CHAPITRE lî
qu'un homme simple, faible et humble, lorsqu'il s'agit de substituer l'autorité de sa raison à celle de ses oppresseurs, et, après en avoir inutilement appelé aux hommes, il en appelle à Dieu. « Notre- « Seigneur Jésus-Christ, dit-il , vrai Dieu et vrai « homme, environné des pontifes, des scribes, des « pharisiens et des sacrificateurs, ses juges et par- « lies, a donné à ses disciples le bel exemple de « soumettre leur cause au jugement de Dieu, qui « sait tout et qui peut tout ; en suivant ce saint a exemple j'en appelle à Dieu, me voyant opprimé « par une sentence inique et par la prétendue « excommunication des pontifes, des scribes, des « pharisiens et des juges assis dans la chaire de « Moïse. Moi, Jean Hus, je présente cet appel à « Jésus-Christ, mon maître et mon juge, qui con- « naît et protège la juste cause du plus humble des « hommes. »
Cependant, entouré d'ennemis et de périls, il hésite, partagé entre une double crainte, dont aucune n'a son propre danger pour objet ; il consulte, et, dans quelques lettres touchantes écrites à ses amis, il expose ainsi ses hésitations et ses combats : « Le Sauveur a dit : Vous aurez des tribulations en « ce monde ; mais si l'amour du bien est en vous, « qui pourra vous nuire ? Ayant donc en moi ,
« poursuit Jean Hus, l'amour de la céleste parole et « le zèle de la répandre, mon âme est triste, car je « ne sais que résoudre. J'ai médité cette parole « évangélique du Sauveur : Le bon pasteur don- « nera son sang pour son troupeau; mais le mer- « cenaire, voyant le loup venir, laisse là ses brebis « et s'enfuit : le loup vient, qui les enlève et les «« disperse. J'ai médité aussi cet autre verset de a saint Matthieu : Lorsqu'ils vous persécuteront « dans une ville, fuyez dans une autre : lequel de « ces deux préceptes suivre? entre ces deux avis « contraires auquel obéir?.., je ne sais(l). »
Hus prit enfin le dernier parti ; il quitta sa chère chapelle et chercha un refuge dans son village, à Hussinetz, sous la protection du seigneur du lieu. Ce fut là qu'il écrivit un petit traité où il prouve, par l'autorité des Pères, des papes, des canons, et par la raison, qu'il faut lire les livres des hérétiques et non les briller (2). C'est de là aussi qu'il écrivit à ses disciples pour leur exposer la cause de sa retraite. « Sachez, leur dit-il, mes bien-aimés, que, « si je me suis retiré du milieu de vous, c'est afin de « suivre le précepte et l'exemple du Christ, pour « ne point donner lieu aux méchants d'attirer
(1) Hisl. et monum. Hus., 1. 1, p. 117.
(2) lderti,p. 127.