‹ Les réformateurs avant la Réforme. XVe siècle. Jean Hus et le Concile de ConstanceChapitre 183 sur 274 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

rôrne de Prague , avait atteint l'apogée de sa puissance: on a vu comment il y parvint ; il reste à dire de quelle manière il en usa.

Deux opinions diverses commençaient à se produire dans son sein , mais la lutte entre elles fut d'abord sourde et cachée, à cause d'un but commun qu'il fallait d'abord atteindre de concert , avant de donner libre carrière à des prétentions opposées: ce but commun était l'extinction du schisme. En cela tous étaient d'accord ; tous avouaient aussi qu'il fallait ensuite réunir l'Église sous un nouveau pontife légitimement élu et opérer de sages réformes ; mais , pour les uns, l'objet le plus pressant était l'élection de ce chef commun; pour les autres , c'était la réformalion. A la tête des premiers étaient les cardinaux, pour qui les intérêts généraux de l'Église se confondaient toujours avec les intérêts particuliers de l'Église romaine à laquelle beaucoup d'abus étaient profitables : ils avaient hâte de reconstituer cette Église et de lui rendre sa force en lui donnant un chef. Au premier rang de ceux qui voulaient que la réformation de l'Église précédât l'élection d'un pape était l'empereur, qui, plus que tout autre , pouvait apprécier les maux résultant des excès de la cour romaine et de ses prétentions II 13

illimitées. Les plus grandes réformes devaient porter sur les innombrables moyens que cette cour mettait en œuvre pour soutirer l'or des royaumes ; il s'agissait de dessécher ces mille canaux qui pompaient la substance du clergé de toutes les églises. Il fallait peu compter pour la tarir sur celui dont ils alimentaient le trésor; en un mot, pour que la réforme fût sérieuse , il fallait qu'elle se fît sans le pape et avant même qu'il fût élu.

Le débat fut longtemps ajourné. Après la mort de Jérôme de Prague, les deux partis se montrèrent davantage, mesurés cependant et contenus jusqu'après la complète réunion au concile des princes et des peuples de l'obédience de Benoît xin.

Plusieurs sessions générales, depuis la vingt et unième, où Jérôme avait été condamné, furent en grande partie consacrées au procès de Pierre de Lune et à d'importantes négociations avec les princes qui le reconnaissaient encore. Ils se réunirent successivement au concile : Benoît vit tour à tour se détacher de lui l'Aragon, l'Ecosse, le comté de Foix», la réunion des Castillans acheva celle des Espagnols, qui formèrent depuis au concile une cinquième nation , et, peu de jours après, dans la session trente-septième, le 20 janvier 1417,

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Benoît Xni fut solennellement déposé. Abandonné de tous , il ne fléchit pas et continua à braver la chrétienté sur son rocher de Péniscole, d'où Topiniâtre vieillard , exaspéré par sa disgrâce , lançait tous les jours sur ses ennemis ses foudres impuissantes.

Depuis longtemps les deux grands partis entre lesquels le concile se partageait s'étudiaient en silence et se préparaient à une lutte ouverte. Les cardinaux s'appuyaient sur les Italiens, toujours intéressés à la grandeur des papes et de leur cour; l'empereur était soutenu par les Anglais et surtout par les Allemands, pour qui , depuis des siècles, la résistance au despotisme temporel des souverains pontifes était un intérêt national. Les premiers gagnèrent à leur parti les Espagnols et les Français; les seconds rallièrent à eux la nation anglaise.

Parmi ceux qui demandaient que l'élection d'un pape précédât la réforme , le plus grand nombre , surtout dans les nations espagnole et française, voulait sincèrement que cette réforme s'accomplît ; plusieurs cardinaux même partageaient ce désir, et ceux dont l'avis était différent n'osaient lavouer. Tout le monde parut d'accord sur le résultat qu'il fallait obtenir ; on ne différa d'avis que sur le choix du moment. Beaucoup ne s'aperçurent pas que de

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cette seconde question dépendait la première, et l'unanimité apparente des vœux pour la réforme rendit le concile moins attentif sur le seul moyen de l'obtenir.

Une commission avait été nommée pour rechercher tous les abus et pour rédiger un projet de réforme ; elle avait pris le nom de collège rêformatoire et ne rencontra de l'opposition d'aucune part. Des prédicateurs ardents montèrent en chaire et tonnèrent au milieu du concile contre les vices du clergé, avec une rudesse de langage , une violence d'invectives que n'avaient jamais surpassées les plus vives expressions de Wycliffe ou de Jean Hus. Un bénédictin français, nommé Bernard, fit le plus affreux tableau des crimes des prêtres, qu'il montra tous, à fort peu d'exceptions près, sous la puissance du diable. Qu'était le concile? demandait ce moine, sinon une assemblée de nouveaux pharisiens qui se jouaient de la religion et de l'Église sous le voile des processions et d'une multitude de dévotions extérieures. « Hélas ! dit-il , dans les « temps où nous sommes, la foi catholique est ré- « duite à rien ; l'espérance est une présomption « téméraire; l'amour de Dieu et du prochain est « mort ; dans le monde la fausseté est souveraine, « dans le clergé la cupidité est la loi suprême ; il

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