‹ Les réformateurs avant la Réforme. XVe siècle. Jean Hus et le Concile de ConstanceChapitre 224 sur 274 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

La France et Gerson.

Gerson, qui voua sa vie à l'extinction du schisme, expira l'année même où il finit. Ce grand homme avait vu tomber une à une toutes ses illusions et s'évanouir toutes ses espérances; il avait vu le concile abandonner la grande cause de la réforme et le pape se rendre indépendant du concile. Sa patrie, toujours déchirée par la guerre civile et la guerre étrangère, ne lui offrait aucune consolation; il y vit le corps illustre auquel il appartenait , l'Université de Paris, se fourvoyer, comme le dit Pasquier, de son ancienne vertu (^\)Gi soutenir les pré-

(1) Recherchet de la France, éd. 1633, p. 253.

tentions du pape contre les libertés de cette Eglise gallicane dont elle avait fait en partie la force et la gloire.

Les évêques, en distribuant les bénéfices, avaient préféré leurs créatures aux gradués de l'Université; celle-ci se plaignit au pape, et Martin V se la rendit favorable en lui concédant une part dans les collations par son concordat avec la nation française (l). Ce concordat portait atteinte aux libertés gallicanes, surtout en ce qui touche les collations, les appels au pape et les annates (2). Il ne fut point d'abord accepté en France, où dominaient le dauphin et les Armagnacs; l'élection du pape y fut même contestée, et l'Université de Paris ayant fait appel à Martin V, avant que ce pontife eût été reconnu dans le royame, son recteur et plusieurs de ses membres furent mis en prison (3). Lu trahison livra bientôt après la capitale aux Bourguignons ;

(1) Concord. Mari. pap. cum Gallis. Ex msc. Parisiens. Bib, S. Victor. Ap. Von dcr Hardt, t. IV, p. 1576.

(2) Le pape, comme il a été dit (page 242), maintenait par son concordat les principales dispositions de son projet de réforine. 11 conservait les annates, mais il s'engageait à n'en exiger que la moitié durant cinq ans, vn l'état du royaume.

(3) Le conseil du roi ayant ensuite appris que Martin V avait été c;H)oniquenii.'iil ilii, (il liL'ounaîlro ce pontife en Franco, mais il iTiaintinl en même temps l'ordonnance de 1407 relative aux libertés de l'Église.

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il V eut alors uiio révolution dans l'Eglise comme dans le gouvernement. Jean-sans-Peur, reconnaissant envers le pape, qui n'avait point condamné son apologiste, malgré la vive opposition du parlement de Paris, lui sacrifia les libertés de l'Église de France. Gerson vit avec douleur abroger le célèbre édit de 1407 qui les établissait; il vit l'Université elle-même contrainte à désavouer, sur la doctrine de Jean Petit, ce qu'elle avait si longtemps mis son honneur à soutenir; il vit casser, avec une solennité qui fut un scandale de plus, la sentence rendue quatre années auparavant par l'évêque de Paris contre l'apologie du meurtre; il vit enfin son malheureux roi, abandonné, trahi par ses proches, le dauphin fugitif, ses amis égorgés, et la meilleure partie du royaume au pouvoir des étrangers et de ce même Jean-sans-Peur, dont il s'était fait un ennemi mortel.

La France, ouverte à tous ses ennemis, était fermée à son plus noble fUs. L'illustre chancelier n'eut de choix que le lieu de son exil ; vers le milieu de l'année 1418, déjà sexagénaire, il quitte Constance comme un banni, il se rend en Bavière et traverse en pèlerin les montagnes du Tyrol; il arrive sur les bords de l'Inn à Rattenberg, où le

duc Albert lui offre un asile. Là il s'arrête, le cœur brisé; il rappelle avec amertume dans sa pensée les derniers actes du concile de Constance, les périls qui l'environnent après une longue vie de fatigues et d'épreuves, et il raffermit son âme par la méditation religieuse; il oublie les hommes en se rapprochant de Dieu. C'est là qu'il écrit, à l'exemple de Boëce, ses quatre livres de la Consolation théologique. « Il a vu régner, dit-il, la discorde « et l'iniquité au milieu de son peuple; de toutes « parts des pièges lui étaient tendus, et, comme « l'oiseau échappe aux liens de l'oiseleur, il s'est 0 dérobé au naufrage, emportant du moins avec « lui l'espérance (1). »

Dans cette môme retraite son infatigable pensée se distrait et s'exalte par d'autres travaux (2) auxquels il se livre comme à un exercice qu'il ne croit

(1) Pe Consolatione Theologiœ. Gers. oper.,t. ler, pago 130. — Cet ouvrage est un dialogue entre un personnage, nommé Volucer, envoyé par Gerson à son frère, et ce frère, qu'il désigne sous le nom de Monicus. « O Volucer, dit celui-ci, l'ami de mon âme ne gémit-il pas d'être ainsi exilé dans une terre étrangère et lointaine, oii il n'entend point la langue qui lui est familière ? — 11 glorifie Dieu, répond Volucer, il élève ses mains à ce Dieu, qui est son salut, et pleure, comme un autre Jérémie, sur les maux de sa triste patrie. » {Jbid.)

(2) 11 écrivit à cette époque le Monolessaron, ou évangile unique, formé des extraits des quatre évangiles.

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