CHAPITRE III
à son logis; ils lui signifient qu'ils sont envoyés par le pape et les cardinaux pour l'inviter à venir, comme il l'a souvent désiré, rendre compte devant eux de ses doctrines.
« Je ne suis pas venu, répond Jean Hus, dans « l'intention de plaider ma cause en particulier de- « vant le pape et les cardinaux : je ne l'ai jamais « désiré; mais j'ai voulu paraître dans le concile « général , et là , en présence de tous , répondre « hautement et ouvertement , sur tous les points, « ce que Dieu m'inspirerait pour ma défense. « Je ne refuse cependant pas de me présenter « d'abord devant les cardinaux , et, s'ils en usent « mal avec moi, je me confierai à notre Seigneur « Jésus-Christ, et serai plus heureux de mourir « pour sa gloire que de vivre en niant la vérité « telle que l'enseignent les saintes Écritures. »
Des hommes armés avaient été secrètement introduits dans les maisons voisines. Cependant les envoyés ne montrèrent à Jean Hus aucune disposition hostile, et, comme ils insistaient, il monta à cheval avec Jean de Chlumet les suivit au palais du pape et des cardinaux.
Il parut donc devant eux, et lorsqu'il les eut salués : « Maître Jean Hus, lui dirent-ils, nous avons « appris sur vous beaucoup de choses qui ne peu-
« vent être tolérées si elles sont véritables. On dit « que vous enseignez les erreurs les plus graves, « les plus opposées à la doctrine de la vraie Église, « et que vous les avez déjà répandues dans toute « la Bohême. Nous vous avons mandé par-devers « nous afin de savoir la vérité.
« — Révérends Pères, répondit Jean Hus, sachez « que j'aimerais mieux mourir que d'être sciem- « ment coupable d'une seule erreur , à plus forte « raison d'un grand nombre et des plus graves , « comme vous le dites. Je suis venu de ma pleine « volonté à ce concile, afin de recevoir la cor- « rection qui me sera infligée pour toute erreur « prouvée contre moi.
« — C'est bien parler, » dirent les cardinaux, et ils se retirèrent. Alors parurent des soldats armés; Hus et Jean de Chlum furent laissés sous leur garde.
Cependant un certain théologien de l'ordre des Frères-Mineurs, homme insinuant et rusé, se glissant au milieu des soldats, aborda ainsi Jean Hus : « Maître, lui dit-il, je suis un homme simple et « ignorant et je viens à vous pour m'instruire. J'ai « appris que beaucoup d'opinions étrangères à la « foi catholique vous sont attribuées; elles agitent « et partagent mon esprit , (|ui aime la vérité ;