‹ Les réformateurs avant la Réforme. XVe siècle. Jean Hus et le Concile de ConstanceChapitre 25 sur 274 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

être considéré par Jean XXIII comme son ennemi naturel ; Jean Hus devint donc prompteraent l'objet de sa colère; il le fit citer à sa cour et commit l'affaire au cardinal Othon de Colonne, par-devant lequel il le somma de comparaître à Bologne ; mais Hus hasardait sa vie en risquant le voyage, et l'on vit alors quelle influence prodigieuse il avait su conquérir. Le roi, la reine, l'Université, un grand nombre des principaux barons de Bohême et de Moravie envoyèrent, de concert, une ambassade au pape pour le supplier de dispenser Jean Hus du voyage, de recevoir ses procureurs, et d'envoyer à Prague des légats aux frais de la couronne. L'archevêque lui-même écrivit en faveur de Hus, déclarant qu'ils étaient réconciliés, et qu'il n'y avait point d'hérésie en Bohême. Tout fut inutile, soit que le pape eût compris que la situation de l'archevêque donnait peu de poids à ses paroles, soit qu'au dire de quelques auteurs il n'ait point reçu sa lettre, ou bien que Sbinko ait démenti en secret ce qu'il affirmait en public. Jean XXIII fit poursuivre avec rigueur, devant de nouveaux commissaires, la procédure commencée: les procureurs de Hus ne furent point écoutés et subirent d'indignes traitements ; lui-même ne comparaissant pas fut excommunié ; le pape confirma la sentence et

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mit Prague en interdit; défense fut faite, aussi longtemps que Hus y séjournerait, d'y célébrer la messe, de donner le baptême aux enfants et la sépulture aux morts. Cette sentence foudroyante mit la ville en feu et provoqua des séditions et des massacres.

Alors se montra dans son vrai jour le caractère de Jean Hus, et l'on vit combien son opposition était dégagée de tout intérêt d'ambition personnelle. La cour le protège, le peuple est pour lui, l'indignation contre le clergé est générale; il se voit injustement opprimé, accablé par un homme devenu l'objet d'un mépris presque universel, et il ne profite pas de tant d'avantages pour rompre sans retour avec l'autorité qu'il respecte encore, môme en l'attaquant. Là se révèle aussi toute l'indécision de sa pensée: il ne conteste point, en principe, l'autorité qu'il rejette en réalité ; il voit encore, dans le pape, le successeur de saint Pierre, quoique indigne et dépouillé de tout pouvoir spirituel ; il s'adresse aux cardinaux en termes humbles et soumis; il proteste de son innocence, il est prêt à la prouver par le martyre, il prie Dieu enfin d'éclairer le pontife, son persécuteur. Ce chrétien, si ardent et si fort lorsqu'il éclate et tonne contre les scandales et les abus de l'Eglise, n'est plus

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