‹ Les regicides etude historiqueChapitre 9 sur 22 · IG · texte numérisé non relu

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Charles I", fils de Jacques I", monta sur le trône d’Angleterre en 1625.

Il avait 25 ans.

11 tenta contre l’Espagne et contre la France des expéditions qui échouèrent.

De plus, l’infortuné monarque trouva des résistances passionnées dans les Chambres. Il fut contraint de renvoyer successivement quatre Parlements qui lui refusaient des subsides, ou qui lui adressaient des remontrances et des réclamations, entre autres, la pétition des Droits (1628).

II irrita encore les mécontents en voulant imposer dans ses États une nouvelle liturgie établie par l'archevêque Laud.

Les presbytériens se soulevèrent à cette occasion, et rédigèrent le célèbre Covenant (1638), acte par lequel ils s’engageaient à défendre leur religion jusqu’à la mort, renouvelant par là l’ancienne alliance de 1383.

Le roi, impuissant à les réduire, convoqua un nouveau Parlement, en 1640.

Mais cette assemblée, qui prit le nom de Long- Parlement, au lieu de prêter son secours au roi, se plaça au-dessus de lui, et leva une armée, à la tête de laquelle elle plaça Essex et Cromwell.

Les troupes royales furent battues en plusieurs rencontres, notamment à Naseby (1643).

Les presbytériens avaient, dès 4643, formé avec le Parlement une alliance qui devait précipiter la chute du roi.

Tout est bassesse dans le camp révolutionnaire. On ne se contente pas d’être infâme, on est vil ; on tue lâchement, on est ingrat ; comme Brutus, on trahit, et on verse le sang des siens, comme Philippe d’Orléans.

Charles I"', qui s’était réfugié en Écosse, fut livré aux révoltés par les Écossais ( 1 617 ). - Ce furent là ses premiers régicides !....

« Il restait à ces furieux, a dit Hume, historien anglais, pour s’élever au comble de l’extravagance fanatique et de toute iniquité, d’entreprendre le procès et l’exécution publique de leur souverain. Toutes les mesures des indépendants les avaient précipités vers ce terme. »

Et, comme il l’ajoute, les prétentions à la sainteté entre ces régicides, augmentaient en proportion de l’énormité des violences et des usurpations.

— « Si quelqu’un, dit Cromwell en pleine Chambre, avait proposé volontairement de punir le roi, je l’aurais regardé comme le plus grand des traîtres ; mais puisque la Providence et la

nécessité nous imposent ee fardeau, je prierai le ciel de répandre sa bénédiction sur vos conseils, quoique je ne sois pas préparé à vous donner mon avis sur cette importante opération. »

Robespierre et ses complices parlèrent de même en 1793 !...

— « Vous confesserai-je, ajouta Cromwell , que moi-même, lorsque je présentai dernièrement des pétitions pour la restauration de Sa Majesté, j’ai senti ma langue se coller à mon palais, et j'ai pris ce mouvement surnaturel pour une réponse que le ciel, qui rejetait le roi, faisait à ma supplication? »

Enfin, Cromwell dépêcha près du conseil de guerre une intrigante du comté d’Hertford, qui prétendait avoir des visions prophétiques, et communiqua aux officiers une prétendue révélation tpii les assurait que Dieu consacrait leurs résolutions et les ratifiait.

Ce fut Harrison, fils d’un boucher, actuellement colonel, et l’un des plus farouches répu-

blicains, qui fut chargé, avec un fort détachement de troupes, d’amener le roi prisonnier à Londres.

Charles s’attendait à être immolé, mais il croyait à un simple assassinat, non à un assassinat juridique.

Comme ses geôliers affectaient avec lui beaucoup de dureté et une ignoble familiarité :

• — « Rien déplus abject qu’un roi méprisé ! » dit-il.

Ce fut là la seule plainte de cette âme généreuse et déchirée.

Cependant la Ilaute-Cour de justice était constituée pour le régicide.

Elle se composait de cent trois personnes, nommées par la Chambre des communes ; mais jamais plus de soixante-dix n’assistèrent aux séances, car, malgré l’aveuglement des passions et les amorces de l’intérêt, les gens de quelque renom refusèrent d’entrer dans cette criminelle entreprise.

Ceux qui siégèrent comme juges en .cette oc -

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rasion, à Westminster-Hall, furent Cromwell, Harrison, Ireton cl les principaux officiers de l’année, dont la plupart étaient d’une naissance très-obscure, ainsi que quelques membres de la Chambre-Basse et quelques bourgeois de Londres, connus pour leur exaltation antimonarchique.

