X.A MOBOnS
Peut-être trouverait-on sur les dalles quelqu’un de sa connaissance, son bottier, par exemple. Ce spectacle jetterait un peu de gaieté dans l’ànie. Mais non : ces gens-là ne meurent que quand on les a payés! Il a encore longtemps à vivre.
S.B8 CArÉS.
Dans la semaine, on va faire un tour au café. Si l’on n’a pas d’argent, on a toujours un ami en face duquel on s’assied, comme si l’on avait une confidence
LE DIMANCHE
solennelle à lui faire. Quand le garçon demande ; Que faut-il servir à monsieur? Grog? demie? On répond un : Je m’en vais, significatif. Le garçon, qui connaît ce genre de consommation, s’éloigne, et l’on reste deux heures à la table.
Mais c’est aujourd’hui une autre population qui envahit le local, ceux-là même qui ont des figures connues ont une autre tournure et d’autres airs de tête. Les consommateurs sont agités, bruyants. Ils jouent des parties de cartes interminables ou remuent, comme un chapelet de vieilles dents, un jeu de dominos crasseux qu’ils font tourner avec frénésie en attendant le momentfavorablepourpasser leur double.
On sé résigne donc. On pèse dans sa poche ce qui reste après déjeuner sur la pauvre pièce de vingt sous; on compte , on se décide, et l’on demande sa demitasse sans petit verre. On contemple avec tristesse le ventre jaune des carafons, qui ne se déboutonnent, hélas 1 que pour la somme de 20 centimes....
Cependant, autour de vous, des gaillards à la mine rose, en gilet long, en culottes courtes et en guêtres jaunes, s’arrosent le gosier avec une insolente générosité, et prodiguent les consolations à leursglorias. Ce sont des laquais de bonne maison. Ils campent fièrement sur l’oreille leur melon de velours ou leur casquette aux tons luisants, — le casque en cuir bouilli de la domesticité.
Vous cherchez les journaux. Tous sont en main.
Un monsieur à lunettes jelle le Figaro avec un air tîe dédain. Vous l’empoignez. Malheureux! tu l’as lu, relu, avec Vlllustralion, le Monde illustré, le Journal arnusani et tous les petits journaux ennuyeux, datés d’aujourd’hui, nés d’hier.
On se tourne alors mélancoliquement vers le billard. C’est bien autre chose 1 on y joue des parties à quatre; c’est une forêt de queues en délire. On regarde la règle, on fait rouler de petites boules en bois peint sur des tringles sales.
» Guâtre aux chaûnes, » dit un Alsacien.
« Cliè moa qui a les noerrs, » mâche l’Auvergnat.
c Et moi, les rouzes, » dit le Marseillais.
Et tout ce monde-là vous llanque des coups de queue dans la tête, puis vous demande pardon en vous grattant vos bosses. — Et les cous de se tendre, les jambes de se lever; ils suivent la bille des yeux, des reins, du derrière!
« Forcez, la blanche! — Assez, la rouge! — Collez-vous! — Passe 'derrière. — Va toujours ! — Là !... très-bien!... — Elle est masquée. — La grosse queue!»
Pendant que les hommes jouent, les femmes font des canards et cherchent les images.
On se lève. Pour atteindre à son chapeau, il faut marcher sur des queues de chien, des tètes d’enfant, froisser les jupes, renverser les verres, et, par-dessus le marché, s’entendre api'.elcr, à mi voix : “ Mala-
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droit! butor ! grand râpé! » Vous niellez la main au bouton de la porte, une voix sinistre prononce votre nohi. Vous vous retournez. C’est un créancier à vous qui jii end une cruche avec un confrère. Il vous parle par-dessus la table : « Pensez-vous à moi? Il y a bien longtemps que ça dure.... On ne me donne pas le cuir.... » Tout cela dit avec une discrétion hypocrite, de façon à ce que les voisins entendent et écartent leurs chaises en se signant. N’allez pas au café ce jour-là ; on n’y trouve que des domestiques, des esclaves et des créanciers.
Le dimanche, si triste pour l’homme libre, est le jour de fête des vaincus. C’est ce jour-là que les règlements ouvrent aux visiteurs les portes des hôpitaux et des prisons.
