CHAPITRE V
levée au milieu de l'agitation générale ; mais le parti romain ne retarda^que de quelques jours sa défaite.
Les cardinaux demandèrent imprudemment que les articles omis par Zabarelle fussent remis en délibération dans l'assemblée particulière des nations avant d'être présentés en session générale. Ils ne songeaient qu'à temporiser; ils oubliaient que la temporisation irrite plus qu'elle ne lasse un pouvoir sans contrôle, et que l'exigence croît avec le sentiment de la force. Ils le reconnurent bientôt : on rejeta leur demande, et il fut résolu que, dans la session suivante, les mêmes articles seraient reproduits avec plus de précision et de vigueur.
Tels furent les préludes de la cinquième et mémorable session du concile. Le cardinal des Ursins la présida comme la précédente. Huit cardinaux étaient présents; l'empereur et les princes assistaient à la séance. Après la messe, qui fut célébrée par l'archevêque de Reims, l'évêque de Posnanie lut les articles suivants :
Premier article. — Le concile de Constance, légitimement assemblé au nom du Saint-Esprit, et faisant un concile général qui représente l'Église catholique militante, a reçu immédiatement de Jésus-Christ une puissance à laquelle toute per^
230 LIVRE ri.
sonne, de quelque état et dignité qu'elle soit, même PAPALE , est obligée d'obéir en ce qui regarde la foi , l'extirpation du présent schisme et la réformation générale de l'Église de Dieu, dans son chef et dans ses membres.
Second article. — Tout homme, de quelque condition et dignité qu'il puisse être, fût-ce papale, qui refusera opiniâtrement d'obéir aux décrets que ce concile et tout autre concile général légitimement assemblé a déjà faits ou pourra faire à l'avenir sur les matières ci-dessus indiquées, s'il ne revient à récipiscence, sera sujet à une pénitence proportionnée, et puni comme il le mérite, en recourant, s'il est nécessaire, aux autres voies du droit.
Troisième article. — Le concile défend à Jean XXIII de transférer ailleurs la cour de Rome, ses offices et ses officiers publics, ou de les contraindre, soit directement, soit indirectement, de le suivre sans le consentement du concile ; ordonnant que, s'il l'a déjà entrepris ou s'ill'entreprend à l'avenir, ses censures, ses menaces et ses bulles fulminatoires seront absolument nulles, et que lesdits officiers pourront exercer leurs fonctions à Constance avec une entière liberté tant que le concile durera.
CUAPITRE V. 231
Quatrième ARTICLE. — Toutes les translations de prélats, les révocations, sentences et actes faits ou à faire par ledit pape, au préjudice du concile et de ses membres, depuis le commencement du concile, seront nuls et sont cassés actuellement.
Cinquième article. — Jean XXIII , aussi bien que les prélats et tous les autres membres du concile, ont joui et jouissent encore d'une entière liberté, et le contraire n'est point venu à la connaissance du concile, ce qu'il peut témoigner devant Dieu et devant les hommes.
Tous ces articles furent unanimement adoptés (I) ; puis l'empereur annonça que ses troupes marchaient contre Frédéric d'Autriche; il offrit même, si tel était le désir du concile, d'aller en personne à Lauffenbourg et de ramener le pape malgré l'archiduc. L'assemblée applaudit et rendit grâceàSigismond.
Les actes de la cinquième session du concile de Constance ont divisé le monde catholique en deux parts : l'Église gallicane les a constamment défendus, les considérant, ajuste titre, comme les bases de ses libertés ; l'ÉglisC; proprement appelée ro-
(!) Von dcr Hardi, t. IV, p. 99. Mss. Lcipz., Brunsw., Goth., Wolfenbut.
maine , les a décriés avec une égale opiniâtreté, comme injurieux, attentatoires à l'autorité du successeur de saint Pierre, entachés de vice et de nullité. Les hommes les plus ardents de cette Église tentèrent plus tard d'invalider l'autorité dont ces actes émanaient; ils refusèrent de reconnaître le concile de Constance pour œcuménique, quoiqu'il le fût à meilleur droit que celui de Pise, qu'ils étaient obligés d'admettre comme tel (1). A tous les caractères œcuméniques de celui-ci , le concile de Constance joignait une convocation canonique ; un pape légitimement élu l'avait réuni, et un autre pape également légitime en confirma toutes les décisions. Pour conclure enfin , quoique cette controverse ait enfanté d'innombrables volumes et ne soit point encore épuisée, il faut reconnaître que toute la chrétienté admit les décrets célèbres de la cinquième session à l'époque où ils furent rendus, et que, parmi toutes les décisions des conciles généraux, il en est peu qui ne fussent contestées si celles-ci pouvaient l'être (2).
Le concile, assuré de sa force, poussa ses avan-
(1) Attaquer l'autorité du concile de Pise, c'e'tail invalider Télection de Jean XXIII, successeur d'Alexandre V, clu dans ce concile.
(2)Voy. lanoleK.