CHAPITRE IV
en Europe, il suffit de compter ses ennemis ol de mesurer leur puissance.
Le plus redoutable, celui qui avait cru terrasser J. Hus sous les foudres dont il frappait Ladislas, Jean XXIIF, était alors agité lui-même de vives appréhensions au milieu de sa cour de Bologne, et sa toute-puissance, par laquelle il ouvrait le ciel et l'enfer, ne le défendait pas contre de secrètes terreurs; car un nouvel empereur, ennemi des abus du clergé, venait de monter sur le trône : c'était Sigismond de Hongrie, frère de Wenceslas. Ce prince, zélé catholique, s'était voué depuis longtemps à la défense de l'Église, et l'état déplorable où il la voyait était pour lui un sujet perpétuel de douleur. Trois papes la partageaient encore, et, tandis que Jean XXIII à Bologne fulminait contre ses rivaux, Grégoire XII, à Rimini, Benoît XIII, en Aragon, lui rendaient avec usure toutes ses malédictions. La simonie dont les pontifes donnaient l'exemple avait gagné la masse entière du clergé; la Bohême, la Moravie, une partie de l'Allemagne, l'Angleterre étaient agitées par les opinions nouvelles : plus de piété parmi les laïques et les séculiers, mais une rivalité de superstitions qui substituait des pratiques mortes à la régénération du cœur. C'était peu de l'aiiar-
148 iiVftE i.
vAïie où l'Europe était plongée ; on entendait gronder sur ses frontières les hordes musulmanes qui s'avançaient comme des vagues furieuses pour laver tant d'iniquités et effacer toutes les souillures de l'Église en l'engloutissant.
Touché jusqu'aux larmes d'un tel spectacle, Sigismond n'en comprit pas la véritable cause ; en sa double qualité d'empereur et de dévot, il haïssait toute opposition, toute indépendance de l'esprit, et attribuait les maux de la chrétienté aux partisans des nouvelles doctrines et à ceux du schisme. Ce fut donc contre eux qu'il réunit ses forces, et il crut qu'un concile général, convoqué dans le double but d'éteindre le schisme et d'étouffer l'hérésie, ferait refleurir les beaux jours de l'Église. Le concile de Pise n'était point aux yeux de Sigismond et des rois de l'Europe une épreuve suffisante ; car, à cette époque antérieure, la puissance impériale et l'autorité de l'Église étaient en lutte. L'empereur Robert s'était déclaré contre le concile , et celui-ci avait été trop tôt dissous ; il fallait aujourd'hui faire agir simultanément et d'un commun accord le pouvoir temporel et le pouvoir spirituel, soutenir par le glaive impérial l'autorité de l'Église, convoquer la chrétienté tout entière en assemblée générale pour éteindre l'hérésie et