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110 LES HOBTS.
comment on payait son talent. Ce qu'il souffrait eu écrivant, il faut, pour le comprendre, avoir assisté à Tenfantement de quelques-uns de ces articles, où sa pensée planait sur les hommes et les choses de notre temps. On l'a dit méchant, cruel, amer. Méchant, il ne rétait point; cruel, il ne voulait pas Têtre ; amer, c^est vrai. Et voilà où la tristesse me revient! Sans le savoir, sans qu'il fût complice, malgré lui, il était atteint, envahi. La misère le faisait chagrin et son génie s'en ressentait. Le poison montait du cœur à la tète et gâtait J'encre comme le sang I
Quelques minutes avant sa mort, on lui apporta sur son lit une grappe de raisin toute fraîche et toute dorée. £lle avait dû coûter bien cher ; on était, je crois, au mois de juin. Celui qui la lui adressait était un vieil ami qu'il connut aux jours de détresse ! Peut-être il ne dîna pas de deux jours, le pauvre homme, pour envoyer cette grappe cueillie avant la saison à son camarade qui mourait avant l'heure.
Il n'est pas le seul. Â côté de, lui, qui eut la réputation, presque la gloire — qui eut au moins des ennemis — combien d'autres, demi-célèbres même, sjiit partis avant l'heure, étranglés par le monstre I
Voilà pourtant où ils en arrivent ! L'hospice Dubois au plus! C'est là qu'ils meurent, après avoir éclairé,
distrait ou attendri une génération. Encore une fois, je ne fais retomber sur personne la responsabilité de leur malheur ; mais la défiance plane sur nos têtes. Messieurs, il y a entre nous un malentendu ! Dans tout homme qui tient une plume, une palette, un ciseau, un crayon, n'importe, le bourgeois voit un inutile ; dans chaque bourgeois, Thomme de lettres un ennemi. Préjugé triste, opinion bête, antagonisme malheureux! Notre cause est la même, la cause vaillante des parvenus! Je trouve le jour et le lieu bien choisis pour sceller Falliance entre la jeune littérature et la vieille bourgeoisie. Vous avez là vos morts, nous avons les nôtres. Mêlons nos immortelles sur leurs tombes.
Allons à toutes, même à celles de nos ennemis l Saluons-les to.us, ceux qui sont tombés martyrs de ridée, victimes de leur cœur, soldats d'un drapeau, les fils de Bretons qui se firent écraser à Castelfidardo et les aventuriers courageux qui se ruaient sur les royaux à Calatafimi. J'admire et j'aime tout ce qui est grand dans le monde, j'ai des regrets pour tous ceux qui ont écrit leur nom avec leur sang, qui sont tombés dans la mêlée en défendant ce qu'ils croyaient être la justice, ce qu'ils appelaient le devoir: de Lourmel, de Flotte ou Pimodan !
Je m'arrête : tout triste après avoir remué ces cendres, tout inquiet quand je songe que je serai lu par des mourants. Mais une parole de plus ne les effrayera pas : ils ne seront pas plus pâles !
Nous y viendrons tous au cimetière. Faisons le
chemin avec courage ! Ne poussons pas de plaintes, dévorons nos larmes. Beaumanoir, bois ton sang !
£t maintenant, si j*ai laissé échapper des paroles trop vives, qui aient la couleur du reproche ou l'accent de Tamertume, c'est de mon cœur que le cri est sorti. Il s'est gonflé au souvenir des douleurs que j'ai connues, des agonies dont je fus le témoin. Je n'ai voulu que déposer une couronne au seuil de la fosse commune. Je ne viens point secouer un drapeau, mais demander à votre justice, tête nue, un mot d'adien aux morts, un salut aux blessés*
UN
RÊFRACTAIRE ILLUSTRE
UN