CHAPITRE IV
bles (1). Leur fière attitude offrait un curieux contraste avec l'humble situation de leur maître à Constance. Jean Hus était venu, fort seulement de la droiture de son âme, de sa piété sincère, de sa foi ardente dont on lui faisait un crime, dédaigné d'ailleurs d'une assemblée superbe, et de toutes parts en butte à l'outrage et à la violence. Ses disciples arrivaient maintenant, précédés de la réputation d'invincibles, après avoir fait trembler l'AlIe-
mença. L'empereur et le patriarche de Constantinopîcdomaadcrent d'être ouïs dans une assemblée géne'rale pour réunir i'Eglise d'Orient avec la latine, et les Grecs voulaient un concile en Italie. Le pape riiidi(iua à Ferrare et y invita les Pères de Bàle, qui regardèrent cette translation comme un prétexte pour dissoudre leur concile. Celui-ci fut ensuite , en l'année 1439 .Iranslérc, par Eugène , de Ferrare à Florence. Une partie des Pères s'y rendit, mais plusieurs demeurèrent à Bâle, où ils prétendirent toujours être le concile universel. Là, s'autorisant de l'exemple donné à Pise et à Constance , ils déposèrent Eugène IV, et ils élurent à sa place, pour souverain pontife, AmédéeVIlI, duc de Savoie, qui accepta ce dangereux honneur et prit le nom de Félix V. Le concile de B;lle tint encore vingt sessions jusqu'en H43; la France y présenta en 1438 et y lit autoriser l'édit rendu par le clergé assemblé à Bourges et célèbre sous le nom At pragmatique sanction. Cependant le concile, selon Fleury, ne doit plus être reconnu depuis sa session vingt-cinquième, tenue le 7 mai 1437. Félix V abdiqua, en 1448, à la sollicitation du roi de France, Charles VII , et l'Église catholique fut de nouveau réunie sous un seul pontife, quoique divisée sur le principe même qui constitue dans son sein l'autorité souveraine.
(1) Trecenli équités Bohemi nobilissimi.
(Balbinus, p. 481.)
magno et l'empire j ils avaient vengé leur maître, et venaient hardiment soutenir ses doctrines, en traitant de puissance à puissance avec beaucoup de ceux qui l'avaient condamné.
Le concile envoya au-devant d'eux et les reçut avec honneur. Parmi les chefs de la députation était le prêtre calixtin Jean de Rockizane, qui administrait l'archevêché de Prague, et Procopele-Grand, général des Thaborites. La foule, et avec elle une grande partie des membres du concile, dit iEneas Sylvius, témoin oculaire, s'étaient répandus hors des murs, attendant l'arrivée de ces hommes si intrépides et si fameux (1). Les places publiques étaient encombrées sur leur passage; les femmes, les enfants, les jeunes filles remplissaient les fenêtres , chargeaient les toits : on se montrait les uns aux autres ces costumes étrangers qu'on n'avait point vus encore ; on remarquait avec surprise ces visages sillonnés, ces yeux terribles, et, en voyant des hommes d'une telle apparence, on s'étonnait moins des choses que la renommée racontait d'eux (2). Procope
(1) Ad cos videndos velut miracula belli universa civitas concurrit. (Balbinus, Epil. ver. Bohem., p. 481.)
(2) C'était «n proverbe en Allemagne que dans le corps d'un soldat bohe'micn il y avait cent démons.
{Ubi supra, p. 487.)