‹ Les réformateurs avant la Réforme. XVe siècle. Jean Hus et le Concile de ConstanceChapitre 270 sur 274 · NOIES · texte numérisé non relu

NOIES

célestes, qui sont le corps et le sang de Jésus-Chiisl.

42. Le sacrement de l'autel n'est que du pain et du vin, qui sont un signe du corps et du sang de Jésus-Christ, qui est au ciel, et qui est appliqué à chacun par la foi : sans cette foi personne ne peut recevoir la réalité du sacrement, rem sacramenti.

i3. Comme le sacrement n'est que du pain et du vin, il faut manger l'un et boire l'autre selon l'institution de Jésus-Christ; mais il n'est pas permis de l'offrir pour les vivants et pour les morts, ni de l'enfermer dans une châsse, comme s'il était un Dieu, ni de le porter de lieu en lieu, et d'en abuser, contre la défense expresse de Dieu au premier commandement de la loi.

•14. Quoique nous tolérions les ornements des églises, quand il n'y a ni scandale ni superstition, et qu'ils sont indifférents, cependant, si quelqu'un y attachait une vertu salutaire, il faudrait les retrancher et les défendre : ce qui regarde particulièrement les images, auxquelles, contre le commandement de Dieu, on rend un culte divin-, car si, selon Esaïe, VI, il n'est pas permis d'adorer les morts, beaucoup moins l'est-il d'adorer les images, ce qui concerne indirectement l'invocation des saints.

Dans le quinzième et dernier article, le purgatoire était mis au rang des fables.

On exhortait les ministres de l'Eglise à prêcher aveczèle la doctrine exposée dans celte confession de foi, les magistrats à la maintenir, tous les chrétiens à en fture profession pour obtenir la vie éternelle et pour éviter une éternelle condamnation (1).

()) LenUnt, Hislotre de la guerre des Hussites et du concile de Bdlct.II, 1. XX.

Note I, page 386.

L'esprit de charité, de paix et d'union qui distingue l'église des Frèrei dans ses rapports avec les autres églises chrétiennes, se retrouve tout entier dans une belle exhortation que leur adresse, de Hollande où il s'était réfug;ié vers la fin du XVII' siècle, le vénérable Goraménius, et dont nous extrairons ici quelques passages :

« Vos ancêtres furent un peuple pénétré de la crainte de « Dieu, fuyant l'idolâtrie et la superstition, livré tout en- « lier avec une vive ardeur pour son salut à l'étude des « choses célestes, et qui, assis avec Marie aux pieds du « Christ, et attentif à ses paroles, oubliait tout pour n'é- « coûter que lui. Supportant, à cause de cela, le mépris , « l'outrage et les persécutions du monde, et laissant à Dieu a seul le soin de le défendre, ce peuple s'était proposé de ne « se séparer d'aucun membre de la société chrétienne, de « n'établir, de ne favoriser aucune secte, de réunir plutôt « tous ceux qui, en tous lieux, invoquent Jésus-Christ d'un « cœur pur, et servent Dieu en esprit.

« Notre devoir, mes bien-aimés, est de chérir tous les « hommes, de souhaiter du bien à tous, de les aider tous « autant qu'il dépend de nous. Quant à ceux qui nous pa- « raisseni divisés par un malheureux schisme, si nous ne a pouvons les ramener à l'union, du moins devons-nous « vivre dans un esprit de concorde avec eux, à l'exemple «de nos pères, qui aimaient mieux vivre selon la foi que « disputer touchant la foi. Quelques-uns nous reprochent < d'avoir dévié des traces de nos aïeux, et de n'être plus

« ceux à qui Luther a donné la inain en signe de fraler- « nifé; nous l'avouons el nous le déplorons. Ce n'est pas u toutefois, comme on nous an accuse, parce que nous « refusons, comme nos aïeux, de poursuivre avec haine ceux « qui reconnaissent le même Évangile que nous^ mais c'est « parce que le zèle de la piété s'est refroidi parmi nous... « Oh ! ne nous écartons pas de l'exemple et des traces de « nos pères au point de nous établir juges de la science et « de la conscience d'aulrui. Ne nous mêlons donc point « aux controverses et aux disputes, j'entends à ces dispu- M les qui s'élèvent entre les disciples de l'Evangile, car ce « sont choses inutiles, défendues et nuisibles.

