CHAPITRE IV
berg, un tribunal sinistre, la Diète de sang, renouvela contre les vaincus les rigueurs décrétées à Constance contre leurs pères.
Une fois encore en 1619, au début de la guerre de Trente-Ans et à ravénement du fanatique Ferdinand II, la Bohême fit un acte d'indépendance; elle osa se dérober au joug de la maison d'Autriche en décernant la couronne à l'infortuné Frédéric, électeur palatin, gendre du roi de la Grande- Bretagne, Jacques V^. L'issue de la grande bataille donnée, en 1620, sur la montagne Blanche, livra sans retour les Bohémiens à leurs vainqueurs. Ferdinand eut à châtier en eux tout ensemble des rebelles à l'empire et des rebelles à l'Église ; ses rigueurs furent atroces; un nouveau tribunal de sang fut établi, et ses arrêts firent plus de victimes que n'en avaient fait un siècle de discordes civiles et de guerre étrangère.
Ferdinand II se glorifia d'avoir ramené la Bohême, unie et pacifiée, sous l'autorité du Saint- Siège. Avec lui l'Église romaine triompha dans ce royaume, mais à quel prix! Trente mille familles furent proscrites, une immense multitude émigra en masse pour conserver une foi plus chère que les joies de la patrie; le nombre des cités diminua de moitié; et, d'une population de
trois millions âmes, un million seulement demeura dans ses villes en ruines et ses campagnes dévastées. Gloire exécrable, et qui permet d'appliquer aux deux Ferdinand ce mot terrible du grand historien de l'ancienne Rome : Ils font un désert et disent la paix est là (i).
(1) «Ubisolitudincm faciuntpaccin appellant. . Tacite.