Ceux qu’ont jetés à Sainte-Pélagie les hasards de la politique, ceux qui expiçnt dans le grand jardin triste de Clichy leurs folies de jeunesse, tous ces exilés de la vie militante attendent en frémissant les visites amies. Les cœurs battent dans la prison quand le pas du gardien préposé au parloir retentit dans la galerie. « Est-ce pour moi que l’on vient ?» se dit chacun en prêtant l’oreille. Et l’on reprend triste et découragé sa promenade solitaire, si c’est un autre nom qu’a prononcé la- voix indilïérenle de l’homme à casquette étoilée d’argent.
Dans les hôpitaux, de pauvres garçons aux joues creuses, aux yeux éteints, viennent tendre à travers
le guichet leurs mains que fait trembler la fièvre. Triste spectacle 1
De ce côté la santé et la vie, mais l’inquiétude et la douleur.
De l’autre côté de la grille, dans l’antichambre de la mort, des casaques grises, et des bonnets de coton blanc qui ne font plus rire, je vous jure, et qui retombent en plis tristes sur des têtes pAlies.
Mais dans le monde où nous vivons, on ne va guère à l’hôpital que pour boire du vin ou pour mourir. Les vieux de la vieille et les vieux de la jeune le savent bien. L'amitié d’un biterne vous ouvre pour quinze jours un réfectoire. Ce sont des relais de santé, où s’arrêtent chacun à leur tour les ambitieux qui courent la poste sur le chemin de la gloire. Pendant quinze jours, on déjeune et l’on dîne, on boit du sang de roalsbeaf et de raisin, et l’on quitte le râtelier un peu plus gras, un peu plus fpu, pour enfourcher de nouveau son dada et dévorer la roule.
Pourquoi aller voir ceux-là? pourquoi aller voir les autres, ceux qui ne sont venus que pour mourir? Pendant dix ans, ils ont gardé suspendu un point d’interrogation dans leur estomac creux. Mangerai-je aujourd’hui? mangerai-je demain? Ils ont cru que la faim ne mordrait pas sur leur santé parce que la fièvre les soutenait, colorait leurs joues pâles, allumait leurs yeux noirs; ils ont ri au nez de la misère, et elle s’est vengée. Ils ne pourraient môme plus se
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traîner jusqu’au parloir, et pour causer avec eux du temps passé, pour écouter leurs suprêmes paroles, le jour est mal choisi. Il faut au mourant qui murmure la sainte majesté du silence. Et dans ces salles si tranquilles va tout à l’heure entrer avec fracas une foule banale. Sur le parquet jaune vont se traîner, en le rayant, les souliers ferrés de l’ouvrier et les sabots du paysan; triste refrain pour un De Profundis.
Il ne fait pas bon mourir le dimanche.
Les églises elles-mêmes n’ont plus l’aspect solennel du temple, où venaient s’agenouiller dans l’ombre les Madeleines. Il y a bien des coquettes et bien des indifférentes; seule la Charité veille aux portes. Les dames quêteuses tendent de leur main blanche la bourse à glands d’acier; je laisse tomber un sou dans l’auinônière. Le suisse, qui joue avec le fer de sa lance, me jette un regard de mépris.
En sortant de la messe, quelques femmes vêtues de noir se réunissent et prennent le chemin du cimetière; elles vont pleurer sur des tombes, attacher à la grille du caveau ou à un hras delà croix noire une couronne d’immortelles. Seuls les morts dans la fosse commune dorment sans fleurs et sans prières.
2 Jieures.
Les maisons sont ahandonnées, les magasins fermés, les portes closes. Tout Paris est dehors, et pour
tant la plupart des rues sont vides. Ceux qui passent vont lentement et sans Lruit, comme des gens qui suivent un enterrement. On dirait qu’un fléau a passé par là : la guerre ou le choléra.
Plus de camions roulant avec fracas sur le pavé, plus de charrettes se heurtant au coin des rues! Elles donnent, dans les chantiers, sous les hangars et dans les cours, les reins à terre, les bras en l’air, et, habitué que l’on est au gémissement des essieux, aux hennissements dest:hevaux, aux jurons des charretiers, on regarde avec tristesse rouler les petites voitures de place et les longs omnibus conduits par des cochers muets.