Les douze grands-juges avaient été désignés pour en faire partie, mais leurs noms furent rayés de la liste, sur leur représentation qu’i7 était contraire à toutes les idées de la Constitution anglaise de faire le procès au roi pour crime de trahison, lui par l’autorité duquel toutes les accusations de cette nature doivent être nécessairement conduites.

Bradshaw reçut le titre de président, Coke celui de solliciteur pour le peuple anglais.

A l'appel nominal, lorsque le nom de Fairfax, qu’on avait mis sur la liste, fut prononcé :

— « Il a trop d’esprit pour être ici ! » s’écria une voix partie du milieu des spectateurs.

Et lorsqu’on lut l’acte d’accusation contre le roi , au nom du peuple d’Angleterre, la même voix s’écria courageusement :

— « Par une dixième partie du peuple ! »

Cette voix appartenait à lady Fairfax.

Axtel, officier de garde, ordonna de faire feu sur la loge d’où était partie cette protestation.

Le solliciteur exposa que Charles Stuart ayant été admis au trône, et la. nation lui ayant confié un pouvoir illimité, il en avait abusé pour gouverner avec tyrannie, pour faire traîtreusement et malignement la guerre au Parlement et au peuple que ce Parlement représentait, et que, pour cette raison, il était accusé en qualité de tyran, de meurtrier, (Y ennemi public- et implacable de la nation.

Cela exposé, le président s’adressant au roi, lui dit que la Cour attendait sa réponse.

Charles P r , quoique affaibli par une longue détention, répondit avec la majesté courageuse qui convient à un monarque.

11 déclara avec dignité que, ne reconnaissant point l’autorité de la Cour, il ne pouvait se soumettre à sa juridiction ;

Qu’ayant traité avec les deux Chambres du Parlement et terminé presque tous les articles, il s’était attendu à rentrer dans sa capitale d’une autre manière, et même à se voir déjà rétabli dans sa dignité*, son pouvoir, son revenu, comme dans sa liberté personnelle ;

Qu’il ne voyait dans l’assemblée aucune apparence de Chambre-Haute, partie si essentielle de la Constitution ;

Qu’il était informé que les Communes même, dont on employait l’autorité, avaient été subjuguées par une force illégitime, et privées de leur liberté ;

Que, pour lui, il était leur roi héréditaire par droit de sa naissance, et que toute l’autorité de l’État, libre même et réunie, n'avait pas le droit de lui faire son procès, à lui qui n'était redevable de sa dignité qu'à la suprême majesté du ciel ;

Qu’en admettant ces extravagants principes, qui égalisaient tous les ordres, la Cour ne pouvait s’attribuer aucun pouvoir délégué du peuple, à moins qu’elle n’eût commencé par demander

et par obtenir le consentement de chaque particulier, jusqu’au plus pauvre paysan ;

Qu’il reconnaissait, sans difficulté, qu’il y avait un dépôt confié à ses soins, un dépôt sacré, inviolable ; c’étaient les libertés de son peuple, et qu’il se garderait bien de les trahir, en reconnaissant un pouvoir fondé sur la violence et l’usurpation la plus atroce;

Qu’ayant pris les armes, et souvent exposé sa vie pour la défense de la liberté publique, de la Constitution et des lois fondamentales du royaume, il était prêt, dans cette dernière et solennelle scène, à sceller de son sang ces précieux droits pour lesquels, quoique en vain, il avait disputé si longtemps;

Que ceux qui s’arrogeaient la qualité de ses juges étaient nés ses sujets, et nés sujets de ces lois qui avaient déterminé (pie le roi ne pouvait mal faire;

Mais qu’il n’avait pas besoin pour refuge de cette maxime générale, qui met à couvert un monarque anglais, sans excepter le moins digne, et qu’il était en état de justifier, par de puissantes raisons, les mesures dans lesquelles il s’était engagé ;

Que, lorsqu’il y serait invité dans une autre

forme, il s’empresserait de prouver à tout l’univers, et même à eux, ses prétendus juges, l’intégrité de sa conduite et la justice de ses armes défensives, auxquelles malheureusement, et malgré lui, sa situation l’avait obligé de recourir;

Mais que, pour garder l’uniformité dans sa conduite, il devait renoncer maintenant à l’apologie de son innocence, de peur qu’en ratifiant une autorité qui n était pas mieux fondée que celle des voleurs et des pirates, il ne s’attirât le juste reproche d’avoir trahi la Constitution, au lieu d’être applaudi comme en ayant été le martyr.

A ce ferme et beau langage, si majestueux et si calme, les régicides n’eurent que des outrages à répondre.

