‹ Les réformateurs avant la Réforme. XVe siècle. Jean Hus et le Concile de ConstanceChapitre 41 sur 274 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Cependant, le dimanche suivant, un bruit sinistre circule : trois hommes ont été jetés en prison par les magistrats, pour avoir déclamé contre le pape et ses indulgences. Les étudiants s'ameutent ; on prend les armes, et Hus, suivi de la foule du peuple et des écoliers , se dirige vers la maison de ville et demande qu'on épargne la vie des prisonniers.

Les magistrats délibèrent dans le trouble et dans l'épouvante ; le conseil répond , au nom de tous : « Cher maître, nous sommes étonnés que « vous allumiez un feu où vous courez risque d'é- « tre brûlé vous-même. Il nous est fort dur de par- « donner à des gens qui n'épargnent pas même le « sanctuaire, qui remplissent la ville de tumulte, et « qui, si l'on n'y met ordre, ensanglanteront nos « rues. Néanmoins, retenez ce peuple, retirez-vous : « on aura égard à ses vœux. »

Deux mille hommes étaient en armes sur la place. « Retournez en paix dans vos demeures , leur « crie Jean Hus; les prisonniers ont leur grâce. » La foule applaudit et se retire; mais, quelque temps après , le sang coule et s'échappe à grands flots de la prison. Les sénateurs avaient pris le parti le plus dangereux, celui d'inspirer de la crainte après en avoir montré. Un bourreau, se-

crètenient introduit , avait tranché la tête aux prisonniers, et c'était leur sang qui coulait.

A cette vue , il s'élève un furieux tumulte : on force les portes, on enlève les corps, on les transporte dans des linceuls sous la voûte de la chapelle de Bethléem. Là on les enterre avec de grands honneurs, tandis que des écoliers chantent en chœur sur leur tombe : « Ce sont des saints qui ont livré « leur corps pour l'Evangile de Dieu. »

Hus se tait d'abord (1) ; mais au premier jour de fête solennelle , il monte en chaire et s'écrie , imprudemment peut-être : « Ce sont des saints et des «martyrs!... » L'indignation gagne toute la Bohême , et Jean Hus , dans ses violentes invectives contre le pape, franchit toute borne; il attaque sans mesure le despotisme et la simonie du pontife, la débauche et le faste des prêtres; il rejette les traditions de l'Église sur les jeûnes et les abstinences , et il oppose à toute autre autorité celle des Écritures (2).

(1) Plusieurs auteurs rapportent qu'au moment de cette exécution Hus était absent de Prague, et ce fait paraît résulter aussi de quelques-unes de ses réponses dans le concile de Constance.

(2) Theob. Bel. Huss.

Page 1