Le gamin de Paris, celle sauterelle'de la nie, n’est pas là qui gambade entre les pieds des bêles et les jambes des hommes, jetant au vent son coup de sifflet ou sa chanson. Le cri nasillard du marchand d’habits, la fanfare du fontainier, l’appel plaintif du Savoyard : morts, tous ces bruits, tous ces refrains ! La vie a disparu; les vivants môme ont l’air de n’avo'r point d’àme.
Dans la semaine, on va, on vient, on se rencontre, on se bouscule, flâneur ou employé, riche ou pauvre, député, artiste, ouvrier, les paresseux et les vaillants, tous s’agitent, sortent d’ici, courent là-bas, cherchent ceci, cela, du pain, de la gloire, une femme, une rime, un million. Ils vont au bureau, au cours, au journal ou à l’atelier, chez le notaire, chez l’usurier.
LE DIMANCHE
Aujourd’hui, ils se promènent! mot hôtel Tout Paris est sur les boulevards, rue de Rivoli, dans les jardins publics, aux Tuileries, aux CIiamps-Élysées. Le long des trottoirs et des allées, on voit descendre à petits pas une loule tranquille, émaillée de redingotes vertes et d’habits noirs, de bonnets en tulle et de capotes à plume; de temps en temps, passe un polytechnicien le manteau sur l’épaule, ou un élève de Saint-Cyr les mains dans son pantalon rouge, et ici, comme au café, comme 'partout, lé môme abonde; quelques-uns sont habillés en zouaves avec des culottes fendues par derrière.
Combien triste et banal ce voyage à travers cette foule épaisse, où se pressent, se mêlent et se heurtent les acteurs en vacance de la grande comédie humaine! Pas une figure ne se détache en traits heureux surle fond tei ne du tableau. Hier samedi, avanthier, tous les autres jours enfin, les visages reflétaient les ûines, la lèvre était plissée,le pas rapide, le geste vif, le front inquiet, fœil ardent. Aujourd’hui, le masque est tombé ; on ne voit que des tètes banales sur des éjiaulcs bien couvertes; sourires fades, airs béats. A demain, les afl’aircs sérieuses, les physionomies éclairées au feu des passions sottes ou gr ndes, la cupidité, ramhilion, l’amour....
Dirai-je les fiacres pleins, les omnibus complets, les bureaux de tabac encombrés? Les chevaux sont
Digilizecl b'
sur les dents, les conducteurs n’entendent pas, il pleut des cigares d’un sou !
Sur les places, les saltimbanques tordent les reins à leurs enfants; devant l’obÉlisquc, des opticiens râpés enseignent des astronomies révolutionnaires et montrent la lune aux passants.
A travers celte foule, tortillent comme des serpents bruns des bandes de collégiens abrutis, conduits par un pion à barbe ro^uge, et précédés d’un domestique cagneux en habit de préfet à collet groseille. Doux ou trois petits mulâtres font tache dans la bande. Pauvres enfants 1 pauvre homme ! plus à plaindre encore que moi!
Ils sont prisonniers, je suis libre!
Libre?
Non, lu ne l’es pas, rôdeur au paletot chauve, au chapeau rougeâtre! Tu pas.scs triste, honteux, au milieu de ces promeneurs en toilette neuve ; tu as peur de rencontrer l’ami riche, le protecteur puissant; tu n’oses regarder en face les belles créatures qui (lânent par là, dans leur cuirasse de soie eide velours ! Tout le monde a l’air heureux ici, les braves gens et les filous, les élégants et les grotesques, les artistes et les notaires, les gandins aux fines moustaches et les souteneurs aux gros favoris, les impures célèbres et les ouvrières modestes, les pères de famille et les mères de louage; dans la poche du plus mince employé, du plus pauvre artisan, on entend tinter les pièces blan-
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LE DIMANCHE
elles qu’ils feront sauter sous la forme d’un lapin à la barrière ou d’une grisette au Casino; dans ta poche, à toi, qu’y a-t-il? Un manuscrit fripé des bords, avec • un titre.... qu'on n’escompte pas à la Banque....