Le président, pour faire valoir la majesté du peuple et maintenir la supériorité de la Cour sur le prisonnier, lui répéta en termes grossiers qu’il devait reconnaître l’autorité de ses juges ;

Que ceux-ci étaient supérieurs à toutes ses objections ;

Qu’ils étaient délégués par le peuple, unique source de toute autorilé légitime, et que les rois mêmes n’étaient que les commissaires de celte nombreuse communauté qui avait revêtu la Cour de sa juridiction.

Comme président, Bradshaw se montra barbare en s’adressant à un homme malheureux ; comme sujet, et sujet d’un ordre très-peu relevé, sa conduite fut d’une audace et d’une insolence insignes.

Trois fois Charles parut devant ce tribunal, et trois fois ce fut pour repousser sa juridiction.

La quatrième fois, il fut condamné à mort, après qu’on eut, pour la forme, entendu quelques témoins déclarant que le roi s’était montré les armes à la main contre les troupes du Parlement.

Le roi entendit cette sentence de régicides avec ce calme impassible qui ne l’avait pas abandonné dans le cours de ees débats. Aux insultes.

il opposa le mépris ; aux injustices, aux violences, la résignation.

Comme une soldatesque avinée lui prodiguait les plus vils outrages et lui crachait à la face :

— « Pauvres malheureux ! » dit avec calme ce roi si brave sur les champs de bataille, « un » peu d’aryent leur en ferait dire et faire autant » contre leurs chefs! »

Il connaissait bien ces cœurs lâches !

Grâce au ciel et pour l’honneur de l’Angleterre, tout le monde n’affectait pas cette brutale insolence.

Il était encore, sur cette île ravagée par la tempête des passions politiques, des âmes nobles et, généreuses, des esprits justes, des cœurs droits. Et bien qu’ils fussent haletants et courbés sous la verge impure de l’autorité des hommes du mal, il y eut des citoyens qui pleurèrent sur ce roi martyr, qui prièrent pour lui Celui qui donne les couronnes et qui les brise. Mais ils ne firent

que des vœux stériles pour sa délivrance au lieu d’y travailler.

Il fallait agir ; ils gémirent. C’est peu.

Ils se repentaient d’avoir méconnu leur souverain et de l’avoir abandonné aux fureurs de ses ennemis; mais que ne tentaient-ils de l’arracher de leurs mains criminelles?

Un soldat s’agenouilla sur son passage, demandant sa bénédiction à cette majesté opprimée et déchue.

Un officier ayant alors frappé cruellement ce soldat sous les veux du roi :

— « Il me semble, dit doucement celui-ci, que le châtiment excède l’offense. »

Une démarche héroïque et suprême fut tentée par Richemont, Hertford, Southamplon et Lindesey, pour sauver le roi.

Toutes les sollicitations des nations étrangères, obéissant au cri de la justice et de l’humanité et rejetant avec horreur cet exemple, comme le dernier excès de l’usurpation et le plus abomi-

nable outrage aux lois, avaient échoué devant le fanatisme des républicains, obstinés dans leur haine et dans leur soif de sang.

Ces généreux serviteurs ne furent pas plus heureux. Vainement représentèrent-ils que, comme conseillers de Charles, ils avaient concouru à tous les actes dont on faisait un crime à leur maître; qu’aux yeux de la loi, ils étaient seuls coupables et devaient répondre seuls de toutes les démarches reprochées au roi. Ils offraient de se présenter à la justice pour sauver cette vie précieuse, que tout bon patriote devait à tout prix garantir et défendre.

Tout fut inutile au salut du roi.

L’exécution avait été fixée au troisième jour après la sentence.

Pendant cet intervalle, le roi ne se départit pas de son impassibilité, bien que, nuit et jour, il put entendre le bruit que faisaient les ouvriers en dressant son échafaud.

Il passait son temps à prier et à lire. Traiiquilr

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lité intrépide et sereine d’une âme inaccessible à la crainte et qu’aucun remords ne trouble. Plus paisible fut son sommeil dans sa prison que celui de ses bourreaux au sein de leur opulence usurpée.

Il avait obtenu, à grand’peine, de faire ses adieux à ce qui restait de sa famille en Angleterre : la princesse Elisabeth et le duc de Gloeester (le duc d’York s’était échappé).

Gloeester sortait à peine de l’enfance. Le roi lui donna quelques avis.paternels, voulant jeter dans sa jeune âme des principes de fidélité et d’obéissance pour son frère, appelé à être son souverain.

— « Mon cher enfant, lui dit-il en le prenant sur scs genoux, « ils vont couper la tête de ton père! »

L’enfant le regarda fixement, frappé d’une image si nouvelle à son esprit.

