CHAPITRE IV
ami et son bienfaiteur, et couvrit de nouveau la malheureuse Bohême de sang et de ruines.
Podiebrad mourut détrôné , laissant pour héritage à son successeur Wladislas, fils du roi do Pologne Casimir IV, le double fardeau d'une couronne mutilée et de l'inimitié du Saint-Siège. Le règne de Wladislas et celui de Louis, son fils, furent les derniers temps de l'indépendance politique et religieuse de la Bohême. La princesse Anne, sœur du roi Louis, héritière des couronnes de Bohême et de Hongrie, les fit passer dans la maison d'Habsbourg par son mariage avec Ferdinand d'Autriche, petit-fils de l'empereur Maximilien. Depuis lors la Bohême ne compte presque plus, dans l'histoire de l'Europe, que par ses malheurs, et ce royaume, dans lequel l'Autriche avait été jadis plusieurs fois enclavée, fit désormais partie des Etats autrichiens.
Le fer et le feu n'avaient pu extirper dans cette contrée malheureuse les opinions condamnées à Rome. Les Calixtins y formaient une partie considérable de la population, et les Frères de V Unité comptaient encore environ deux cents églises en Bohême et en Moravie à la fin du XV^ siècle. Ceuxci manifestèrent toujours un ardent désir de sa
joindre à tous les chrétiens qui reconnaissaient pour loi suprême la Parole révélée^ et'deux fois ils envoyèrent quelques-uns des leurs à la découverte dans les diverses contrées de l'Europe pour y chercher un peuple semblable à eux; mais leurs envoyés ne trouvèrent, sauf un petit nombre de Vaudois opprimés, que quelques fidèles isolés dont plusieurs périrent sous leurs yeux dans les flammes. Les Frères attendirent alors avec résignation que Dieu vînt au secours de son église et de son peuple, et, dans un mémorable synode qu'ils tinrent en 1489 , ils décidèrent que, si Dieu suscitait quelque part des docteurs fidèles et des réformateurs de V Église^ ils feraient cause commune avec eux. Lorsqu'enfin Luther eut paru, un siècle après la mort de Jean Hus, les Bohémiens se souvinrent de ces paroles prononcées par le glorieux martyre en présence de ses juges et de ses bourreaux : « Dans cent ans vous répondrez devant Dieu et devant moi. » Ce peuple, que l'on pouvait croire dompté par tant de persécutions et de souffrances, se leva pour la cause de la liberté religieuse, et s'unit aux confédérés de Smalcade contre l'empereur Ferdinand I"'', chef de la ligue catholique.
En 1547, après la désatreuse journée de Muhl-