Tous les plaisirs te sont défendus. Tu n’entreras môme pas au Café-concert, où des fruiis secs du Conservatoire et de la rue Bréda écorchent Auber et Rossini : le patron se charge des consommateurs. Ne t’arrête pas bien longtemps ; le gérant viendra te dire que tu presses trop sur la chaîne.
Il te reste Guignol, Polichinelle, les macarons, la balançoire; tu peux encore, en te ruinant, monter sur rArc-de-Triomphe, entrer dans la colonne Vendôme, te faire peser — pour voir de combien de livres on maigrit chaque année, dans les lettres.
l’amour!
L’amour nous reste I
Miiis le jeune homme pauvre a pour maîtresses les maîtresses de tout le monde ou la femme d’un autre.
Celles de tout le monde, elles vont où fleurit la demi-tasse, le dîner à trente-deux sous , le cheval de bois et le quadrille échevelé; elles vont aux poches enceintes.
La femme d’un autre, X épouse adultère, c\\& est prise aujourd’hui : il est là. A Roger la semaine, au mari le dimanche.... C’est lui qui délace le corset de Fanny, ou bien, ce sont les enfants qu’on a amenés de l’école, pauvres petits êtres dont on est jaloux, et qui font à leur mère un rempart de leur innocence.... C’est encore la famille des grands parents, qui vous regarde comme un ennemi; il vous vient presque des remords.
La foule remonte, les jardins publics se vident, les rues se repeuplent, les restaurants commencent à se remplir. Le patron étire les serviettes, essuie tes carafes, presse le chef, gourmande X officier, — cet enfant de troupe de la cuisine.
Cependant, trois familles sont déjà installées. Une julienne ouvre la marche de Balthasar, deux purées croûtons lui succèdent, le rognon saute, le bourgeois frémit, l’orgie commence.
On voit à travers les carreaux l’homme et la femme qui feuillettent la carte, en s’interrogeant d’un air tragique. «A quoi avons-nous droit? » Tel est le premier cri qui s’échappe des deux bouches (1 potage, 3 plats au chôix, 1 dessert pouvant se remplacer. par un petit verre de vespetro (quel nom I), une demi-bouteille de Mâcon (!!) pouvant se remplacer par une bouteille
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et même deux, si l’on veut y mettre l’argent). Ils se consultent.... On les entend demander du faisan l II y a donc des gens, au dix-neuvième siècle, après soixante ans de révolution, après les cas d’asphyxie signalés de toutes parts, qui viennent demander du faisan dans les restaurants à 32 sous?
VEB SOZ.1TA1BS.
Si aveugles que soient les potages, si faisandé que paraisse le faisan, la vue des plats qui passcjit met le ventre de belle humeur, les grosses dents se rejoignent, l’estomac tressaille, Le ver solitaire se démène. Tout homme de lettres porte en lui de douze à quinze mètres de ver solitaire. Il ne rend le dernier centimètre que le jour où il est arrivé. Les bonnes femmes nourrissent le leur avec du lait, nous juons le nôtre avec de l’encre.
On songe donc à faire comme tout le monde, à dîner! On se dirige machinalement du côté de l’hôtel, | vers la pension. i
Point de lumière; le silence! Un frisson vous court dans le ventre.... C’est le lasciale ogni spcranza du Dante.,., c’est le règlement de la table d’hôte.
On ne dîne pas le dimanche!
d’on jeune homme pauvre. 223
. Reste l’ami calicot ou pion qut vous a donnd rendez-vous sous rOdéon à sept heures pour passer la soirée ensemble en prenant quelque chose. — Les esclaves ont toujours de l’argent dans leurs bottes. — Il vous offrira, au lieu de gloria, le petit pain et la saucisse, l’implacable saucisselOn ne connaît pas assez à notre épotfue, l’influence du cochon en littéra- Inre. Je connais des hommes de lettres maintenant en route pour l’Académie, qui ont mangé un kilomètre de boudins pendant les années difficiles du noviciat.
Quelques-uns qui , ne pouvant tenir à la peine, sont descendus des hauteurs du Parnasse et du quartier Latin pour entrer comme employés dans un bureau, une étude ou un magasin, se prennent parfois à regretter ce temps d’émotions salées. Ils ont la nostalgie de la saucisse.