— • « Fais-y bien attention, mon fils! continua Charles, ils vont me couper la tête, et peut-être te feront-ils roi. Mais prends garde à ce que j’ajoute : Tu ne dois pas être roi tant que tes frères Charles et Jacques seront en vie. Ils couperont la tête à tes frères, lorsqu’ils pourront mettre la main sur eux, et peut-être qu’à la fin

ils te la couperont aussi. Je le recommande donc de ne pas souffrir qu’ils te fassent roi. »

L’enfant poussa un soupir douloureux et répondit avec une pieuse fermeté :

— « Je me laisserai plutôt déchirer en pièces ! » Un langage si énergique dans la bouche d’un enfant, pénétra de joie et d’admiration le coeur du roi, et des larmes coulèrent de ses yeux.

11 u 'avait pas pleuré sur lui-méme.

Charles I er donna aussi des avis à la princesse Elisabeth qui, quoique dans un âge fort tendre, avait ressenti une profonde impression des infortunes de sa famille et dénotait un jugement précoce.

Il la chargea de dire à la reine 1 qu’il mourait comme il avait vécu, plein de fidélité et de tendresse pour elle.

' Chartes l" avait épousé Henriette ite France, wir de Lotus MH.

On avait choisi, pour le théâtre de l'exécution, la rue qui borde le palais de Whitç-Hall. De meme les régicides français choisirent plus tard, pour immoler Louis XVI, la place qui borne le jardin du palais des Tuileries.

Les scélérats ont tous les mêmes raffinements.

Le matin de son dernier jour, Charles I rr se

leva de bonne heure et se para, victime résignée, pour le sacrifice.

— « Je veux me préparer, dit-il, à une si grande et joyeuse solennité. »

11 marcha à 1 echalaud avec dignité, sans forfanterie comme sans faiblesse.

Lorsqu’il y fut arrivé, on commanda aux soldats de former une haie assez épaisse, pour qu'il ne put se faire entendre au peuple.

Il dit à ceux «pii l’entouraient qu’il n’avait pris les armes qu’après les levées du parlement, et que, dans ses opérations de guerre, il n’avait eu pour objet «pie de conserver entière cette autorité qui lui avait été transmise par ses ancêtres. 11 dit encore qu’il était sans reproche à l’égard de son peuple, niais il reconnut la justice de son exécution aux yeux de son Créateur; et, se rappelant une injuste sentence à laquelle il ne s’était pas opposé, il dit quelle était punie sur lui-même

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par une sentence qui n était pas moins injuste. Après quoi, il pardonna à tous ses ennemis, sans exception, même aux principaux instruments de sa mort, les exhortant, eux et toute la nation, à rentrer dans les voies de la paix, en rendant à son fils et successeur l’obéissance qu’ils devaient à leur souverain légitime.

Avant qu’il ne posât sa tète sur le bloc, Juxon lui dit d’un Ion pénétré :

— • « Sire, il ne vous reste plus qu’un pas à faire, un pas fâcheux et difficile, mais très-court ! Softgez que dans un instant il va vous conduire bien loin. 11 vous fera passer de la terre au ciel ; et là vous trouverez, avec une joie extrême, le prix auquel vous courez, et la vraie couronne de gloire. »

— « Je passe, répondit le roi en levant les yeux au ciel, d’une couronne corruptible à une couronne incorruptible, et que je suis sûr de posséder sans trouble. »

Et avant de se livrer à l’exécuteur, il dit d’un ton fort pressant à Juxon, ce seul mot : remember , qui signifie souvenez-vous.

Sa tète fut séparée du corps d'un seul coup.

Il avait 49 ans.

Un homme masqué avait fait l'office de bourreau.

Un autre homme masque prit la tète ruisselante de sang et en aspergeant les spectateurs, cria d’une voix forte :

• — « Voici la tête d'un traître. »

Tant de haine plongea la foule dans l’indignation et la douleur ; mais elle fut dispersée par les troupes.

Quand la nation apprit ce régicide, elle fit entendre un long cri d’horreur.

Une réaction s’opéra aussitôt en faveur de ce malheureux prince ; ses infortunes, sa patience et sa grandeur dame le rendirent cher à nombre de ceux-là même qui lui avaient été hostiles. C’était à qui se reprocherait de l’avoir abandonné ou trahi, de l’avoir attaqué ou de ne s’être pas levé pour le défendre dans son oppression. La violence du retour à la tendresse et au respect fut proportionnée à la violence des illusions qui avaient animé scs sujets contre lui.

L’accord fut unanime pour détester et maudire ces régicides hypocrites qui venaient de jeter sur la nation une tache ineffaçable, après avoir si

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