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LE SEPTIÈME JOUR D'UN CONDAMNÉ

8 h. du matin.

Il fait grand jour; hier, Ton s'est couché tard. Les hommes de lettres font le samedi, comme les cordonniers le lundi,

Dans votre escalier, on court, on se heurte, on crie, on chante. C'est une suite de bonjours, d'embrassades et de gros rires. Dehors, c'est la chanson monotone et lourde qu'entonnent les cloches sur les églises.

Par la fenêtre arrive un jour pâle et mélancolique; le soleil est froid, son regard est triste, et le cœur se serre sans qu'on sache pourquoi.... On découvre une lacune dans son roman, une invraisemblance dans

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sa pièce, des trous à son pantalon ; on n'a de courage à rien, on se sent pauvre, bête et lâche.

Les heures seront longues et tristes aujourd'hui.

C'est dimanche !

Tenez I voici son parrain qui monte ; le M. Dimanche de Molière, revu et considérablement corrigé par la société nouvelle. On ne le roule plus aujourd'hui; il n'est plus votre dupe, vous êtes sa victime; il vous faut tôt ou tard passer sous les fourches caudines de ce Samnite.

Cependant le créancier du septième jour n'est pas le même que le créancier de semaine. C*est souvent un compatriote qui, parce qu'il est de votre endroit, vous a fait à crédit un habit et un pantalon noir, costume de cérémonie que vous avez traîné dans toutes les brasseries et abreuvé de bière du Nord. Il vient donc, le dimanche^ comme un ami après son travail, vous parler de ses petites affaires, de ses petits enfants, et vous montrer Isl petite note! Il vous prend par la pitié, pleure dans vos draps, vous offre vos effets, les brosse, et il ne faut pas moins pour le chasser que l'arrivée d'une visiteuse, que vous faites passer pour une marquise, votre maîtresse, en le faisant passer, lui... par une autre porte.

Il part, vous ouvrez; c'est \di blanchisseuse/ Cette femme — du monde qui savonne — vous apporte le linge hebdomadaire avec un papillon blanc taché de noir piqué au ventre d'une chemise. Vous connaissez l'insecte; il y en a une collection dans votre tiroir marquée en chiffres connus. Celui-ci est gros:

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trois francs cinquante centimes. Vous avez vingt sous dans la poche de votre gilet : comment éloigner rennemi? En lui donnant à laver d'autre linge ou un ouvrage de vos amis — marqué trois francs, prix fort.

Et vous restez seul avec votre chemise! trop heureux encore! tant d'autres n'en ont pas! tel poète que je connais, par exemple, qui, quand il veut changer de linge, prend du papier et une plume, écrit sur le revers Longueville^ et se passe cette guirlande au cou!

N'importe, vous êtes triste; tout cela n'est pas gai. A ce métier, l'esprit se gâte, le cœur se fane. Et alors qu'il faudrait, pour vous distraire des douloureuses rêveries, une chanson joyeuse à vos oreilles, l'éclat du rire entre des lèvres roses, sous votre fenêtre, dans la cour, une voix de femme pleure sur un ton nasillard quelque romance de Paul Henrion. On ne l'entend que ce jour-là. C'est Je crapaud qui vient pousser sa plainte hebdomadaire, lâcher aussi sa petite note. C'est le la du dimanche.

On passe son paletot, on ouvre ses croisées. Aux fenêtres voisines, des hommes velus s'écorchent le poitrail avec des serviettes de toile jaune.

Car voici le grand jour de la lessive humaine.

Ce sont les artisans honnêtes qui essuient la poussière du travail, comme les soldats la poudre après la bataille.

On descend.

La rue a aujourd'hui une nouvelle physionomie. On ne se croirait plus dans son quartier, pas même dans son pays.

Au lieu des jeunes femmes en petit bonnet qui passent tous les matins, leur panier à ouvrage au bras, on n'aperçoit que demoiselles en chapeaux qui vont comme le diable. Tout le monde, du reste, marche vite à cette heure-là : les vieux, les jeunes, les hommes, les femmes et les Auvergnats. On court chez un ami, chez le coiffeur, chez la modiste, chez grand'papa, chez grand*maman... On dirait des morceaux d'un serpent coupé qui se cherchent.

Les morceaux mâles ont ce jour-là des couvre-chef achetés au : Halte-là! ne passez pas sans lire! Au bout de tous les bras s'étendent, comme des taches, des gants de laine ou de chevreau mort-né, au bout des gants desmorceauxde bois qu'onappelle des cannes.

Le dimanche est le Mardi-Gras des cannes et des gants.

Des hommes qui paraissent avoir les reins cassés et qui jettent leurs jambes de droite et de gauche, comme s'ils n'en voulaient plus, promènent dans les rues des paquets enveloppés de serge noire, et cognent tous les passants. Ces déhanchés sont des tailleurs qui vont chez la pratique. C'est le dimanche qu'on étrenne les redingotes à ressource et les culottes à fond de bois.

Cependant, chez les charcutiers, des mères de famille en déshabillé et des enfants morveux vont soulever le couvercle en fer-blanc de la boite aux

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saucisses, et piquent la fourchette dans les boyaux qu'on vend sous des noms divers à une population abrutie — ouhienon eommvindexine assiette assortie^ — delà cochonaille en alinéas. Le petit salé triompha.

Sous les quais, on voit descendre des hommes à la mine grave, à l'œil rêveur, qui regardent avec mélancolie des vers se tordre dans du son. Ge sont les victimes de la pêche à la ligne, des Français qui, détournés par leurs occupations ordinaires de leur fatale passion, viennent, le jour du repos, s'y livrer avec fureur, et oublier sur le bord de l'eau, souschef, femme, enfants et patrie!

Là-haut, au milieu du chemin, deux rosses poitrinaires, traînent un fiacrç taché de boue, dans lequel un Pierrot éreinté dort d'un sommeil pénible, sur l'épaule d'une catin levée la nuit au bal.

On se trouve seul au milieu de cette foule armée de cannes, de gants, de paquets et de lignes à ablettes; et l'on cherche dans son esprit quel camarade l'on pourrait bien aller voir pour égorger l'ennui. Les camarades, les amis, où sont-ils, ce jour-là? L'employé n'est pas à son bureau, un autre est chez son père, cet autre chez sa maîtresse ; celui-ci déjeune aux Batignolles, celui-là cherche à déjeuner.

On va prendre ses quati^e de riz ou ses cinq de chocolat à la crémerie habituelle. Ce ne sont plus les mêmes gens, les mêmes petites ouvrières honnêtes et.... autres, qui vous souriaient comme à un camarade de misère ; les voisins de table à qui l'on rete* naitle Siècle.,.^ la bonne est triste, le lait tourne.

Que faire? de la fausse monnaie? Pas d'outils. De Targent? Où, chezquî, comment? Il n'y a pas 7 fr. 50 à emprunter dans Paris maintenant! Une culotte vous reste, un paletot gris, un gilet vert. Le mont-depiété est là!

Insensé, ignorant! Le mont-de-piété est encore ouvert, mais ouvert aux heureux! On dégage jusqu'à midi : mais

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