Il en est* d’autres, au contraire, dont ce régime a perverti les idées, les sentiments, l’estomac. La charcuterie me fait peur, me disait une ancienne victime du boudin littéraire, j’aimerais mieux les garder qu’en manger encore I
On se promène donc de long en long. Les trois boutiques de libraires sont fermées. Seuls, deux élèves de l’École normale et un homme en chapeau pointu lisent les feuilles du soir chez le père Brasseur, le marchand de journaux. Les pas résonnent sur les
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dalles comme danff les corridors d’un château où ily a encore des revenants. Ici, les revenants se tiennent au bout des galeries, enti^e des barrières. Des sergents de ville sont là qui les empêchent d’agiter leurs chaînes. Ces ombres attendent que sept heures et demie sonnent à l’horloge du monastèré pour aller se perdre dans les Catacombes. Il’ y aura ce soir tragédie : on donne Britannicus.
Vous, pourtant; vous attendez, l’estomac dans les jambes, la tête en feul Mais la saucisse ne vient pas : les boyaux grognent, le cœur se serre 1 le cœur, le vrai malade. Dans ce duel avec la faim, ce n’est pas l’estomac qui souffre, c’est l’âme. Mille maux pour un sont plus douloureux; une migraine, un lombago, une coupure au doigt. Mais il y a dans le spectacle de son impuissance je ne sais quoi de cruel et de sombre qui pousse à la révolte, le pouls bat moins fort que le cœur. •
Voilà ce que c’est qu’avoir faim dans le pays des orgueilleux!
Alors on s’en va rôdant à travers les rues, et, par une ironie féroce du hasard, on passe devant les cuisines sérieuses des Foyots, des Janodets.... On est pris à la gorge par le parfum des sauces, on s’ar-
rôfe, i’œil hagard, devant les bassins factices où se crispe dans le jet'd’eau l’écrcvisse, ce cardinal du .ruisseau.
Dans l’intérieur, les cuisiniers vêtus de blanc, comme les sacrificateurs des temps antiques, taquinent le brasier, font voler les couvercles, passent au fil de la broche les perdrix rondelettes, au ventre azuré par les truffes, et les gigots à la Rubens qui pleurent à chaudes larmes dans la lèchefrite.... l’oignon siffle, le beurre chante....
Dehors, il fait froid, il fait faim.
Et ces canailles de marmitons qui trempent leur doigt dans la sauce , et se le sucent jusqu’à l’épaule 1
Z.B B.1SPAS DV ThlZXBTIMj
Il y a bien par là-bàs, bien loin, dans la rue des Jeûneurs, une famille du pays qui soupe à huit heures, chez laquelle votre couvert est mis les dimanches et jours fériés, mais la mère est hydropique, la fille à peu près hydrocéphale, le père presque hydrophobe. Il mordrait volontiers aux jambes quiconque parle peinture, théâtre ou roman. On n’y va pas sans muselière.
LE DIMANCHE
9 hnures.
OÙ tuer le temps? quels refuges nous restent?
LA BRASSEBIE.
Elle est pleine de monde et elle est vide, on y trouve deux cents consommateurs, et l’on n’y rencontre personne. Les uns courent le gilledou, d’autres mangent le gigot à l’ail au sein de la famille, quelques-uns dînent chez un camarade frais marié, qui a dit adieu à la vie d’aventures, et met le pot au feu tous les dimanches. Que Dieu fasse bouillir la marmite!
LE RBTO0H.
Ou revient machinalement vers son quartier. Les rues paraissaient tristes à midi. Qu’est-ce donc à cette heure?
Tout est clos : c’est la nuit, c’est la mort.
Ces magasins, où hier se heurtaient des légions d’employés, où le luxe étalait ses merveilles dans des i Ilots de lumière, ils sont vides, rangés comme des cercueils le long de la voie Appienne. On a éteint le gaz, fermé la porte, soxtfjlè lu chandelle. Et les passants |
vont tâtant les muraille?, dérangeant les ivrognes, ' elïîirouchant les couples qui s’embrassent sous les portes cochères....
Quelques maisons sont encore ouvertes,