallait un autre pape, lui seul le pourrait élire, parce qu'étant demeuré seul de tous les cardinaux promus avant le schisme , il était aussi le seul dont la promotion fût incontestable (1). En vain les rois, leurs ambassadeurs et les dé-
(1) Ex msc. Viudob. et al. Ap. Von der Hardt, t. II, part, xviii.