‹ Les réformateurs avant la Réforme. XVe siècle. Jean Hus et le Concile de ConstanceChapitre 236 sur 274 · CHAPITRE IH · texte numérisé non relu

CHAPITRE IH

(lu château de Wenceslas. Le fort de Wishrade résista longtemps; enfin , réduite à l'extrémité , la garnison promit de se rendre. Elle apprit alors que l'empereur, à la tète d'une nouvelle armée recrutée en Hongrie et en Moravie, revenait sur Prague, qui fut investie pour la seconde fois, tandis que les Hussites, à couvert dans leurs formidables retranchements, bloquaient encore la citadelle. Sigismond, du haut d'une colline, se fit voir à la garnison impériale de Wishrade et lui fit signe d'attaquer les ennemis tandis qu'il les chargerait lui-même. La garnison, qui avait capitulé la veille, demeura immobile, et l'empereur reçut le conseil de s'éloigner. Jetant alors un regard de mépris sur l'armée hussite, où les habitants de Prague étaient mêlés aux Thaborites de Ziska et à des paysans indisciplinés, armés de longs fléaux ferrés en guise d'épées et de lances : « Je veux , dit-il , en « venir aux mains avec ces porte-fléaux. — Sire, «reprit un seigneur de Moravie, nommé Plumlo- « vise, je crains que nous ne périssions tous ; ces a fléaux de fer sont fort redoutables. — Vous au- « 1res Moraves, répondit Sigismond, je vous con- « nais, vous avez peur. »

A cette parole téméraire, les chefs s'élancent à bas de leurs chevaux.

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« Vous verrez, Sire, que nous n'avons pas peur, 0 dit Plumlovisc : nous voici prêts à vous obéir, et « nous irons où Votre Majesté n'ira pas. » Les impériaux mettent pied à terre à l'exemple des chefs et se précipitent avec furie sur les retranchements desThaborites. Us étaient attendus et ne purent les forcer. Les défenseurs de Prague sortent alors de la ville en plusieurs colonnes et fondent sur les assiégeants. Ceux-ci reculent et fuient; maiS; cernés de toutes parts, ils tombent par milliers sous l'épée des Thaborites et sous ces mêmes fléaux si dédaignés de l'empereur (1). Une grande partie de la noblesse de Moravie demeura sur le champ de bataille; Sigismond fut entraîné dans la déroule des siens, et ce jour même la forteresse de Wishrade ouvrit ses portes aux vainqueurs.

Ziska cependant avait reçu une blessure qui eût arrêté tout autre homme dans sa sanglante carrière; une flèche, au siège de Raby, lui enleva l'œil qui lui restait; mais, en devenant aveugle, il devint encore plus terrible : sa blessure fut un nouveau stimulant pour sa fureur comme pour son génie et révéla en lui des facultés vraiment incroyables. Sa mémoire des localités tenait du pro-

(1) Thcob., Bell. Huss., p. 88.

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(lige; il suffisait qu'il eût une fois parcouru un. pays pour n'oublier jamais ses plus légers accidents. La Bohème, avec ses eaux, ses bois, ses vallons, ses plaines, était maintenant aussi présente à sa pensée qu'elle l'avait été jadis à ses yeux. Esprit de feu dans un corps de fer, son activité ne connaissait point la fatigue et s'irritait du repos. « Tous les temps sont égaux pour cet aveugle , di- « saient en murmurant ses soldats; il va la nuit « comme le jour. » Partout où il y avait un monastère à brûler, une ville à prendre , une armée à battre, il accourait , il était là, acccomplissant l'œuvre de sang avec une force surhumaine et comme agité par un Dieu exterminateur. C'est ainsi qu'il dompta les factions, affranchit plusieurs fois Prague et la Bohême, et mit en fuite toutes les armées de l'empire.

La diète deCzaslaw s'ouvrit en j uillet 1421, après des succès inouïs ; tous les États du royaume de Bohême et du marquisat de Moravie y furent représentés : là fut nommée une régence de vingt membres, tirée des divers ordres de la nation; Ziska y figurait au premier rang des nobles. La déchéance de Sigismond y fut solennellement prononcée, et l'on y jura de nouveau le maintien des quatre articles du formulaire bohémien.

Sigismond, adouci par ses revers, changea en-

core une fois de langage ; il écrivit à la diète pour se justifier, pour promettre toute concession équitable, et fit valoir comme motif de l'inaction où il se tenait, non la crainte, mais une compassion miséricordieuse pour son peuple.

Les Bohémiens et les Moraves répondirent fièrement à l'empereur : « Très-illustre prince et roi, « puisque Votre Majesté nous assure que, si elle « a causé quelque désordre dans le royaume de 0 Bohême, elle y portera remède, voici nos griefs : « vous avez permis que maître Jean Hus fût brûlé « malgré votre sauf-conduit, au grand affront de « tout le peuple de Bohême. 11 a été permis de « s'expliquer librement devant le concile de Con- « slance à tous ceux qui s'écartaient de la doctrine 0 catholique, hormis à nos illustres concitoyens, « et, pour ajouter au mépris envers la Bohême, « vous avez souffert que maître Jérôme, dont le « mérite était si grand, fût également mis à mort. « Vous avez permis que dans ce concile le royaume « de Bohême fût voué à l'extermination; vous avez « excité les peuples voisins à nous détruire comme a des hérétiques maudits. Les princes étrangers « que vous avez attirés chez nous ont ravagé la « Bohême par le fer et le feu , n'épargnant ni le « sacré ni le profane, et infligeant aux femmes et

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