‹ Les réformateurs avant la Réforme. XVe siècle. Jean Hus et le Concile de ConstanceChapitre 193 sur 274 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Non-seulement Sigisrnond négligea cette occasion unique de recouvrer l'ancien privilège qu'avaient eu ses prédécesseurs de conflrmer l'élection des papes; il souffrit que le pape confirmât la sienne, et peu de temps après le couronnement du pontife il fléchit le genou devant lui. Martin V reconnut Sigismond pour légitime roi des Romains, et daigna déclarer qu'il suppléerait par son autorité pontificale à tous les défauts dont l'élection de ce prince pouvait être entachée.

Dans l'excès de sa dévotion inconsidérée, Sigismond croyait sans doute ne pouvoir trop faire pour rendre Martin \ l'objet de la vénération universelle. Il méconnaissait tout ce qu'il y a de corrupteur dans l'extrême adulation, et, uniquement préoccupé de gagner au nouveau pontife les respects de la terre, il prenait un moyen assuré de l'en rendre bientôt moins digne.

On ne tarda point à le reconnaître ; Martin V jura la profession de foi de Boniface VIII et l'observation des articles ajoutés par le collège réformatoire. Ce serment impliquait la suppression des abus les plus criants de la cour de Rome, et celui qui promettait de les abolir remit presque aussitôt en vigueur le trop célèbre règlement qui les consacrait tous ; il fit dresser le tableau des règles de la chan-

cellerie romaine, source impure de la simonie et des usurpations des papes, objet de la juste animadversion des prélats, des princes et des peuples. Là fut confirmé ce qui était relatif aux réservations des papes, aux grâces expectatives, aux vacances, aux dispenses, aux annates, aux dîmes, aux indulgences, à toutes ces choses qui avaient failli perdre l'Église et auxquelles on avait cru que le concile de Constance apporterait un remède. Ces règles de la chancellerie, dont Martin V fit d'abord dresser l'état, ne furent cependant publiées qu'au commencement de l'année suivante, et dans le temps même oii ses efforts cachés disposaient tout contre une réformalion de l'Église, il feignit d'y donner les mains. Peu de jours après son élection, les cinq nations lui demandèrent la réforme qu'il avait promis de faire d'après le plan tracé par le collège réformatoire. N'osant repousser cette demande, il feignit de l'accueillir avec faveur. Il prescrivit aux nations de nommer des députés pour travailler à cette grande affaire de concert avec six cardinaux qu'il désignerait lui-même; ceux-ci eurent soin de la traîner en longueur, soit par leur propre lenteur, soit par les débals adroitemept suscités entre les députés des nations diverses. On verra bientôt à quoi se réduisit cette grande en-

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