CHAPITRE IX. 13Ô
pulos du concile mirent tout en œuvre pour obtenir qu'il cédât dans les mêmes termes que l'avait fait Grégoire : les menaces ne l'émurent pas plus que les prières; mais, voyant qu'après avoir inutilement employé celles-ci on allait recourir à d'autres moyens, Benoît quitta secrètement Perpignan et courut s'enfermer à quelques lieues de là dans le fort de Collioure, au bord de la mer. On l'y poursuivit; on détruisit presque toutes ses galères pour l'empêcher de fuir plus loin, et il reçut en ce lieu de nouvelles sommations du concile et des rois.
Le roi d'Aragon Ferdinand, s'il en faut croire Thierry de Niem, avait jusque-là secrètement encouragé Benoît XIII dans sa résistance (1) ; mais il crut sans doute ne pouvoir le soutenir plus longtemps, car il s'unit dans cette circonstance aux autres princes et seigneurs de l'obédience de Benoit pour le contraindre.
Déjà la plupart des cardinaux de ce pontife l'avaient abandonné ; il voyait les princes déserter sa cause; lui seul ne s'abandonnait pas. Se voyant près d'être forcé dans Collioure, il fit introduire les ambassadeurs du roi d'Aragon, écouta leur sommation, et leur dit : « Messieurs, soyez les bienve-
(l)Theod. Niem, VUaJoh.XXIIJ.kp.Yoïi der Hardt, t.II, p. 429.
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« nus; j'ai entendu ce que vous avez dit; je m'en « vais à Saint-Mathieu où je délibérerai, et je ren- « drai réponse au roi qui vous a envoyés. »
II montasur une galèreavecquatre cardinaux seulement qui lui restaient fidèles, passa la nuit dans le port, et partit au soleil levant, à pleines voiles, pour Peniscole(l). Là, se croyant en sûreté comme étant loin de l'empereur, en véritable terre d'Espagne, il cessa de feindre, et, ayant reçu une dernière sommation des rois d'Aragon, de Castille et de Navarre, il fit une réponse nette et hardie. « Il ne pouvait « en conscience reconnaître le concile de Constance « parce qu'il était convoqué dans une ville de la « dépendance de l'empereur ; il lui était également « impossible d'en accepter un autre composé des a cardinaux de Grégoire XII et de Jean XXIII, « parce que ce serait joindre des schismatiques avec « des catholiques, ce qui serait grandement scan- « daliser l'Église ; et, pour ces causes, céder le « pontificat serait offenser Dieu. Il prolestait con- « tre tout ce qu'on entreprendrait contre lui sous « prétexte d'extirper le schisme, et s'adressait en « particulier au roi d'Aragon, lui rappelant qu'il
(l) Lettre de François de Coiizie, archevêque de Narbonne, aux cardinaux dOslie, de Cambrai, de Saint-Marc, de Chàloiisetde Saluées.