CHAPITRE L
Débats touchant la rérormation de l'Église et l'élection da pape.
Le concile assemblé pour l'union et pour la réformation de l'Église siégeait déjà depuis dix-huit mois, et, dans ce long espace de temps, il s'était surtout préoccupé d'étendre et d'affermir sa propre autorité; il s'était proclamé supérieur aux rois, aux empereurs et aux papes ; il avait agi en conséquence et il était reconnu pour tel. Deux papes découronnés, résignés l'un à sa défaite, l'autre à une abdication volontaire, étaient un vivant témoignage de sa toute-puissance. Celle ci allait s'appesantir sur un troisième pontife ; elle disposait de toutes les forces spirituelles et temporelles de la chrétienté.
Ce pouvoir absolu que le concile exerçait au dehors sur les hommes, il se l'attribuait également dans leur for intérieur; il voulait régir les esprits comme les corps , les pensées comme les actes. Pour dompter toute résistance , tout moyen lui semblait légitime , et nous l'avons vu employer à cet effet tour à tour les censures de l'Église , les armes de l'empire et la flamme des bûchers.
Le concile n'aurait pu , il est vrai, sans être investi d'un immense pouvoir , atteindre le double but pour lequel il avait été convoqué ; mais il eut le tort commun à toute autorité humaine sans contre-poids : il n'accepta aucune limite , et il évita d'autant moins ce danger qu'il se croyait infaillible , qu'il regardait ses décisions comme directement émanées de l'Esprit -Saint. Toute opposition était à ses yeux une rébellion contre Dieu même; il mesurait l'offense aux attributs de l'offensé, et regardait comme un devoir de proportionner le châtiment et la vengeance k la grandeur de celui qu'il pensait venger. On a vu à quels excès déplorables l'abus de ce principe l'entraîna, et l'on conçoit comment beaucoup d'hommes, d'ailleurs estimables, en l'adoptant pour règle, furent conduits à oublier tout sentiment humain. Le concile, à l'époque du jugement de Je-