« La divine sagesse a posé les trois portes, les trois fon- « déments très-chrétiens de l'Eglise, qui sont la foi, la « charité et l'espérance; elle exige ces trois choses pour le M salut , et rien de plus.

« La vraie philosophie chrétienne est de recevoir la « parole révélée avec une foi simple; la vraie religion est « de la vénérer avec un cœur pur; la piété consiste à ten- M dre par elle à la méditation de la vie céleste; la victoire « est d'y persévérer; le suprême bonheur est de vaincre « par elle. »

Comménius a montré l'inutilité, le danger des disputes sur les questions insolubles pour l'homme, touchant la per' sonne du Christ, Véleclion, la prédestination ^ la grâce; puis il ajoute :

« Pour nous, mes bien-aimés, continuons à montrer par M notre exemple à nos frères, disciples du même Evan- « gile, que la perfection évangélique n'existe pas dans la « profondeur des explications, dans la variété des ques- « tions ou dans l'adresse à les traiter (car, comme dit saint

« Hilaire), ce n'est point par des arguments subtiles que « Dieu nous appelle à la possession de son royaume cé- « leste; mais par celte charité sai nie, qui est patiente, douce, « bienfaisante, qui n'est pas envieuse, qui ne s'enjle pas d'or- « gueily qui ne s'irrite ni ne s'aigrit, qui ne rêve point L'in- M justice, qui souffre tout, croit tout, espère tout^ supporte « tout (1).

M II vaut mieux ignorer humblement certaines choses «que savoir orgueilleusement, ou croire avec timidité « qu'affirmer avec témérilé ou avec violence, dans cette vie « présente où nous ne voyons et ne prophétisons maintenant a que d'une manière imparfaite (2).

« Attachons-nous de tout notre cœur aux choses qui sont « de la paix, et qui peuvent nous édifier les uns les autres (5) K avec tous ceux qui invoquent le Seigneur d'un cœur « pur (4). »

Luther fit imprimer lui-même à Wittemberg la confession de foi des Frères de l'Unité évangélique, et, dans une préface qu'il y joignit, il leur accorda ce beau témoignage : « Aussi longtemps, dit-il, que j'ai été papiste, j'ai res- « senti, par zèle de religion, une haine très-violente pour a les Frères; j'ai reconnu, à la vérité, de bonne heure, que « Jean Hus a expliqué l'Ecriture avec tant de force et de «( pureté que je n'ai pu concevoir sans une extrême sur- « prise comment le pape et le concile de Constance ont pu « condamner au feu un homme si grand et si admira-

(1) 1 Cor. XIII.

(2) Idem.

(3) Rom. XIV, 19.

(4) 2 Timoth. II, 22. — Joh. Lusit., de Eccfet. discipl. moribusque et institut. Fratr. Bohem. memorab. contin. cum adtnon. ad reliq. Hisl. Eccl. Joh. Commenii.

« ble. Cependant, je l'avoue, par une déférence aveugle « pour le ponlife et pour le concile, j'ai abandonné sans « hésitation la lecture des livres de Hus, parce que je me « défiais de moi-même; mais aujourd'hui j'ai changé de « sentiment à l'égard de ces hommes que le pape a cona damnés comme des hérétiques, et je ne puis que les re- « garder et les admirer comme des saints et des martyrs « de la vérité. J'ai trouvé chez eux ce fait, extraordinaire « pour le temps, que, laissant là les traditions des hommes, « ils s'occupaient à méditer jour et nuit la loi du Seigneur, 0 et qu'ils étaient très-versés dans l'Ecriture sainte. Ré- « jouissons-nous donc avec ces frères de ce qu'après nous « être regardés les uns les autres comme des hérétiques « nous sommes revenus de celte injuste prévention, et nous « trouvons réunis dans un même bercail sous la conduite « du seul pasteur et évêque des âmes (1). »

(1) Voy. HisLunc. cl mod. de Tcgl. des Frères deBoh. et de Morao. Hv.\l\, par Bost.

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