‹ Les réformateurs avant la Réforme. XVe siècle. Jean Hus et le Concile de ConstanceChapitre 46 sur 274 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

« lions au préjudice de la vraie sainteté. On exalte « les vertus des morts dont l'exemple est éloigné; « on inspire du mépris pour la sainteté des vi- « vants, dont l'exemple serait plus efficace. C'est « l'orgueil, la cruauté, l'avarice, la mollesse, qui « ont enfanté ce culte ; la vanité est flattée en exal- « tant la vertu des morts; il n'en coûte rien à l'a- « mour-propre ; mais l'envie , blessée de la vertu « des vivants, fait tous ses efforts pour en ternir « l'éclat. Les hommes sont généreux envers les « saints qui sont dans le ciel, parce que ceux-là « sont au-dessus des atteintes de leur cruauté et « sont à craindre auprès de Dieu; ils se montrent « cruels envers les saints qui habitent sur la terre, « parce qu'ils ont intérêt à opprimer la vertu ; ils « sont avares pour eux et les dépouillent, mais ils « sont prodigues envers les saints glorifiés qui « n'ont besoin de rien ; ils revêtent leurs os de « soie, d'or et d'argent, et les logent avec magni- « ficence; mais ils refusent le vêtement et l'hos- « pitalité aux pauvres membres de Jésus-Christ « qui sont parmi nous, et aux dépens desquels ils « s'engraissent et s'enivrent (I). »

Dans le même traité, après avoir rappelé la glorieuse transfiguration du Sauveur au mont

(1) Hist. et Monum. J. Hux. , de Mj/sl. iniq. Anli-Christi. 1. 10

Thabor, il s'écric, en reprochant aux prélats ï^uv mollesse : «Ils aiment mieux suivre Jésus-Christ « sur le mont Thabor que sur la croix ; c'est à sa- « tisfaire leur vanité que sont destinés tant de cé- « réraonies, tant de fêles et d'exercices corporels « que l'on multiplie tous les jours pour éblouir ie « peuple et Tamuser de la vaine espérance de méu riter la vie éternelle en observant ces traditions, » Il vaudrait bien mieux multiplier la charité, les « œuvres de miséricorde et les autres vertus çhré- « tiennes, administrer les sacrements selon l'Éa vangile, et exercer une discipline sévère. Mais, a de ces choses-là , les scribes et les pharisiens «d'aujourd'hui se mettent peu en peine, parce « qu'il ne leur en reviendrait ni gloire mondaine, « ni profit temporel. » Ne croit-on pas entendre déjà vibrer la grande et retentissante parole de Luther? Ne sont-ce point laces premiers tourbillons, et ce bruissement de la vague, signes précurseurs de l'ouragan qui bientôt balaiera tout sur son passage?

Rien n'annonce pourtant que J. Hus ait eu la conscience de la grande révolution qu'il préparait. Pour comprendre la portée de son œuvre et l'importance du rôle qu'il remplit jusqu'à la fin avec tant de constance et de courage, et son influence

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