‹ Les réformateurs avant la Réforme. XVe siècle. Jean Hus et le Concile de ConstanceChapitre 40 sur 274 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

calma l'orage. Après lui, l'ardent Jérôme de Prague prit la parole et termina sa véhémente harangue en disant : « Que ceux qui sont pour nous se « joignent à nous ; Hus et moi nous allons au palais, « et nous ferons voir la vanité de ces indulgences. » Tout le peuple cria : « Cela est vrai ; il parle bien . » Le recteur de l'Académie, Marcus, intervint à son tour, et conjura la foule de ne point aller au palais, de crainte d'un plus grand mal, et de retourner chacun chez soi. La multitude se dispersa; les étudiants accompagnèrent Jérôme comme le plus savant; mais le peuple suivit Jean Hus jusqu'à la chapelle de Bethléem , en l'exhortant à se montrer ferme et inébranlable.

Le lendemain, une sédition redoutable s'élève : la foule se rassemble dans un lieu public de Prague, et de là se répand dans la ville, et partout où elle entend un prêtre prônant les indulgences, elle l'insulte et le voue à la mort. Le recteur mande Jean Hus et Jérôme au collège de Saint-Charles; là, en présence d'un grand nombre de maîtres des Facultés, il les prie et les conjure d'opposer leur parole à la rage des séditieux. Les assesseurs, les docteurs, les maîtres les implorent en même temps; ils les pressent, ils les supplient avec larmes en invoquant Dieu et les saints. « Voyez nos cheveux

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a blancs, disent-ils, et, songeant à votre jeunesse, « abandonnez votre entreprise avant qu'il en ré- « suite un affreux massacre dans lequel ses auteurs « mêmes périront enveloppés. — Vous dites bien, « répondit Jérôme , et nous ferons ce que vous « souhaitez ; mais jugez vous-mêmes à quel point « il est difficile de taire la vérité. — Moi aussi, « dit Jean Hus , je redoute la sédition : je me « suis dévoué à la vérité, je n'oserais rien faire « qui fût opposé à la justice; je dois donc mon- « trer que ces indulgences sont sans vertu ; ce- « pendant je ne rejetterai point votre prière. — «Cher maître Jean, répond le recteur, n'ou- « bliez pas de quelle manière nous vous avons dé- « fendu contre les Allemands; personne alors n'é- « tait autant que vous en butte à la haine du peuple, « qui se plaignait que vous l'aviez privé d'un grand « profit en les expulsant. Les Allemands sont plus « animés à votre perte qu'à la nôtre; ils jurent « qu'en quelque lieu qu'ils vous rencontrent ils « vous tueront, et vous avez provoqué pour la mê- « me cause la haine de l'empereur Sigismond. Rec mettez donc votre projet à un autre temps pour a éviter un plus grand mal, et sauvez votre vie. » Hus donna son assentiment à ces paroles et promit d'v conformer sa conduite.

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